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À Lampedusa, Léon XIV exhorte à la compassion face au drame migratoire

Lampedusa et Linosa «se trouvent sur une route aussi dangereuse que celle qui descendait de Jérusalem à Jéricho» alerte Léon XIV. Le Pape a présidé la messe ce samedi 4 juillet au terrain de sport municipal de Lampedusa, en présence d’une dizaine de milliers de fidèles, sous un soleil de plomb. Il a notamment invité à la compassion, à s’arrêter, s’émouvoir, s’abaisser, et à pleurer face à la douleur d’autrui pour faire «naître la civilisation de l’amour».

Jean-Paul Kamba, SJ – envoyé spécial à Lampedusa

Devant des milliers de fidèles venus participer à cette eucharistie, le Saint-Père s’est réjoui d’être sur «les traces du Pape François, qui, le 8 juillet 2013, avait voulu se rendre à Lampedusa pour son premier voyage en tant que Successeur de Pierre».

Il a aussi rappelé la force de l’évangile qui «résonne là où les peuples se rencontrent, où les personnes s’accueillent mutuellement, où leurs destins s’entremêlent, où les différentes cultures entrent en dialogue». En revanche, a-t-il souligné, l’évangile se «tait là où chacun fait de lui-même une île, là où le contact est évité, où l’échange est interrompu».

«Dieu nous aime toujours en premier»

S’appuyant sur l’évangile de la parabole du bon Samaritain, le Pape a d'abord affirmé, dans son homélie, la primauté de l’amour de Dieu, un «amour qui nous précède, nous entoure et nous rassemble».

Relu à la lumière de l’encyclique Fratelli tutti, cet évangile, toujours d’actualité, a-t-il dit, nous entraîne dans une conversation qui nous interpelle sur notre réponse «à l’amour de celui qui nous a aimés le premier». Cette question est d’autant plus cruciale qu’aujourd’hui, alerte le Pape, car «Lampedusa et Linosa se trouvent sur une route aussi dangereuse que celle qui descendait de Jérusalem à Jéricho». Sur cette terre, poursuit-il, «vous avez vu non pas un seul, mais des milliers d’êtres humains tombés entre les mains de brigands les dépouillant de tout, les rouant de coups jusqu’au sang, puis s’en allant en les laissant à demi morts… la mer a recueilli les autres, ceux qui n’ont pas réussi à atteindre la destination qu’ils espéraient».

“Nous ressentons cependant leur présence, qui nous interpelle tout autant que celle de ceux qui ont débarqué, et qui ont besoin d’attention et de secours. La rencontre avec ceux qui sont étendus devant nous, dépouillés de tout, appelle à la proximité. C’est là le cœur de la parabole évangélique: on devient prochain, on se fait prochain!”

Merci, Lampedusa

Le Souverain pontife a salué le «miracle de la compassion» et de la proximité qui se produit à Lampedusa à travers notamment le service des bénévoles, des associations réunies au sein du Forum Lampedusa Solidale, des institutions civiles, des garde-côtes, des maires et des administrations, des personnes consacrées, des médecins, des psychologues, des éducateurs des forces de sécurité et, bien entendu, de tous ceux qui, «avec ou sans le don de la foi, ont choisi d’aimer ensemble».

Le Pape a également salué les personnes migrantes qui, elles-mêmes, font preuve de solidarité au cours de leur voyage, comme des pauvres qui aident les plus pauvres.

«Le péché de l’indécision»

L’amour, a-t-il dit, réside toujours dans la liberté, et la liberté réside dans les décisions. Les morts de cette mer, a rappelé l’évêque de Rome, «sont victimes tant des décisions prises que des décisions qui n’ont pas été prises».

“Le désintérêt pour le bien commun et la corruption dans les pays d’origine, un système économique mondial qui engendre pauvreté et exclusion, la peur qui alimente les préjugés et le mépris, l’idée que ces problèmes ne nous concernent pas, les calculs criminels de ceux qui tirent profit du drame d’autrui, le passage lent et difficile d’une simple gestion des urgences à l’élaboration de politiques cohérentes et partagées: tout cela reproduit aujourd’hui, dans le récit évangélique, la hâte de “passer outre"”

Ne pas fuir «la contamination»

Le Pape évoque l’attitude du prêtre et du lévite qui, tous deux ayant vu, passent leur chemin. À toutes les époques, malheureusement, regrette-t-il, «il y a toujours ceux qui ont peur de se contaminer au contact des autres, niant ainsi – même face à la souffrance et à la mort – notre origine commune en Dieu, la dignité infinie de chaque être humain et l’appel à un amour sans limites».

Pour Léon XIV, il est temps de reconnaître et d’affirmer que l’appartenance religieuse ne doit jamais devenir un motif de discrimination, «comme si la foi avait des frontières et n’était pas, au contraire, un appel universel au salut». Il n’y a pas d’amour de Dieu sans amour du prochain devant lequel «s’arrêter, s’émouvoir, s’abaisser, pleurer».

Selon lui, celui qui se laisse emporter par cette dynamique de compassion et de miséricorde commence à vivre autrement, à être citoyen autrement, à travailler autrement. Ce dynamisme, a dit le Pape, suffit pour véritablement faire «naître la civilisation de l’amour» qui,  de nos jours, doit revêtir une forme spirituelle, culturelle, juridique, politique et économique. Aussi, a-t-il poursuivi, «face aux abîmes du cœur humain et aux horreurs de la guerre, seule la miséricorde sait répondre par de nouveaux départs».

Pour le successeur de Pierre, et à l’instar du Samaritain, «la civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation»

«Personne n’est sans responsabilité»

Citant son encyclique Magnifica Humanitas, le Pape qui reconnaît que tout le monde n’a pas le même pouvoir d’action sur la réalité, souligne en outre que personne n’est sans responsabilité car chacun dispose de son propre champ d’action, et c’est là, a-t-il dit, qu’il est appelé à choisir entre alimenter la logique de la force ou conserver la logique de la paix.

Lampedusa, ce coin reculé de l’Europe, sur la mer Méditerranée, a dit le Pape, interpelle les sociétés européennes sur le phénomène migratoire, la transition écologique et la promotion de la paix. Pour lui, l’Europe dispose d’un potentiel unique qui lui permette «d’aborder la crise de manière organique, en inscrivant les premiers secours dans un plan stratégique à long terme, capable d’accueillir, de protéger, de promouvoir et d’intégrer les migrants tout en œuvrant pour le développement, afin que personne ne soit contraint d’émigrer. Tout cela en veillant au respect de la dignité de chaque personne». Cette mission, estime-t-il, incombe aux institutions publiques, mais aussi à l’ensemble de la société civile et à l’Église.

Deux mers: des naufragés et celle des vacanciers

Revenant sur son message à Ténérife, en Espagne, le Saint Père a expliqué que la culture de l’accueil à Lampedusa revêt certes une dimension touristique qui «peut se sentir menacée par les routes migratoires» qui perturbent les vacanciers. La tentation, a-t-il dit, est d’ériger «un mur invisible entre la mer des naufragés et celle des vacanciers». Le Souverain pontife a encouragé les fidèles à avoir l’audace de penser autrement.

“Peu à peu, avec créativité, vous parviendrez à faire en sorte que quiconque passe un moment, même de repos, sur cette île, puisse devenir plus humain en se mesurant à votre charité, à ce que la mer vous a enseigné, aux rencontres qui vous ont formés. Il y a en effet un véritable repos là où l’on retrouve le sens de la vie; et un véritable bien-être lorsque l’économie est juste et fraternelle. Dans cette économie, le souci de la création et l’amitié sociale se fondent en une synthèse que l’humanité recherche aujourd’hui.”

Notre-Dame de Porto Salvo, patronne de Lampedusa

En partant de l’image de Notre-Dame de Porto Salvo, patronne de Lampedusa, le Pape a rappelé ce que saint Augustin aimait décrire de la vie humaine: «une navigation en mer déchaînée et son destin comme un port sûr et tranquille».

«Ne nous laissons pas vaincre par la peur, mais considérons les efforts quotidiens comme un temps d’opportunités et de témoignage», a-t-il exhorté soulignant que «nous avons tous en Dieu un port sûr, et chaque communauté chrétienne est appelée à en être le reflet sur terre». Le Saint Père a conclu son homélie en invitant les communautés de Lampedusa et de Linosa à faire croitre «le souffle de la foi, de l’espérance et de la charité».

 

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04 juillet 2026, 11:25