À la Sapienza, des étudiants gazaouis rencontrent le Pape et rêvent d'une vie meilleure
Antonella Palermo - Rome
Nada Jouda a 19 ans. La guerre a éclaté alors qu’elle n'avait que 17 et était sur le point d’obtenir son baccalauréat. Elle se souvient encore de son un devoir d’histoire daté du 7 octobre 2023. «Quand la guerre a éclaté, nous n’avons plus été à l’école pendant près de deux ans et, pendant tout ce temps, rien n’a changé. J'ai déménagé en emportant mes livres scolaires, pour essayer de poursuivre mes études. L'exil a été vraiment dur. Je suis originaire de Rafah. Mon père est mort en 2023 et il ne restait plus que moi, ma mère et mes deux petites sœurs, Iman et Hala. Nous avons beaucoup souffert parce que nous étions une petite famille et que nous n'avions personne sur qui compter» raconte-t-elle.
Survivre
Sa mère a perdu son emploi. Elle était directrice d’une crèche, mais elle ne travaille plus depuis le 7 octobre. «Depuis lors, nous avons été contraintes de déménager à plusieurs reprises. Nous avons rencontré d’énormes difficultés en raison de notre situation. À Rafah, la première pénurie a été terrible pour nous. Lorsque nous avons été évacuées pour la première fois, après l’entrée de l’armée israélienne à Rafah, nous sommes allées à al-Maghazi. Nous vivions pratiquement dans une tente faite de fenêtres de fortune et de bâches. Cela a été très dur car les prix des denrées alimentaires étaient très élevés et il n’y avait pas d’eau potable. Il était très difficile de s’en procurer».
Déplacées à Khan Younès, elles vivaient dans une maison incendiée pendant la guerre. «C'était vraiment difficile, bien sûr, car la maison était dans un état épouvantable. Je me souviens que c'était l'hiver, qu'il faisait très froid et que le toit s'était effondré. La pluie tombait sur nous. Par la suite, nous avons déménagé dans une autre ville, Deir al-Balah. Nous vivions dans une maison qui n’était pas du tout en bon état. Le toit était en bois, raconte Nada, les conditions étaient épouvantables. Nous souffrions beaucoup car je n’ai pas de frères et je suis l’aînée de la famille, c’était donc moi qui transportais les bidons d’eau du camp jusqu’à la maison. C’était vraiment dur».
Privés de tout, sauf d'espoir
Sa mère a souffert d'une leucémie par le passé. «Elle va mieux aujourd'hui, mais elle n'est pas allée à l'hôpital depuis trois ans et je suis très inquiète pour elle». «À Gaza, il n’y a plus d’hôpitaux en état de fonctionner, comme vous le savez: ils ont été détruits». Ici, à Rome, Nada souhaite attirer davantage l’attention sur Gaza. «Je veux que tout le monde sache ce que nous avons vécu et je veux être une source d’espoir pour ma famille à l’avenir. Je veux devenir quelqu’un dont ma mère et mes deux petites sœurs puissent être fières. Je veux être une personne dont les générations futures se souviendront. Je veux pouvoir parler avec fierté à mes enfants et à mes petits-enfants des résultats que j’aurai obtenus ici. Et j’espère pouvoir un jour faire venir ma mère ici, pour lui montrer à quel point Rome est belle, et aussi pour lui permettre de se soigner» conclut-elle.
Salem Ismail Abmustafa vient lui aussi de Gaza, de Khan Younès. Il aura 21 ans le 31 mai. Avant de venir ici, il vivait avec sa famille dans une tente qui ne peut les protéger ni du froid ni de la chaleur. Aujourd’hui encore, ils souffrent du manque d’eau et de produits de première nécessité. Avant la guerre, ils vivaient dans une maison de quatre étages, mais elle a été détruite pendant le conflit. «Je suis venu ici, à l’université La Sapienza de Rome, pour me construire un avenir meilleur et pour que ma famille soit fière de moi. Nous avons traversé des moments très difficiles, mais je ferai en sorte qu’ils soient fiers de moi. Vive la Palestine, vive l’Italie!» conclut-il.
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici
