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Messe des cendres célébrée par le Pape dan la basilique Sainte Sabine, le 18 février 2026. Messe des cendres célébrée par le Pape dan la basilique Sainte Sabine, le 18 février 2026.   (ANSA) Éditorial

Notre péché et le poids d'un monde qui brûle

L'homélie du Pape Léon XIV lors de la messe du Mercredi des Cendres, et notre responsabilité.

Andrea Tornielli* - Cité du Vatican

«Comme il est rare de trouver des adultes qui se repentent, des personnes, des entreprises et des institutions qui admettent avoir commis des erreurs !» Les paroles prononcées par le Pape Léon XIV dans son homélie lors de la messe des Cendres reflètent une réalité de notre époque: nous vivons entourés à tous les niveaux de personnes, d'entreprises et d'institutions qui ont du mal à admettre leurs erreurs. Nous avons énormément de mal à admettre que nous avons commis une erreur et à demander pardon en reconnaissant notre erreur, nos erreurs.

Le début du Carême est une grande occasion pour les chrétiens de se reconnaître pécheurs, ayant besoin d'aide et de pardon, et il est frappant de voir comment le Successeur de Pierre a voulu en souligner la dimension communautaire: «L'Église existe aussi comme prophétie des communautés qui reconnaissent leurs propres péchés». Au lieu de toujours chercher l'ennemi extérieur, au lieu de regarder le monde en nous considérant comme étant toujours dans le vrai et du bon côté, nous sommes appelés à adopter une attitude à contre-courant et à «assumer courageusement nos responsabilités», tant personnelles que collectives.


Il est vrai que le péché «est personnel», comme l'a souligné le Pape. Mais il est tout aussi vrai – a-t-il ajouté, faisant écho à l'encyclique Sollicitudo rei socialis de saint Jean-Paul II – qu’il «prend forme dans les environnements réels et virtuels que nous fréquentons, dans les attitudes par lesquelles nous nous conditionnons mutuellement, souvent au sein de véritables ‘‘structures de péché’’  d'ordre économique, culturel, politique et même religieux».

Parmi celles-ci, on pourrait citer, par exemple, certains aspects du système économique et financier actuel qui produit d'énormes déséquilibres et injustices, définis par le Pape François dans sa première exhortation apostolique comme «une économie qui tue». Ou encore, les énormes intérêts économiques qui animent le grand marché de l'armement, qui a besoin d'être alimenté par des conflits permanents. Les cendres sur la tête de chacun et de la communauté dans son ensemble nous invitent à ressentir, a encore dit Léon XIV, «le poids d'un monde en feu, de villes entières désintégrées par la guerre: les cendres du droit international et de la justice entre les peuples, les cendres d'écosystèmes entiers et de la concorde entre les personnes, les cendres de la pensée critique et des anciennes sagesses locales, les cendres de ce sens du sacré qui habite chaque créature».

En entreprenant le cheminement du Carême, cette participation est donc importante, dans la conscience que le péché personnel s'amplifie et se cristallise en «structures de péché». C'est pourquoi, en recevant les cendres sur notre tête, nous sommes appelés à faire un examen de conscience sur nos erreurs, mais aussi sur celles qui ont des répercussions à grande échelle. Donc, en ressentant le poids d'un monde qui brûle, nous pouvons nous demander, en tant que communauté, en tant que pays, en tant qu'Europe, en tant qu'organisations internationales: avons-nous fait tout notre possible pour mettre fin à la guerre tragique en Ukraine? Tout a-t-il été fait pour rechercher des solutions négociées ou le seul véritable objectif poursuivi aujourd'hui est-il celui de la course folle à l'armement?

Comment a-t-il été possible d'assister, après l'attaque inhumaine perpétrée par le Hamas contre les Israéliens, à la destruction totale de Gaza avec plus de 70 000 morts? Pourquoi rien n'a-t-il été fait concrètement pour mettre fin au massacre? Comment peut-on accepter qu'il existe des pays où la libre expression de la protestation populaire est étouffée dans le sang, faisant des milliers de victimes? Et encore, comment est-il possible d'accepter, pour avoir la paix ou pour des raisons politiques, la perpétuation du massacre qui se déroule en Méditerranée, avec des migrants qui y meurent noyés?

«Reconnaître nos péchés pour nous convertir, a conclu le Pape, est déjà un présage et un témoignage de résurrection: cela signifie en effet ne pas rester dans les cendres, mais se relever et reconstruire».

*Directeur éditorial des médias du Vatican

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19 février 2026, 13:05