Léon XIV durant son discours à la Sapienza de Rome, le 14 mai. Léon XIV durant son discours à la Sapienza de Rome, le 14 mai.   (@VATICAN MEDIA) Tribune

Le rôle prophétique des jeunes et des universités mis en lumière par le Pape

Lors de sa visite à l'université La Sapienza de Rome le 14 mai, le Souverain pontife a mis en évidence l'importance du monde universitaire et des jeunes générations dans la construction de la paix. Un discours qui fait écho au synode des jeunes. Une réflexion de soeur Nathalie Becquart, Sous-Secrétaire du Synode des Évêques.

Sr Nathalie Becquart, XMCJ *

On peut lire la visite du Pape Léon XIV le 14 mai à l'Université La Sapienza de Rome — la plus grande d'Europe — pour y rencontrer étudiants et professeurs, comme un geste théologique et prophétique. Car en entrant dans l'espace universitaire, là où la raison cherche la vérité, où les générations se rencontrent et se forment, le successeur de Pierre souligne quelque chose d'essentiel: l’importance des jeunes et du rôle de l'université dans la construction de la paix.

Depuis le début de son pontificat, on perçoit combien le Pape Léon porte une attention particulière aux jeunes. Façonné par sa spiritualité augustinienne et l'expérience d'un ordre riche d'écoles et d'universités, il connaît la vie des jeunes d’aujourd’hui: à la fois portés par des rêves et des désirs et traversés par des inquiétudes et fragilités. Son premier geste à La Sapienza a été d'écouter. Il avait reçu "des centaines" de questions des étudiants. Ce geste d'entrée en synodalité — entendre avant de répondre — dit déjà tout.

Ce qu'il entend et nomme c’est le mal-être des jeunes faces à la «pression de la performance» et au «mensonge d'un système qui réduit les personnes à des chiffres». Sa formule est frappante: «Nous sommes un désir, pas un algorithme!». Et il identifie comme question clé celle de l’identité «Qui suis-je ?». Cela rejoint ce que le Synode des jeunes (2018) et Christus Vivit (2019) avaient déjà identifié comme enjeu majeur celle de la construction de l’identité qui demande un accompagnement intégral, prenant en compte non seulement les compétences et diplômes mais aussi la conscience et la vocation. 



Ma propre expérience le rejoint. En aumônerie étudiante à Créteil, dans la responsabilité nationale de la pastorale universitaire en France, et aujourd'hui dans mes nombreuses rencontres avec des jeunes et des professeurs des universités catholiques de divers pays pour le Synode, j'ai vu comment les jeunes aspirent à trouver des aînés qui les écoutent et marchent avec eux à l’écoute de l’Esprit pour les aider à discerner leur chemin de vie et orientation professionnelle. C'est pourquoi le synode des jeunes a proposé le modèle des disciples d'Emmaüs comme figure d'accompagnement — reprise ensuite comme image paradigmatique de la synodalité elle-même.

Le Pape Léon invite à voir les jeunes non comme l'avenir de l'Église, mais comme son présent, en voyant en eux des êtres en devenir plein de promesses et d’audace possible, avec déjà une capacité d’action. «Je vous encourage, chers jeunes, à ne pas céder à la résignation, mais à transformer au contraire l'inquiétude en prophétie». Dans mes déplacements sur tous les continents, je ne cesse de voir les potentialités de ces nouvelles générations: leur résilience, leur inventivité, leur sensibilité écologique, leur sens de la justice et leur désir de paix. Nous devons davantage les impliquer dans les processus de décision, tant dans l'Église que dans la société, en particulier dans les pays du Sud où ils constituent la grande majorité de la population et ont souvent une énergie incroyable, mais sont habituellement peu présents dans les instances de gouvernance.

L'université, laboratoire naturel de la synodalité

L'université est désignée comme le lieu de cette prophétie. Le Pape la définit comme le temps des «grandes rencontres» — non seulement avec les idées et les maîtres, mais avec l'altérité: l'étudiant venu d'un autre pays, d'une autre culture, d'une autre foi. En ce sens, l'université est un lieu de dialogue et débats, un espace où peuvent s’exprimer les différences et donc un laboratoire naturel de synodalité. Ce que le Synode apprend à faire dans l'assemblée ecclésiale, les universités peuvent l'apprendre dans l'espace académique si elles essaient vraiment de former à l’écoute, au dialogue et au travail collaboratif. 



Sa définition de l'enseignement va dans le même sens : «Enseigner est une forme de charité, tout comme doit l'être le fait de venir en aide à un migrant en mer, à un pauvre dans la rue, à une conscience désespérée». La convention entre le diocèse de Rome et La Sapienza pour l'ouverture d'un couloir humanitaire universitaire depuis Gaza en est le signe éloquent. Et sa question répétée aux professeurs — «Avez-vous confiance en vos étudiants ?» — demande si l'on est prêt à apprendre de ceux à qui l'on enseigne. Ce qui touche au point de conversion à vivre pour mettre en pratique la synodalité à l’université. Car si l’on croit que l’Esprit peut parler à travers tous les hommes et femmes de bonne volonté, on a tous à apprendre les uns des autres et on doit aussi vivre cet «échange de dons» entre enseignants et enseignés.

Mais plus encore, face aux guerres en Ukraine, à Gaza, au Liban et dans tant d’autres pays, le Pape nomme un danger précis: une «pollution de la raison» qui, «du plan géopolitique, envahit toutes les relations sociales». Cette simplification qui «fabrique des ennemis» est la matrice intellectuelle de la violence. L'antidote est universitaire : «le soin pour la complexité et le sage exercice de la mémoire». L'université qui forme à la pensée critique forme en réalité à la paix. Car la paix ne s'impose pas : elle se discerne à travers des processus qui favorisent le dialogue et la résolution non-violente des conflits. Une université avec différents champs disciplinaires et de sujets de recherche est un lieu privilégié pour vivre cette dynamique qui demande d’intégrer la diversité des perspectives possibles sur un même sujet ou situation, qui apprend l’humilité nécessaire. Personne ne détient seul l’unique interprétation possible sur une réalité, c’est pourquoi nous avons besoin de croiser les regards pour mieux la comprendre.

Une invitation à construire ensemble avec patience

La formule adressée aux jeunes mérite d'être méditée longtemps: «Soyez artisans de la véritable paix: une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante, en œuvrant à la concorde entre les peuples et à la sauvegarde de la Terre.» Désarmée, parce qu'elle renonce aux armes non par faiblesse mais par conviction que seule la non-violence est durable. Désarmante, parce qu'elle brise la spirale de la méfiance et ouvre l'autre à la réconciliation.

Ce discours fait pour moi écho au Document final du Synode des jeunes (2018), à Christus Vivit (2019) et au Document final du Synode sur la synodalité (2024) en me donnant de voir toujours davantage combien la synodalité missionnaire que les jeunes ont contribué à réveiller dans l'Église est un véritable chemin de paix. Et les jeunes, avec leurs universités, en sont les artisans privilégiés.

La visite du Pape à La Sapienza est un signe fort: la paix du monde se prépare dès aujourd'hui dans les familles, les écoles et les universités — premières écoles de synodalité car lieux fondamentaux pour l’apprentissage de l’écoute et du dialogue. Si celles-ci «se révèlent capables de promouvoir une alternative aux modèles dominants, souvent inspirés par l'individualisme et la compétition; ainsi, elles assument également un rôle prophétique» (DF 146). Quand le Pape Léon parle de «nouvelle alliance éducative entre l'Église qui est à Rome et votre prestigieuse université», il invite l'Église à continuer sa marche avec l'université, avec la science, avec la culture, avec tous les jeunes qui cherchent un monde plus juste. C'est une invitation à construire ensemble, avec patience et audace, cette paix désarmée et désarmante que le monde ne cesse d’attendre.

*Soeur Nathalie Becquart est Sous-Secrétaire du Synode des Évêques

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18 mai 2026, 15:08