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Le 21 juillet, Mgr Gallagher s'est rendu dans l'un des quartiers bombardés en mai dernier à Kiev. Le 21 juillet, Mgr Gallagher s'est rendu dans l'un des quartiers bombardés en mai dernier à Kiev. 

«Je n’oublierai pas les visages de ceux qui ont tout perdu», témoigne Mgr Gallagher

Entretien avec le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États et les organisations internationales, à l’issue de sa mission en Ukraine. «J’ai vu des personnes courageuses, tenaces et résilientes, prêtes à souffrir pour la liberté et la paix. Nous aussi, avec les moyens dont nous disposons, nous sommes appelés à lutter et à faire tout notre possible dans ce sens», déclare-t-il.

Roberto Paglialonga – Envoyé spécial à Cracovie

La fin de la mission en Ukraine marque une longue journée de voyage pour l’archevêque Paul Richard Gallagher, secrétaire aux Relations avec les États et les organisations internationales du Saint-Siège: près de 900 km en voiture de Kiev à Cracovie, en passant par Lviv. Au cours de son séjour de six jours dans ce pays, touché par la guerre depuis 2014, puis par l’intensification du conflit suite à l’invasion russe à grande échelle de février 2022, de nombreuses rencontres ont eu lieu, tant sur le plan politique et institutionnel qu’ecclésial, mais aussi pastoral. L’objectif principal de ce voyage était en effet de célébrer le 35e anniversaire de la réouverture des structures de l’Église catholique latine au sanctuaire marial de Berdychiv, qui s’est déroulée devant des milliers de fidèles le dimanche 19 juillet.

Mgr Gallagher, envoyé par le Pape Léon pour cette occasion particulière, a pu constater de près la souffrance et la fatigue de la population, mais aussi, d’un autre côté, son envie de repartir de l’avant, son désir profond de parvenir rapidement à une paix juste, ainsi que son aspiration à retrouver une vie aussi normale que possible. Avec les médias du Vatican, qui accompagnaient la mission, l’évêque – peu avant de quitter Cracovie pour Rome – dresse le bilan de cette expérience, tout en réfléchissant à ce que le Saint-Siège pourra faire pour créer toutes les conditions susceptibles d’aider la population, de favoriser la fin des hostilités et de contribuer à la reconstruction d’un climat de concorde. Mais il en ressort également un aperçu de ce qui, personnellement, l’a le plus marqué.

Votre Excellence, nous arrivons au terme de votre mission, à la fois pastorale et diplomatique, en Ukraine, qui a débuté jeudi dernier. Ces rencontres et ces journées ont été très intenses. Vous étiez déjà venu en 2022, quelques mois après le début de la guerre, et vous y êtes revenu après plus de quatre ans et demi d’hostilités. Quel pays avez-vous trouvé et quels sentiments avez-vous pu percevoir?

Permettez-moi tout d’abord de remercier ceux qui ont rendu ma visite possible: le Seigneur avant tout, qui nous a guidés; puis, bien sûr, les autorités ukrainiennes, qui nous ont accueillis à la frontière et nous ont facilité la tâche de toutes les manières possibles en garantissant notre sécurité; l’Église grec-catholique et l’Église latine; ainsi que, bien sûr, le nonce, Mgr Visvaldas Kulbokas, et ses collaborateurs, qui nous ont hébergés et aidés tout au long de notre séjour.

Pour répondre à votre question, ma visite – comme vous l’avez également mentionné – avait en effet deux objectifs: pastoral et diplomatique. J’ai notamment été envoyé pour les célébrations de Berdychiv, qui coïncidaient avec le 25e anniversaire de la visite de Jean-Paul II. Et j’ai constaté, de manière générale, un esprit communautaire et festif très fort, une grande dévotion, une grande intensité qui pousse les gens à se tourner de plus en plus vers Dieu pour implorer son aide. Sur le plan diplomatique, nous avons eu des contacts avec les autorités, le ministre des Affaires étrangères par intérim et le président Volodymyr Zelensky, et nous avons recueilli divers témoignages concernant les souffrances de la population. Il n’y a aucun doute: la fatigue du peuple face à toute cette violence est visible. En même temps, cependant, on constate un peuple déterminé, résilient, conscient des nombreux sacrifices consentis par les citoyens pour le bien du pays. Franchement, j’ai été très impressionné et ému par le courage de ces personnes et leur détermination, ainsi que par leur foi en Dieu le Père. Et par leur détermination, je dirais, à vouloir mener une vie aussi normale que possible: poursuivre leur travail, s’occuper de leurs enfants, prendre soin des personnes âgées, essayer de promouvoir un esprit de solidarité parmi ceux qui ont souffert sous les bombardements. J’ai été impressionné par leur noblesse d’âme et par leur détermination à préserver leur liberté et leur indépendance.

Rencontre avec les autorités civiles à Lviv.
Rencontre avec les autorités civiles à Lviv.

Dimanche, vous étiez au sanctuaire de Berdychiv pour la célébration de la fête de la Bienheureuse Vierge du Carmel. Il y avait des milliers de personnes, venues là malgré les difficultés, liées à la guerre mais aussi personnelles: de nombreuses personnes âgées et handicapées. Quelle signification tout cela revêt-il, en cette période de guerre que nous traversons?

Tout d’abord, il a été intéressant de voir et de ressentir la dévotion que ce peuple voue à la Vierge Marie. Berdychiv est un sanctuaire historique, où les pèlerins se rendent depuis de très nombreuses années: ainsi, en cette période de difficultés et d’épreuves, ils trouvent ici un roc auquel s’accrocher. Pour eux, il était également important d’être présents car, ces dernières années – en raison de la guerre –, il n’avait pas été possible de célébrer la messe sur l’esplanade, mais uniquement à l’intérieur de l’église. Seules quelques dizaines de personnes pouvaient y entrer. En revanche, dimanche, ils étaient des milliers sur la pelouse, joyeux, reconnaissants de la présence d’un représentant du Pape, dont ils ont pu ressentir la proximité, mais aussi très concentrés sur la prière et l’acte de dévotion qu’ils accomplissaient envers la Mère de Dieu, pleins d’espoir que son intercession puisse effectivement mettre fin à cette terrible guerre.

Des jeunes offrent à Gallagher une icône de la Vierge Marie.
Des jeunes offrent à Gallagher une icône de la Vierge Marie.

Au cours de cette mission, les visites des lieux bombardés, du mémorial de Maïdan et des personnes qui ont, d’une manière ou d’une autre, subi des pertes familiales et des dégâts matériels à leurs habitations ont été particulièrement émouvantes. En 2022, vous vous êtes également rendue à Boutcha, Irpin et Vorzel. Alors comment est-il possible de supporter tout cela pendant si longtemps? Dans votre homélie à Berdytchiv, vous avez évoqué le pouvoir du Mal et la présence du Malin…

L’arme de la foi a soutenu ces personnes. D’ailleurs, elles sont convaincues de se battre – et elles le disent ouvertement – non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour toute l’Europe. Je crois qu’elles ont le sentiment de ne pas avoir d’autre choix: c’est un combat pour la survie d’une nation. Bien sûr, nous savons que certains débattent de divers aspects historiques qui sous-tendent telle ou telle position. Mais la réalité d’aujourd’hui est que ce pays voudrait continuer à être ce qu’il était avant la guerre, et c’est pour cela qu’ils sont prêts à souffrir. C’est terrible de voir et de savoir combien il y a eu de morts, de voir les photos de tant de personnes, dont on ignore souvent encore le sort – si elles sont encore en vie ou non, ou où se trouvent éventuellement leurs dépouilles –, affichées dans les mémoriaux. Cela nous touche tous au plus profond de notre cœur. Mais à travers ces monuments, ils veulent rendre hommage au courage des soldats et exprimer leur solidarité envers ceux qui souffrent sous les bombes, les missiles et les drones: je me rends compte qu’il est difficile pour nous, qui vivons en paix, d’imaginer qu’il y ait chaque nuit le risque de ne pas se réveiller le lendemain matin à cause d’un éventuel bombardement, de penser chaque jour que ce pourrait être le dernier… C’est difficile, cela semble impossible à comprendre, et pourtant c’est la réalité.

Mgr Gallagher devant l’un des monuments commémoratifs dédiés aux victimes à Kiev.
Mgr Gallagher devant l’un des monuments commémoratifs dédiés aux victimes à Kiev.

Quels sont les résultats de vos rencontres à caractère politico-institutionnel? Et quels sont les défis que le Saint-Siège peut relever et s’efforcer de mener à bien concrètement?

Lors de nos contacts avec les autorités, nous avons constaté une grande reconnaissance envers le Saint-Père, ses appels et ses paroles, ce qui nous réjouit. Ils se sentent soutenus par la proximité actuelle du pape Léon, et auparavant par celle du pape François. Cela nous aide également, au Saint-Siège, à continuer de renouveler notre engagement à dialoguer avec la communauté internationale et les autorités russes, ainsi qu’à poursuivre les missions humanitaires, comme celle du cardinal Matteo Maria Zuppi, qui œuvre pour le retour des enfants, des prisonniers et des civils. Mon expérience est très positive et, au-delà de l’effort logistique et du temps nécessaire pour m’y rendre, elle m’a permis de constater de mes propres yeux la réalité du monde. Car voici ce que nous devons garder à l’esprit: on ne vit pas partout comme en Italie ou dans mon Angleterre. Il existe une réalité sombre, ténébreuse, dans le monde d’aujourd’hui. Nous ne pouvons pas baisser les bras, et d’une certaine manière, nous devons nous aussi lutter, en apportant notre contribution avec les moyens dont nous disposons, pour instaurer la paix.

Beaucoup vous ont demandé quand le Pape viendrait visiter l’Ukraine «martyrisée». Quelle réponse pouvez-vous leur donner?

Presque toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont posé cette question. Ma réponse est très simple. Le Saint-Père prend cette invitation très au sérieux; de notre côté, nous allons étudier les conditions afin de déterminer les délais et les modalités qui seront les plus fructueux possibles, tant pour l’Ukraine que pour la paix dans le monde.

Mais entrevoyez-vous un espoir de parvenir, à court terme, au moins à un cessez-le-feu entre les parties?

J’ai constaté ces derniers jours une grande détermination de la part des Ukrainiens à vouloir et à pouvoir œuvrer dans ce sens. Il m’est un peu difficile de dire pour l’instant si cela pourra se concrétiser dans un délai court, mais nous devons agir dans cette direction. Ensuite, comme nous l’avons vu au sanctuaire de Berdychiv – et comme nous l’enseigne l’histoire de ce lieu de dévotion mariale extraordinaire, célèbre pour ses dizaines de guérisons –, nous ne devons pas non plus exclure la possibilité d’un miracle.

Moments de la messe au sanctuaire de Berdychiv.
Moments de la messe au sanctuaire de Berdychiv.

Pour finir, j’aimerais vous demander une réflexion personnelle. Qu’emportez-vous dans votre valise, en rentrant chez vous, après ce voyage? Quelle image forte?

Ce sont les images des immeubles et des maisons bombardés. Nous les avons visitées dans un quartier de Kiev, rue Bratstva Tarasivtsiv, en compagnie des autorités locales et des responsables du HCR. Nous avons pris conscience, et j’en ai pris conscience personnellement, de la différence qu’il y a entre voir des images à la télévision, comme nous en voyons tant chaque jour, et se rendre physiquement sur ces lieux où, il y a encore quelques jours, vivaient des familles et des personnes comme nous. Quand on voit autour de soi ces personnes désemparées et désespérées qui vivaient là et qui ont tout perdu, leurs visages, leurs expressions, mais aussi, dans leurs yeux, l’espoir digne de jours meilleurs… ce sont des images qui restent gravées en soi pour toujours.

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22 juillet 2026, 17:31