Mexique: le message de paix de l’Église contre le trafic de drogue
Giordano Contu – Cité du Vatican
Le trafic de drogue tente d’étouffer l’espérance, mais l’Église y oppose un projet de paix unique en son genre. Le Mexique figure aujourd’hui parmi les pays les plus touchés par la violence des organisations criminelles: on recense jusqu’à 100 homicides par jour et plus de 135 000 disparus. Une tragédie humaine qui représente l’une des principales urgences pastorales de l’épiscopat mexicain.
Les jeunes, premières victimes des cartels
«La violence des cartels se nourrit de systèmes de recrutement sophistiqués. L’un des plus répandus passe par Internet et les réseaux sociaux, où sont publiées des offres d’emploi en apparence normales. Des jeunes à la recherche d’un emploi pour subvenir aux besoins de leur famille répondent à ces offres et se retrouvent entre les mains d’organisations criminelles», explique aux médias du Vatican Mgr Ramón Castro Castro, président de la Conférence épiscopale mexicaine (CEM).
«Le recrutement se fait également par le biais d’enlèvements. Une fois séquestrés, les jeunes sont contraints de coopérer sous la menace de représailles contre leurs familles. Malheureusement, leur espérance de vie moyenne n’est que de six ou sept ans.» L’évêque raconte une histoire dramatique. «Une mère avait fui avec ses deux enfants les violences dans l’État de Guerrero et s’était installée à Morelos. Son fils de dix-huit ans, ne trouvant pas de travail, s’est mis à dealer de la drogue. Un jour, l’organisation lui a demandé de tuer quelqu’un. Le jeune homme s’est confié à sa mère et a refusé d’obéir. Quelques jours plus tard, il a disparu. Trois jours après, sa mère a reçu la tête de son fils chez elle.»
Une violence qui n’épargne personne
Les cartels mexicains génèrent environ 10,6 milliards d’euros par an grâce au trafic de cocaïne, d’héroïne et de méthamphétamines (Rapport mondial sur les drogues 2025). L’impact économique de la violence dans ce pays d’Amérique latine est estimé à environ 192,5 milliards d’euros, soit 11% du PIB (Mexico Peace Index 2026). Le système du trafic de drogue est un réseau d’organisations qui contrôlent des territoires, des itinéraires de trafic et des points de passage vers les États-Unis. La violence touche la plupart des États fédéraux, mais les zones les plus dangereuses (Michoacán, Guerrero, Tamaulipas, Jalisco et Sinaloa) sont celles qui font l’objet d’une lutte entre les cartels, également actifs dans le trafic de migrants. «Les jeunes se retrouvent en première ligne dans les conflits entre organisations criminelles et finissent souvent par tuer ou être tués. Ces dernières années, des camps d’entraînement ont été découverts, où ils subissent un lavage de cerveau et sont formés. Certains de ces sites se sont même révélés être des camps d’extermination pour les personnes disparues», dénonce l’évêque.
La réponse pastorale de l’Église
Ce phénomène engendre non seulement la mort, mais aussi la peur et la désagrégation sociale. Dans l’État de Morelos, en l’espace de quelques années, 5 000 commerces ont fermé leurs portes, contraints de payer deux cartels rivaux qui imposent aux commerçants un «droit de protection» mensuel. Ceux qui refusent s’exposent à des agressions, à des incendies ou au meurtre de membres de leur famille. La violence des cartels a profondément marqué l’Église mexicaine. Le 20 juin 2022, à Cerocahui, dans l’État de Chihuahua, les jésuites Javier Campos Morales et Joaquín César Mora Salazar ont été assassinés lors d’une guerre entre cartels.
Ce crime a marqué un tournant. Mgr Castro, alors secrétaire général de la CEM, a lancé une réponse pastorale sans précédent, à laquelle ont participé l’épiscopat mexicain, la province des jésuites, la Confédération des supérieurs majeurs religieux du Mexique et le laïcat organisé. C’est ainsi qu’a pris forme le «Noyau pour la paix», qui a promu et organisé le premier Congrès national pour la paix à Puebla, ainsi que l’Agenda national pour la paix. Par ailleurs, à l’occasion des dernières élections fédérales, la présidente de la République, Claudia Sheinbaum, ainsi que 500 gouverneurs et maires ont signé l’Accord pour la paix promu par l’Église.
Le mal ne l’emportera pas
Il s’agit d’une avancée importante dans un pays où «dans plusieurs cas, on parle ouvertement de “gouvernements de la drogue”. Les cartels financent les campagnes électorales et, une fois les candidats élus, ils exigent en échange des faveurs et le contrôle des institutions», dénonce l’évêque. Pour Mgr Castro, la réponse à la crise doit passer avant tout par la sensibilisation de la population. «Ne vous habituez pas à la violence», avait averti le Pape François lors de son voyage apostolique au Mexique en 2016. Outre la formation des consciences, l’évêque souligne l’importance des mobilisations publiques en faveur de la paix. À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite de drogues (26 juin), l’Église mexicaine relance un message à la lumière de l’Évangile: «L’espérance se traduit par une responsabilité concrète. Le mal n’a pas le dernier mot. La paix n’est pas un idéal abstrait, mais une œuvre communautaire qui exige l’engagement de tous», conclut l’évêque. Là où le trafic de drogue sème la peur, l’Évangile engendre des artisans de paix.
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