Recherche

Víctor Patricio de Landaluze, «La coupe de la canne à sucre», huile sur toile, 1874 Víctor Patricio de Landaluze, «La coupe de la canne à sucre», huile sur toile, 1874  

Félix Varela, bâtisseur de ponts entre foi, culture et liberté

La première biographie italienne du prêtre cubain – publiée par la Librairie éditrice du Vatican – dresse le portrait d’un patriote et d’un penseur moderne capable de guider la société cubaine du XIXe siècle vers une conscience nationale, ainsi que d’un prêtre qui a contribué à la création d’une Église pour les pauvres où chacun avait sa place. L'entretien avec Mgr Vincenzo Paglia nous fait redécouvrir son héritage.

Lorenzo De Cesaris - Cité du Vatican

«Le père Félix Varela y Morales est un illustre fils de cette terre», c’est ainsi que saint Jean-Paul II rendait hommage à ce prêtre et intellectuel cubain qui vécut à la charnière du XIXe siècle, le qualifiant, lors du discours prononcé dans l’Aula Magna de l’université de La Havane en janvier 1998, de «pierre angulaire» de sa nation. Varela est, aujourd’hui plus que jamais, une figure d’une actualité extraordinaire, pour avoir incarné une synthèse parfaite entre foi, culture et engagement civique.

Le 9 juillet est enfin parue la première édition en italien de Félix Varela. Il s’agit d’une biographie (Libreria Editrice Vaticana, 208 pages, 18 euros), œuvre de Carlos Manuel de Céspedes, professeur au séminaire diocésain de La Havane, directeur du secrétariat général de la Conférence épiscopale de Cuba et vicaire général de l’archidiocèse de la capitale, décédé en 2014.

La préface de l’ouvrage a été rédigée par Mgr Vincenzo Paglia, président émérite de l’Académie pontificale pour la vie, avec lequel nous avons approfondi l’histoire et la valeur de ce missionnaire de l’île des Caraïbes.

Le patriote qui a forgé la conscience de Cuba

«Le lien entre Varela et la société cubaine est assez profond», affirme Mgr Paglia. «Ce prêtre a été en quelque sorte le fondateur de la culture de la nation à travers ses œuvres et ses écrits», explique-t-il, «en définissant une identité profondément liée à une foi qui s’exprimait dans un nouvel humanisme, où primait la conscience et où la condamnation de l’esclavage et la nécessité de l’indépendance occupaient une place centrale».

En raison de son engagement civique inlassable et de l’attention qu’il portait aux questions sociales, le père Varela fut, comme le note Paglia dans la préface, «un croyant qui a vécu au cœur de l’histoire», à une époque de profonds bouleversements politiques et sociaux qui secouaient l’Amérique latine et marquaient également le parcours du catholicisme sur le continent. Ce n’est pas un hasard si son œuvre peut être qualifiée de «civilisatrice»: prêtre exemplaire, «patriote intègre», ainsi que «le premier à nous avoir appris à penser», Valera a su renouveler les méthodes pédagogiques et l’enseignement philosophique, théologique, juridique et scientifique, dans une synthèse où foi et culture deviennent des dimensions indissociables.

Un missionnaire parmi les pauvres et les immigrés

Plus que tout autre chose, tout au long de sa vie, il s'est dévoué sans relâche à l'unité de son peuple, animé par une authentique vocation missionnaire. D’abord à Cuba, puis à New York – où il fut contraint à l’exil à la suite de sa condamnation par les autorités espagnoles en raison de ses idées avant-gardistes –, il a promu «les forces de la liberté, en éduquant à l’amour et en incitant les cœurs à choisir les pauvres comme premiers compagnons de route», écrit Mgr Paglia.

C’est précisément dans la métropole américaine que Varela vécut son ministère sacerdotal avec une intensité renouvelée. Il se consacra en particulier à l’aide aux immigrés, surtout irlandais, contribuant à la naissance d’un système d’assistance sociale et caritatif sans précédent aux États-Unis de l’époque. Il était convaincu qu’une société plus juste et plus solidaire pouvait naître de la présence d’une Église «en sortie», avec l’Évangile au centre de sa mission. Une Église aux côtés des pauvres, qui sont non seulement «le principe et l’école de la miséricorde», mais aussi, ajoute Mgr Paglia, «les premiers prophètes».

La couverture du livre «Félix Varela. Une biographie» de Carlos Manuel de Céspedes, publié par LEV
La couverture du livre «Félix Varela. Une biographie» de Carlos Manuel de Céspedes, publié par LEV

Un penseur en avance sur son temps

Penseur moderne, Varela fut également un bâtisseur infatigable de ponts entre des polarités apparemment inconciliables. À cet égard, Mgr Paglia rappelle que, précisément à New York, «la paroisse de Varela était interethnique et interculturelle». Au sein de celle-ci, le missionnaire a su harmoniser les diversités, «en parvenant à créer une communauté plurielle et en anticipant les enjeux du XXe siècle, où les cultures sont, à juste titre, amenées à s’influencer mutuellement».

Le père Valera, témoin d’un trait d’union entre les Amériques, a laissé un héritage encore peu connu et à redécouvrir: «Dans le monde contemporain, où l’on est souvent confronté à des formes de violence incroyables et à des divisions politiques dangereuses», note Mgr Paglia, «Varela incarne la possibilité d’une unité». D’ailleurs, à son époque, «le père missionnaire n’appartenait ni à l’un ni à l’autre camp, mais était au contraire un prêtre véritablement catholique, c’est-à-dire universel».

«Sa prophétie», conclut Mgr Paglia, «est particulièrement éclatante et percutante, car elle reflète le message de l’Évangile qui ne divise pas mais unit dans le respect des différences de chacun». Un message donc, d’une actualité extraordinaire, qui rapproche Félix Varela de Léon XIV et de son prédécesseur François: «trois témoins américains qui invitent les Amériques à un nouvel élan en faveur d’un choix missionnaire qui met la foi au service d’une société animée par l’Évangile», en particulier dans un monde marqué par des tensions, des conflits et des inégalités sociales croissantes.

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici.

17 juillet 2026, 11:57