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Intervention du cardinal Pietro Parolin au palais Borromeo à Rome, le 22 juillet 2026. Intervention du cardinal Pietro Parolin au palais Borromeo à Rome, le 22 juillet 2026.  

Une «Pâques de paix» pour mettre fin à la guerre, «jamais bénie par Dieu»

S’exprimant lors de la présentation du livre «Pâques de paix. De Jean XXIII à Léon XIV vers le Jubilé de 2033» du journaliste Antonio Preziosi, le Secrétaire d’État du Saint-Siège a retracé le fil rouge qui traverse les pontificats postconciliaires, et mis en exergue la contribution spécifique apportée par chaque Successeur de Pierre à la construction de la «mosaïque» de l’harmonie mondiale.

Edoardo Giribaldi – Cité du Vatican

«Pacem in terris», «Plus jamais la guerre», ce conflit «mondial en morceaux» auquel il faut opposer l’intelligence et la volonté de résoudre les divisions «en tant qu’êtres humains et non en tant que bêtes, même dotées d’armes hypertechnologiques». Ce sont là des paroles prononcées respectivement par saint Jean XXIII, saint Paul VI, François et Léon XIV, auxquelles s’ajoutent des gestes d’une même envergure: la lettre envoyée par Jean-Paul Ier au président des États-Unis, Jimmy Carter, en soutien aux négociations de paix de Camp David entre Israël et l’Égypte en 1978; la convocation historique de la Journée de prière pour la paix à Assise, le 27 octobre 1986, qui a réuni pour la première fois les dirigeants de toutes les grandes religions du monde, voulue par saint Jean-Paul II et reprise par Benoît XVI, 25 ans plus tard. 

Une véritable «course de relais» qui met en évidence à quel point tous les pontificats qui se sont succédé depuis le Concile Vatican II ont constitué une pièce du «mosaïque» de la communion internationale, pour laquelle, aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de persévérer en promouvant une «Pâques de paix». C'est le titre du nouveau livre d'Antonio Preziosi, journaliste et directeur du journal télévisé italien Tg2, que le cardinal Secrétaire d'État, Pietro Parolin, a repris lors de la présentation de l'ouvrage, mercredi 22 juillet, au palais Borromeo, siège de l'ambassade d'Italie auprès du Saint-Siège.

L’unité humaine précède les peuples individuels

«Pâques de paix. De Jean XXIII à Léon XIV vers le Jubilé de 2033», tel est le titre complet de l’ouvrage publié aux Éditions San Paolo, à l’occasion duquel est également intervenu le vice-président du Conseil et ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani.

Le discours d’ouverture de Mgr Parolin est une succession de citations historiques des Papes mentionnés dans le livre, à commencer par Léon XIV, qui s’était ainsi adressé aux cardinaux lors de la messe d’ouverture du Consistoire, le 26 juin 2026: «La guerre n’est jamais digne de l’homme, et elle n’est jamais bénie par Dieu, car le Créateur nous a dotés d’intelligence et de volonté pour résoudre les conflits en tant qu’êtres humains et non en tant que bêtes, même dotées d’armes hypertechnologiques. L’unité de la famille humaine précède les peuples et les États pris individuellement.»

Le cri contre le mal et le murmure pour la paix

L’ouvrage d'Antonio Preziosi est à la fois un «humble exercice d’écoute du magistère», mais aussi d’une actualité brûlante et significative pour le moment historique où, comme l’a affirmé Léon XIV devant le Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège le 9 janvier dernier, «la faiblesse du multilatéralisme est particulièrement préoccupante sur le plan international». D’où la nécessité d’une «Pâques de paix» qui a la dimension de l’éternel, comme l’a encore rappelé l'évêque de Rome dans son message pour la Journée mondiale de la paix au début de cette année, car «tandis qu’on crie “assez” au mal, on murmure “pour toujours” à la paix». 


Nicée et le Jubilé, les étapes de l’œcuménisme

Du concile de Nicée de 325 apr. J.-C., qui a lui aussi retrouvé une actualité brûlante après le voyage du Pape en Turquie à l’occasion de son 1 700e anniversaire, jusqu’aux perspectives du prochain Jubilé extraordinaire de 2033, Mgr Parolin souligne le travail d'Antonio Preziosi visant à approfondir «le chemin patient et complexe de l’œcuménisme» comme élément clé pour «contrer ce qui empêche aujourd’hui le dialogue» et «permettre d’œuvrer afin que la diplomatie puisse avoir pour objectif la résolution des nombreux fronts de guerre ouverts à travers le monde».

De Pacem in terris à «Plus jamais la guerre»

En abordant ensuite l’examen des pontificats postconciliaires, le cardinal rappelle comment l’encyclique Pacem in terris de 1963, «pierre angulaire» pour tout homme et toute femme de bonne volonté et «testament spirituel» de saint Jean XXIII, redéfinit le concept même d’harmonie, à la lumière de la raison et non de la «force des armes».

Une autre invocation mémorable fut celle, déjà citée, de saint Paul VI, prononcée au Palais de verre des Nations unies à New York le 4 octobre 1965: «Plus jamais la guerre !» Une exhortation renforcée par l’étreinte avec le patriarche orthodoxe Athénagoras à Jérusalem le 5 janvier 1964, et si urgente qu’elle a été poursuivie même pendant le bref pontificat de Jean-Paul Ier, qui a confirmé l’engagement de l’Église en faveur de l’œcuménisme, du dialogue entre les religions et de la paix dans le monde. 

Paroles et gestes d’unité

Le Secrétaire d’État s’attarde ensuite sur le vaste héritage laissé par saint Jean-Paul II, parmi lequel figure, outre la Journée de prière pour la paix, l’encyclique Ut unum sint de mai 1995, appel pressant adressé aux communautés chrétiennes «à abandonner les divisions pour rechercher et retrouver l’unité, poussées aussi par les expériences amères mêmes de la division». Sans oublier la portée de gestes tels que celui d’avoir été le premier Pape à entrer dans la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, et dans la mosquée des Omeyyades à Damas, le 6 mai 2001.

Le cardinal Parolin souligne ensuite comment Benoît XVI a élargi, le 27 octobre 2011, la rencontre historique pour la paix voulue par son prédécesseur, en y incluant des personnalités du monde de la culture et des non-croyants. Joseph Ratzinger a lui aussi accompli des gestes d’une importance concrète: la prière à la Mosquée Bleue d’Istanbul le 30 novembre 2006 (également visitée le 29 novembre dernier par Léon XIV) et l’effort de promotion du dialogue avec l’islam par la création d’un Forum catholique-musulman.

Le passage de relais entre François et Léon

Avec le Pape François, vient cette image de la «guerre mondiale par morceaux» qu’il a été le premier à évoquer, et qui l’a poussé à s’engager quotidiennement en faveur du dialogue entre les religions et de la construction de la paix. En témoigne l’encyclique Fratelli tutti, dans laquelle Jorge Mario Bergoglio «condamne fermement toute forme de violence au nom de la religion». Du pontife argentin à son successeur américain, qui a fait «de la paix et du dialogue les mots clés de son pontificat» dès sa première invocation, celle d’une «paix désarmée et désarmante». 

Un engagement commun à l’ensemble de l’Église, confirmé par Léon XIV «dans tous ses discours, ses documents et ses voyages», qui a également dénoncé les «guerres oubliées» par les médias lors de son voyage en Afrique en avril dernier. 

Le «rêve» pour le Jubilé de 2033

Une fois ce tour d’horizon terminé, le cardinal s’est attardé sur la «coïncidence providentielle» qui offre l’occasion de «réfléchir à la nécessité d’œuvrer pour surmonter toutes les difficultés historiques qui ont compliqué le processus de rapprochement œcuménique entre les religions chrétiennes»: la célébration simultanée, le 20 avril 2025, de Pâques.

Comme l’écrit Antonio Preziosi, il ne s’agit pas d’une simple «question technique», mais d’une impulsion à la recherche du «dépassement des divisions historiques lointaines», qui voit dans le Jubilé de 2033 un objectif à atteindre pour réaliser le «rêve» d’une célébration commune de la Résurrection à l’occasion de son bimillénaire.


Guérison là où il y a des blessures

Une perspective que le cardinal Parolin accompagne avec le même espoir, en la soulignant davantage à travers les paroles adressées par Léon XIV aux participants à la semaine œcuménique de Stockholm, le 22 août de l’année dernière: «Les disciples du Christ sont appelés à devenir des artisans de réconciliation: à affronter la division avec courage, l’indifférence avec compassion, et à apporter la guérison là où il y a eu des blessures.»

«Souvent, a conclu le Secrétaire d’État, on me demande si la paix est possible». La réponse, en ce qui concerne la diplomatie, est affirmative et réside tant dans l’engagement humanitaire que dans le dépassement des conflits: «C’est alors que l’on pourra construire la paix.»

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23 juillet 2026, 09:12