La COMECE souhaite une stratégie européenne de sécurité au service de la paix
Cecilia Seppia – Cité du Vatican
Le contexte géopolitique actuel ne doit pas conduire l’Europe à perdre de vue sa vocation originelle de projet et d’architecture de paix. Le postulat de départ du document de la COMECE (Commission des conférences épiscopales de l’Union européenne) est une évidence: pris dans l’étau des conflits, le Vieux Continent a besoin de capacités de sécurité et de défense plus solides. Mais «une sécurité authentique et durable ne peut et ne doit pas être atteinte uniquement par des moyens militaires»; il faut plutôt une vision humanitaire, démocratique et axée sur le dialogue.
C’est pourquoi les évêques, tout en identifiant les facteurs de la crise actuelle – la plus grave de ces dernières décennies – dans la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, et en évoquant également les menaces hybrides, les cyberattaques, le terrorisme, le crime organisé et l’érosion de l’ordre international, rappellent avec force aux gouvernements et aux institutions leur responsabilité et leur obligation juridique de respecter les traités.
Ne pas perdre de vue ses racines
Dans un contexte de rivalité géopolitique croissante, «le renforcement des capacités de défense européennes est légitime et nécessaire», peut-on lire dans le texte, car il répond aux attentes des citoyens qui réclament la protection de leur sécurité et des valeurs fondatrices du projet européen. Cependant, le danger imminent est que cette militarisation exacerbée conduise l’Europe à perdre son identité profonde.
Pour éviter que cela ne se produise, «le recours à la force doit demeurer exceptionnel, exercé dans des conditions juridiques et éthiques strictes et dans le plein respect du droit international humanitaire». C’est pourquoi le Secrétariat de la COMECE formule cinq recommandations utiles à l’élaboration d’une future stratégie de sécurité, fermement ancrée dans le respect de la dignité humaine, des droits fondamentaux et du bien commun, qui doivent toujours être au cœur de tout processus décisionnel politique.
Méfiez-vous de la «normalisation de la guerre»
L’Église d’Europe exprime sa vive inquiétude face à une dérive culturelle qui risque de faire prévaloir la logique de la guerre sur celle de la diplomatie, et les réponses militaires sur les choix politiques. Reprenant l’avertissement du Pape Léon XIV, qui avait mis en garde contre «une normalisation croissante de la guerre et une nouvelle course mondiale aux armements», la COMECE insiste donc sur la révision des budgets communautaires et sur le prochain cadre financier pluriannuel.
En effet, alors que les ressources consacrées à l’armement augmentent, les fonds destinés à la prévention des conflits subissent des coupes drastiques; un revirement de cap, tant comptable qu’éthique, s’impose donc. «Il est essentiel de veiller à ce que les investissements dans la défense ne compromettent pas ceux réalisés dans des domaines cruciaux pour la paix, notamment la diplomatie, la prévention des conflits, la coopération au développement, l’aide humanitaire, ainsi que la justice socio-économique et écologique». Pour l’Église, en effet, la paix n’est pas une simple absence de conflits, mais un écosystème qui ne peut prospérer que s’il est ancré dans la justice sociale et dans la protection de l’homme et de l’environnement dans lequel il vit.
Protéger la vie
Afin de traduire ces principes en orientations politiques concrètes, le Secrétariat de la COMECE a formulé cinq recommandations clés à l’intention des décideurs de Bruxelles: maintenir la paix comme objectif stratégique, élargir l’évaluation des menaces au-delà des risques militaires, renforcer la prévention des conflits et la construction créative de la paix, renforcer le contrôle démocratique et la responsabilité éthique, et inscrire la stratégie de sécurité dans une stratégie de paix plus large.
Le document invite à rappeler que «le renforcement de la défense européenne ne devrait pas être considéré comme une fin en soi, mais comme un moyen de protéger les vies humaines, de sauvegarder les valeurs fondamentales et de préserver la paix». À cet égard, la communication publique des gouvernements doit également évoluer, en évitant de présenter les dépenses militaires comme un moteur de la croissance industrielle ou de la compétitivité commerciale.
La sécurité humaine au-delà des armes
Comme on le sait, les menaces modernes ne se manifestent toutefois pas uniquement sous la forme de chars, de chasseurs-bombardiers et de navires de guerre. Les évêques appellent à une conception globale de la sécurité qui intègre les dimensions environnementales et sociales, car, écrivent-ils, «la sécurité humaine est également menacée par la pauvreté, les déplacements forcés, la dégradation de l’environnement, le changement climatique, les pandémies, le crime organisé, la fragmentation sociale et l’érosion de la démocratie».
Prévention et alerte précoce
Prévenir les conflits violents reste le moyen le plus efficace, le moins coûteux et le plus humain plutôt que de réagir aux crises une fois qu’elles ont éclaté, expliquent les évêques. C’est pourquoi, conformément à un récent rapport du Parlement européen, l’UE devrait renforcer de manière significative ses capacités dans les domaines de la diplomatie préventive, de la médiation, de l’alerte précoce, de la consolidation de la paix civile, de la reconstruction post-conflit et de la réconciliation. D’où l’appel à la «créativité» pour être des bâtisseurs et des artisans de la paix, ce qui se traduit par l’exploration de partenariats avec un éventail plus large d’acteurs, y compris les mouvements religieux, les groupes et les communautés. Ces derniers, en effet, précisément parce qu’ils sont ancrés sur le terrain, parviennent à œuvrer pour la réconciliation de manière capillaire.
Contrôle démocratique
Les armes, préviennent les évêques, ne sont pas et ne devraient jamais être traitées comme de simples marchandises, à importer et à exporte. Il est donc souhaitable que les investissements dans les capacités de défense s’accompagnent d’un contrôle démocratique, de transparence et de garanties éthiques, en accordant une attention particulière aux technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes. En rappelant une nouvelle fois les paroles du Pape à propos de ces outils, la stratégie européenne de sécurité ne peut donc faire l’impasse sur «un contrôle humain significatif sur toutes les décisions impliquant le recours à la force létale».
Enfin, la stratégie consiste à intégrer la défense dans un cadre plus large qui relie de manière cohérente l’aide humanitaire, la diplomatie et le développement économique, en renforçant la coopération avec l’ONU, l’OTAN et l’OSCE: ce n’est qu’ainsi qu’il est possible de contribuer à la reconstruction d’une architecture de paix internationale fondée sur la confiance, la coopération et le respect du droit. «La sécurité et la paix – peut-on lire en conclusion du document – ne sont pas des objectifs concurrents. Au contraire, la sécurité devrait servir l’objectif général d’une paix juste et durable, qui devrait guider les choix stratégiques de l’Europe dans les années à venir».
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