Mali: Mgr Dembélé appelle à «des artisans de paix, de justice et de fraternité»
Moriba Camara, S.J. - Cité du Vatican
La Conférence épiscopale du Mali a tenu du 19 au 22 janvier sa deuxième session ordinaire, vécue, selon son président Mgr Jonas Dembélé, comme «un temps de travail, de discernement et des responsabilités pastorales». Les évêques ont fait le point sur la vie de l’Église, évaluant les activités menées depuis la session précédente et examinant plusieurs dossiers liés à la pastorale, à la gouvernance ecclésiale, à l’éducation catholique et aux questions sociales.
Dans le même esprit, les évêques ont aussi réfléchi à la situation du pays et à la manière dont l’Église peut continuer à accompagner le peuple malien «avec espérance, dans un esprit de paix, de dialogue et de cohésion sociale».
Une session marquée par l’esprit synodal
Interrogé sur la manière dont la synodalité a été vécue, le président de la CEM met en avant une expérience concrète: «la prière», «l’écoute mutuelle» et «partage d’expérience». Dans un «climat fraternel et respectueux», chaque évêque a pu partager «les réalités, les défis et les attentes de son diocèse». De cette démarche, des priorités se dégagent: «le renforcement de la communion entre les diocèses, la coresponsabilité dans la mission, l’attention particulière aux jeunes et aux familles, la promotion de la justice et de la paix, et le souci d’une Église plus proche des pauvres, des déplacés et des personnes vulnérables».
«Réfléchir globalement pour agir localement»
Dans ces propos, Mgr Dembélé résume l’orientation pastorale par une formule: «réfléchir globalement pour agir localement». Une ligne qui, selon lui, concerne aussi le rôle de la Conférence épiscopale dans la vie nationale: «encourager chaque diocèse à rendre plus dynamiques les structures de dialogue interreligieux» et à soutenir les efforts de justice et de paix au niveau national, notamment à travers les commissions de Caritas et Justice et Paix.
Le président de la CEM n’ignore pas la gravité de la situation: le Mali traverse, dit-il, «un défi multidimensionnel sur les plans sécuritaire et social», que l’Église partage avec tous les Maliens. Mais au cœur des épreuves, il souligne aussi des signes d’espérance: «la persévérance des fidèles dans des zones éprouvées, comme dans le diocèse de Mopti, où des fidèles résistent malgré les pressions; l’engagement des prêtres à trouver de nouveaux moyens d’accompagnement; et celui des laïcs, présents dans la prière et dans les œuvres d’éducation, de santé et de solidarité». Mgr Dembélé évoque également l’initiative «Paix au Sahel», menée avec des Églises sœurs de la région pour «assister les déplacés internes» et les soutenir spirituellement.
Insécurité et dialogue: «les hommes peuvent inverser les tendances»
Sur la multiplication des attaques djihadistes, l’évêque de Kayes rappelle que la violence touche tous les habitants «sans différence», chrétiens, musulmans ou adeptes des religions traditionnelles. Dans son diocèse, il met en avant des initiatives de dialogue entre jeunes, notamment à travers l’association An Ka Ben Mayala (AKBM), qui rassemble jeunes musulmans et chrétiens pour des rencontres et des échanges. La situation est difficile a cause des hommes, reconnaît-il, mais «c’est aussi les hommes qui peuvent inverser les tendances».
Mgr Dembélé mentionne aussi les répercussions concrètes de la crise du carburant, variable selon les régions mais parfois très lourde: une période a conduit à la fermeture des écoles, tant la situation «avait impacté gravement» les déplacements des enseignants et des élèves, réduisant la mobilité des populations.
«La paix demande l’engagement de tout un chacun»
Concluant ses propos, Mgr Jonas Dembélé adresse un message à la nation malienne: «prendre conscience que la paix demande l’engagement de tout un chacun». Il rappelle que la paix est à la fois don et responsabilité: «la paix, c’est un don de Dieu, mais aussi le fruit de l’effort des hommes». Et il lance un appel à la prière et à l’espérance, invitant chacun à commencer par soi: «le changement commence dans ma personne, dans ma famille, dans mon village…». «Nous invitons tous les Maliens, toutes les Maliennes à être là où ils sont, des artisans de paix, de justice et de fraternité.» a exhorté Mgr Jonas Dembélé.
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