Burkina Faso: «La migration ne doit pas être un piège pour la jeunesse»
Jean-Paul Kamba, SJ – Cité du Vatican
Instituée par le Pape François en 2015, la Journée mondiale de réflexion et de prière contre la traite des êtres humains se célèbre chaque 8 février. Cette année, elle s'articule autour d'un thème: «La paix commence par la dignité: Un appel mondial pour mettre fin à la traite des personnes».
Ce principe n'est pas qu'une valeur morale, c'est le socle d'une paix véritable. Dès le début du pontificat de Léon XIII, l'accent était mis sur le respect de la dignité humaine. Pour qu'un peuple puisse s'épanouir sur sa propre terre, rappelle le Souverain Pontife, il doit bénéficier de conditions de vie dignes.
À l'inverse, l'ampleur des flux migratoires actuels témoigne d'une rupture: lorsque les conditions minimales de bien-être ne sont plus réunies, l'exil devient l'unique horizon pour espérer un avenir meilleur.
Au Burkina Faso, la question migratoire ne relève plus seulement de la mobilité géographique. C’est un enjeu de survie, mais aussi un miroir des aspirations sociales. Pour Roger Dayamba, sociologue formé à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, au Burkina Faso et membre du PACTPAN, le passage de la migration volontaire à la traite des personnes est une frontière de plus en plus poreuse, exacerbée par l'insécurité.
La migration comme rite de réussite
Partir… dans l'imaginaire collectif burkinabè, est souvent synonyme d'ascension sociale. Cette perception pousse de nombreux jeunes vers l'inconnu, parfois au mépris des risques. Le fait de quitter sa zone d’origine, explique Roger Dayamba, «peut se présenter comme un signe de réussite évidente. C’est un devoir social, et la famille attend beaucoup de vous».
Cette pression, bien que souvent accompagnée d'un soutien financier et moral de la famille, poursuit-il, crée un terrain fertile pour les prédateurs. La famille, observe le sociologue burkinabè, joue ainsi un rôle ambivalent: elle est à la fois le «filet de sécurité» et le moteur qui, sans le vouloir, peut pousser le jeune vers l'exil à n'importe quel prix.
L'insécurité redessine les routes du trafic
La crise sécuritaire que traverse le pays a, en effet, profondément modifié les dynamiques de déplacement. En bloquant les axes classiques, elle contraint les populations à emprunter des sentiers détournés, loin des regards et de la protection des institutions.
Dayamba salue toutefois le travail «extraordinaire des forces de défense et de sécurité burkinabè qui multiplient les interceptions de réseaux de traite», tout en soulignant que le combat doit aussi se mener sur le front de l'information.
Le défi de la réinsertion et de la sensibilisation
Pour le PACTPAN, la lutte ne s'arrête pas à la prévention. L'accueil des victimes est un pilier central de son action. Le sociologue pointe du doigt les obstacles socioculturels tels que la honte, la stigmatisation et le sentiment d'échec qui n’encouragent pas un retour volontiers à domicile des victimes «Les victimes d’exploitation ont besoin de notre amour, de notre accompagnement et de notre solidarité, une solidarité vraie».
PACTPAN, souligne Dayamba, mise sur une «pastorale de proximité», qui commence déjà à la base - avec les enfants, utilisant les langues locales et créant des clubs de sensibilisation dans les écoles pour ancrer le message: «la place des enfants est à l'école, pas ailleurs».
Un rendez-vous mondial pour l'action
Le 8 février, à l'occasion de la fête de Sainte Joséphine Bakhita, le réseau panafricain se mobilise. Une grande conférence interafricaine se tiendra le 7 février, avec des figures de proue comme le professeur PLO Lumumba du Kenya et la sœur Léonida Katunge. Ce temps d'échange sera précédé, le 6 février, par un ''Pèlerinage de prière en ligne'' consacré, outre la prière, à la sensibilisation contre la traite. Les participants d’Europe, d’Afrique, des Amériques, d’Asie et d’Australie se retrouveront avec la promesse de s’engager «à être la voix de nos frères et sœurs humiliés dans leur dignité» (Pape François, Prière de l’Angélus, 8 février 2015). Le Préfet du Dicastère pour le développement humain intégral, le Cardinal Michael Czerny, S.J., offrira à cette occasion une réflexion sur la dignité humaine et un message de proximité aux victimes de la traite.
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