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Ousman, originaire de Gambie, immigré à Grande Canarie. Ousman, originaire de Gambie, immigré à Grande Canarie.  

De la Gambie aux Îles Canaries, le périple d’Ousman

Au premier jour de son étape canarienne, Léon XIV est venu apporter soutien et réconfort au port d'Arguineguín, situé sur la pointe sud de la Grande Canarie, longtemps surnommé «le quai de la honte». Ce 11 juin, la honte a laissé place à l’espérance dont ont témoigné les centaines de migrants venus rencontrer le Pape. Parmi eux, Ousman, père de famille de 38 ans, arrivé de Gambie il y a six mois.

Alexandra Sirgant – Envoyée spéciale à Grande Canarie

C’est à Tenerife, la plus grande des huit îles qui composent l’archipel, qu’Ousman a posé le premier pied en terre canarienne. Une terre ferme attendue comme une délivrance après huit jours passés en mer sur une pirogue, sans garantie d’arriver à bon port. «Des milliers de personnes partent de là-bas mais n’arrivent jamais jusqu’ici» admet le père de famille de 38 ans. Là-bas, c’est la Gambie, la «Côte souriante de l’Afrique» précise Ousman, surnom obtenu en raison de sa forme légèrement incurvée et du caractère chaleureux de ses habitants. Un cliché culturel que ses yeux rieurs vérifient sans peine.

Pourtant, la peine, Ousman l’a connue. En quittant d’abord son village de la région côtière Kombo North, laissant derrière lui sa femme Saly, et ses deux enfants, Cary 8 ans et Youssouf, deux ans et demi. Mais les 4 euros par jour gagnés en tant que serveur dans un hôtel en bord de mer ne lui permettent pas de vivre dignement, et son parcours scolaire arrêté en primaire complique toute possibilité d’obtention de diplômes. Une vie qu’il ne souhaite pas pour ses enfants. Conscient des dangers de la traversée, Ousmane fait le choix de n’emmener que son ainé, Lamine, âgé de 13 ans.

Braver l'océan Atlantique

Début février 2026, le père et le fils embarquent sur un cahuyo, bateau en bois, aux côtés de 156 autres personnes. À bord se trouvent des hommes, des femmes, des enfants, raconte en quelques mots Ousman, sans vouloir s’étendre sur l’ampleur des drames vécus en mer. Il précise toutefois que l’un des passagers perdra la vie quelques heures seulement avant d’arriver à destination, «surement à cause du froid». «Au bout du sixième jour, nous étions si paniqués que nous étions prêts à nous arrêter sur n’importe quelle île aperçue sur notre chemin».

C’est finalement dans la nuit du septième au huitième jour, à 4 heures du matin, qu’Ousman aperçoit au loin les lumières de Tenerife, et le ballet des avions qui décollent pour gagner les îles voisines. Une image le frappe particulièrement: ces grandes collines ocres et rocailleuses, si caractéristiques de l’archipel, visibles depuis son bateau de fortune. «Je viens d’un pays où les paysages sont plats, donc apercevoir des collines pour la première fois, c’était déjà impressionnant pour moi» souligne-t-il tout en se remémorant la sensation de la terre aride sous ses pieds, et le sentiment de liberté qui l’a accompagné.

L'accueil à Las Palmas

Mais le périple ne s’arrête pas là. Déplacé une première fois à Lanzarote, où il restera pendant deux mois, le père de famille sera ensuite transféré avec son fils dans un centre d’accueil de Las Palmas, géré par la Fondation Cruz Blanca, organisation espagnole créée par les frères franciscains en 2004. Outre un toit, le centre offre soins médicaux et accompagnement psychologique, mais aussi une aide juridique, des cours d’espagnol, une garderie pour les plus jeunes. Les enfants et les adolescents se rendent dans les écoles publiques de Las Palmas, première étape de leur intégration au sein de la société espagnole. Celle de Lamine se passe bien, se réjouit Ousman. Si son fils ne connaissait rien de l’espagnol il y a six mois, c’est désormais lui qui rectifie ses erreurs, confesse-t-il avec humour et fierté.  

Pour ceux qui le souhaitent, un accompagnement spirituel existe également. «Ces personnes arrivent très affectées psychologiquement et spirituellement» explique le frère Jahir Falon, coordinateur général de l’ensemble des centres de la Fondation Cruz Blanca. «Leur spiritualité s’accompagne de beaucoup de douleur et de souffrance. Notre mission est de les écouter et de leur donner toute notre attention». Une attention qui passe par garantir une pratique de la foi, quelle qu’elle soit. Les résidents peuvent aller aussi bien à la messe dans les églises alentours, que célébrer le ramadan au centre.

La visite du Pape, source de réconfort 

Ousman est lui-même musulman. Pas de quoi entacher la joie ressentie après avoir aperçu le Pape ce 11 juin au port d'Arguineguín, accompagné de centaines d’autres migrants accueillis par son centre. «Nous partageons la même foi, celle en l’humanité» rappelle le Gambien. «Qu’importe que l’on soit blanc ou noir, le même sang coule dans nos veines. Et c’est le même sang rouge qui coule lorsque l’on se blesse, donc, nous pouvons tous vivre ensemble. C’est écrit dans la Bible mais aussi dans le Coran».

Lors de son discours aux migrants et représentants des organisations caritatives, Léon XIV a insisté sur le besoin de mise en place de «processus sérieux d’accueil et d’intégration». Grâce au travail de la fondation franciscaine, celle d’Ousman et de son fils semble en bonne voie. D’ici quelques jours, père et fils rejoindront la ville de Burgos, au nord de la péninsule ibérique, pour effectuer la prochaine étape de leur régularisation. L’ancien serveur se dit prêt à travailler dans n’importe quel secteur. «Je voudrais que le Pape sache que nous ne sommes pas là pour perturber la communauté, mais pour se développer ensemble, et emmener la nation plus loin, ensemble».

Cependant, à l’idée de quitter prochainement le centre, ce lieu qui l’a accueilli ces quatre derniers mois, quelques larmes jaillissent sans crier gare des yeux malicieux d’Ousman. Si il sait que le temps est venu d'ouvrir un nouveau chapitre du long parcours qui l'attend, Ousman souligne l'hospitalité des résidents et travailleurs du centre. «Nous sommes devenus une famille» explique-t-il. Autour de son cou, une fine chaine grise porte un anneau en argent, offert par sa mère pour le protéger des infortunes. Celui-ci se porte traditionnellement au doigt, mais Ousman a fait le choix de la mettre en évidence sur son torse, en guise de protection. Le pendentif l’accompagnera pour la suite de son voyage vers le continent.

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12 juin 2026, 19:17