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Léon XIV à l'université Sapienza de Rome, 14 mai 2026 Léon XIV à l'université Sapienza de Rome, 14 mai 2026  (@Vatican Media)

Léon XIV à la Sapienza: soyez des artisans de la paix, le réarmement ne profite qu'aux élites

Effectuant une visite pastorale à l’université Sapienza de Rome, jeudi 14 mai, Léon XIV a dénoncé la guerre, critiqué le culte de la performance et lancé un appel pour une «alliance éducative» fondée sur la justice et l’écologie. Dans un discours dense livré devant les étudiants, enseignants et autorités académiques, le Souverain pontife a aussi exhorté les jeunes à transformer leur inquiétude en espérance: «Étudiez, cultivez, préservez la justice!»

Augustine Asta – Cité du Vatican

Après son départ du Vatican vers 10h, Léon XIV a été accueilli à l’université publique Sapienza de Rome par la rectrice Antonella Polimeni et par le recteur de la chapelle universitaire «Divina Sapienza». La visite pastorale du Pape ce jeudi 14 mai a commencé par un temps de prière silencieuse et une rencontre avec des étudiants. Le Saint-Père s’est ensuite rendu sur la place centrale de l’université pour saluer les 4000 étudiants présents, avant d’avoir un entretien privé avec le recteur au Palais du Rectorat et de signer le livre d’or. Une plaque commémorative de la visite a été dévoilée avant que Léon XIV ne rencontre les membres du Sénat académique et le personnel universitaire. Le programme s’est poursuivi par la visite de l’exposition «Sapienza et la Papauté», puis par une grande rencontre dans l’Aula Magna avec les enseignants et les étudiants, au cours de laquelle le Pape a prononcé un discours dense, après le mot de bienvenue de la rectrice.

Devant une communauté universitaire attentive, le Successeur de Pierre a choisi de s’adresser d’abord aux étudiants, qu’il considère comme les acteurs d’un avenir encore à écrire, même dans un «monde tourmenté et marqué par de terribles injustices». Saluant l’engagement social de cette institution universitaire, notamment à travers la signature entre le diocèse de Rome et la Sapienza d’une convention pour l’ouverture d’un couloir humanitaire universitaire depuis la bande de Gaza, le Saint-Père a insisté sur le rôle de l’université comme lieu de dialogue et d’inclusion. «Votre université, a dit le Pape, se distingue comme un pôle d’excellence dans diverses disciplines et, en même temps, par son engagement en faveur du droit à l’éducation, y compris pour ceux qui disposent de moyens financiers limités, les personnes en situation de handicap, les détenus et ceux qui ont fui des zones de guerre.»

Une jeunesse confrontée au mal-être

Le Pape a dénoncé «un système déformé» qui réduit les individus à leurs performances et alimente l’angoisse chez les jeunes générations. Évoquant les difficultés psychologiques et existentielles rencontrées par de nombreux étudiants, le Souverain pontife a mis en garde contre «le chantage des attentes» et la pression permanente de la réussite. C’est le «mensonge omniprésent d’un système déformé, qui réduit les personnes à des chiffres, exacerbe la compétitivité et nous plonge dans des spirales d’angoisse», a déploré Léon XIV. «Ce mal-être spirituel» de nombreux jeunes rappelle que «nous ne sommes pas la somme de ce que nous possédons, ni une matière assemblée au hasard dans un cosmos muet.», a-t-il insisté.

“Nous sommes un désir, pas un algorithme!”

S’inspirant de Saint Augustin, qu’il a décrit comme «un jeune homme inquiet», Léon XIV a encouragé les étudiants à poursuivre leur quête de vérité malgré les doutes et les erreurs. «Lorsque le désir de vérité se transforme en quête, notre audace dans l’étude témoigne de l’espérance d’un monde nouveau», a-t-il déclaré. Insistant également sur l’importance des rencontres humaines pendant les années universitaires, l’évêque de Rome a rappelé que «nous sommes nos liens, notre langage, notre culture». C’est pourquoi il a par ailleurs invité les jeunes à ne jamais répondre seuls à la question: «Qui es-tu?». Une question, a-t-il dit, que «nous nous posons les uns aux autres», mais aussi «silencieusement à Dieu».

Un réquisitoire contre la guerre et le réarmement

Le Pape a ensuite reconnu que le malaise des jeunes interpelle les adultes: «Quel monde leur léguons-nous?», s’est-il interrogé. «Un monde malheureusement défiguré par les guerres et les discours belliqueux», a dit Léon XIV en guise de réponse, estimant aussi qu’il s’agit d’une «pollution de la raison qui, partant du plan géopolitique, envahit toutes les relations sociales». Le Pape a donc demandé de «corriger cette simplification qui fabrique des ennemis, en particulier à l’université, en cultivant la complexité et en exerçant la mémoire avec sagesse.»

Reprenant le cri lancé par ses prédécesseurs: «Plus jamais la guerre», Léon XIV a souligné que le drame du XXe siècle ne doit pas être oublié. Le rejet de la guerre inscrit dans la Constitution italienne, «nous incite à une alliance spirituelle avec le sens de la justice qui habite le cœur des jeunes, avec leur vocation à ne pas s’enfermer entre idéologies et frontières nationales», a-t-il exhorté.

Le Pape a ensuite évoqué les conflits internationaux et l’augmentation des dépenses militaires en Europe et dans le monde. Il a dénoncé un réarmement qui «exacerbe les tensions et l’insécurité» au détriment de l’éducation et de la santé, «sape la confiance dans la diplomatie et enrichit des élites qui se moquent du bien commun.» «Il faut également surveiller le développement et l’application des intelligences artificielles dans les domaines militaire et civil, afin qu’elles ne déresponsabilisent pas les choix humains et n’aggravent pas la tragédie des conflits», a-t-il enjoint. Les conflits en Ukraine, à Gaza et dans les territoires palestiniens, au Liban, en Iran, illustrent «l’évolution inhumaine de la relation entre la guerre et les nouvelles technologies dans une spirale d’anéantissement», a noté le Souverain pontife.

“L’étude, la recherche, les investissements doivent aller dans la direction opposée: qu’ils soient un «oui» radical à la vie! Oui à la vie innocente, oui à la vie des jeunes, oui à la vie des peuples qui invoquent la paix et la justice!”

L’urgence écologique 

Dans la continuité de Laudato si' de son prédécesseur François, le Pape a également alerté sur la crise climatique. Plus de dix ans après la publication de l’encyclique, il a regretté une situation qui «ne semble pas s’être améliorée» malgré les engagements annoncés. Aux jeunes générations, le Saint-Père a demandé de ne pas céder au découragement mais de transformer leur inquiétude écologique en action concrète et en «prophétie» capable d’ouvrir un nouvel horizon. «Étudiez, cultivez, préservez la justice», «soyez artisans de la paix véritable: une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante, œuvrant à la concorde entre les peuples et à la sauvegarde de la Terre», a encore exhorté le Souverain pontife. Et d’ajouter: «Témoignez que l’humanité est capable d’avenir, lorsqu’elle le construit avec sagesse.»

«Enseigner est une forme de charité»

L’université Sapienza, qui «porte un nom divin», est un lieu d’étude et d’expérimentation qui, depuis des siècles, forme à la pensée critique, a fait savoir le Pape. S’adressant ensuite aux enseignants et chercheurs de cette institution, le Successeur de Pierre a rappelé la responsabilité morale de l’éducation supérieure. Pour lui, transmettre un savoir ne peut se limiter à former des professionnels compétents: il s’agit aussi de former des consciences capables de justice, de discernement et de respect de la dignité humaine.

«Enseigner est une forme de charité», a-t-il affirmé, plaçant l’acte éducatif au même niveau que l’aide apportée aux plus vulnérables. «Enseigner devient alors, a continué le Souverain pontife, témoigner de valeurs par sa vie: c’est prendre soin de la réalité, c’est faire preuve d’ouverture envers ce que l’on ne comprend pas encore, c’est dire la vérité.»

Une nouvelle alliance entre l’Église et l’université

«Quel sens aurait, d’ailleurs, la formation d’un chercheur ou d’un professionnel qui ne cultive pas sa propre conscience, le sens de la justice et le respect de ce que l’on ne peut ni ne doit dominer?», s’est encore interrogé l’évêque de Rome. Le savoir, a-t-il poursuivi, «ne sert pas seulement à atteindre des objectifs professionnels, mais à discerner qui l’on est.»

Le Pape a conclu son discours en présentant sa visite comme «le signe d’une nouvelle alliance éducative» entre l’Église de Rome et la Sapienza. Il a enfin appelé étudiants et enseignants à mettre leur intelligence et leur audace au service d’un avenir plus juste, plus pacifique et plus humain. Après un échange de dons et des salutations à une délégation estudiantine, il a une nouvelle fois honoré les étudiants depuis le perron de l’université avant de retourner au Vatican en toute fin de matinée.

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14 mai 2026, 12:10