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Vue aérienne sur Guadalajara, où le chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) a été tué le 22 février, capitale de l’Etat de Jalisco au Mexique, le 25 février 2026. Vue aérienne sur Guadalajara, où le chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) a été tué le 22 février, capitale de l’Etat de Jalisco au Mexique, le 25 février 2026.  (REUTERS)

Un prêtre contre les narcos: «Au Mexique, politique et société sont infectées»

Après les violences ayant suivi l'assassinat du baron de la drogue «El Mencho», le pays tente de retrouver une nouvelle normalité et d'intensifier la lutte contre le crime organisé. Alors que l'Église est en première ligne pour lutter contre l'illégalité, le père Sergio Omar Sotelo Aguilar, directeur du Centre catholique multimédia, témoigne: «Les gangs de narcotrafiquants se sont renforcés de manière inouïe, leur pouvoir est tel qu'il existe des États pratiquement gouvernés par les cartels».

Federico Piana - Cité du Vatican

Le gouverneur de l'État de Jalisco, Pablo Lemus, a levé l'alerte rouge qui imposait un couvre-feu et la suspension de toutes les activités au lendemain des violences qui ont éclaté dimanche dernier 22 février dans l'État et dans d'autres villes du pays après l'assassinat du chef du cartel Jalisco Nueva Generación. Cela ne signifie pas pour autant que le Mexique soit revenu à la normale. Bien au contraire. Pour s'en rendre compte, il suffit de jeter un œil au port de Puerto Vallarta, dans l'État de Jalisco, où le 24 février le navire Usumacinta de la marine militaire a débarqué 103 fantassins et plusieurs véhicules tout-terrain lourdement armés: l'objectif déclaré est de renforcer la sécurité de la côte Pacifique.

D'autres États touchés

Par ailleurs, les attaques, attentats et fusillades de ces derniers jours se sont également multipliés dans d'autres États: Michoacán, Guanajuato, Zacatecas et dans certaines zones très peuplées de l'État de Mexico. Une épidémie de violence qui, selon les derniers bilans actualisés, a causé la mort de 25 membres de l'armée et de la Garde nationale et de 70 membres du cartel criminel. 

L'engagement du gouvernement

«Comment tout cela a-t-il pu arriver? Tout d'abord parce que le Cártel de Jalisco Nueva Generación, dirigé par Osegura Cervantes, surnommé «El Mencho», a étendu son pouvoir à 21 États du pays et à 70 nations du monde», explique à Radio Vatican le père Sergio Omar Sotelo Aguilar, prêtre, journaliste et directeur du Centre catholique multimédia, engagé depuis des années dans la lutte contre le crime organisé et la corruption, ce qui lui a valu des menaces et des attentats de la part des barons de la drogue. «Pendant longtemps, le gouvernement fédéral s'est battu pour contenir l'avancée et le renforcement des organisations criminelles, mais leur pouvoir de corruption a réussi à s'infiltrer dans certaines administrations politiques et dans d'autres organismes publics», assure-t-il. 

Pression de la société civile

Au cours des dernières années, la pression exercée par l'opinion publique et le gouvernement des États-Unis a redynamisé la lutte contre l'illégalité, conduisant à des opérations à grande échelle comme celle qui a permis l'élimination d'«El Mencho». Mais cela ne suffit pas encore: «Le crime organisé s'est renforcé de manière inouïe, son pouvoir est tel qu'il existe des États qui sont pratiquement gouvernés par les cartels. Le pouvoir militaire et économique du trafic de drogue a généré ses propres règles de gouvernance, ses propres structures économiques et a imposé une culture qui promeut le trafic de drogue comme mode de vie», relève le pretre mexicain. 

L'Église impliquée

La narco-économie, la narco-politique et la narco-culture, qui imprègnent de larges secteurs de la vie sociale communautaire, n'ont pas épargné l'Église locale. «Cela se traduit, rappelle le père Sotelo Aguilar, par une augmentation des attaques contre des personnes proches de l'Église, de ses paroisses et de ses structures. Cependant, aujourd'hui plus que jamais, l'action pastorale est plus forte et plus cohérente avec l'annonce de l'Évangile. Certes, la peur de la violence est présente, mais il existe également une foi inébranlable qui stimule et fait avancer les processus pastoraux».

Un exemple concret de cet engagement généralisé est «Dialogues pour la paix», un mouvement né grâce aux institutions ecclésiastiques et à la société civile, qui a pour objectif d'inciter l'opinion publique à trouver des voies de cohésion et de pacification. «De la même manière, des organismes tels que le centre catholique multimédia, dont je suis le directeur, ont pendant des années mis en lumière le phénomène de la violence, en particulier contre les membres de l'Église, dans le but de sensibiliser à un phénomène qui a nui à la société dans son ensemble et qui doit être éradiqué. De son côté, la conférence épiscopale mexicaine, par le biais de communiqués et de messages, a commencé à dénoncer de manière très directe les terribles dégâts causés par le trafic de drogue et le crime organisé».

Des dangers évidents

Le père Sotelo Aguillar est également conscient d'une autre vérité brûlante: «Mon pays est devenu un endroit dangereux pour les journalistes et les prêtres, ainsi que pour ceux qui luttent pour la défense des droits humains, explique-t-il. En tant que prêtre et journaliste, j'ai un grand défi à relever: parler et apporter à tous la charité de la vérité, cette vérité qui libère et donne de la dignité. Lutter pour un Mexique libre, pacifique et juste sera toujours pour moi un privilège pour lequel il vaut la peine de donner sa vie».

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26 février 2026, 09:34