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Le Pape Léon XIV lors de l’audience de vœux du corps diplomatique auprès du Saint-Siège, le 9 janvier 2026 Le Pape Léon XIV lors de l’audience de vœux du corps diplomatique auprès du Saint-Siège, le 9 janvier 2026   (@VATICAN MEDIA)

Une vérité désarmante au cœur du livre du Pape

Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, le journaliste Alessandro Banfi, à l’origine du livre «Désarmée et désarmante. La paix est un don», édité par la LEV, confie que la paix «est aussi une responsabilité, et le Pape est loin d’une conception utopique ou idéologique». «La paix du Christ passe par un sacrifice».

Andrea De Angelis – Cité du Vatican

Les interviews se multiplient ce mardi 21 juillet pour Alessandro Banfi. Journaliste, auteur de télévision, directeur de la communication de la Fondation Oasis et à l'origine de l’ouvrage de Léon XIV qui vient d’être publié par les Éditions LEV sous le titre «Désarmée et désarmante. La paix est un don». Un ouvrage qui contient une introduction inédite du Pape. «Pour moi, confie-t-il aux journalistes de Radio Vatian, ce travail anthologique a été un honneur», dans lequel «le mot vérité» est, en effet, le protagoniste. 

Le Pape nous rappelle que le premier don que le Christ ressuscité a offert à ses amis et au monde entier est la paix. Un don qui, précise Léon XIV, n’était toutefois pas bon marché. Il n’était ni en solde, ni en promotion. Devons-nous donc, Alessandro, apprendre à regarder la croix pour devenir des artisans de paix?

Oui, c’est là la grande différence entre la paix proposée par l’Église et un irénisme générique et angélique. La paix du Christ passe par un sacrifice unilatéral, celui du serviteur souffrant. En d’autres termes, la paix est un don, mais c’est aussi une responsabilité, une réponse à ce don, comme l’indique l’étymologie du mot «responsabilité». Et en même temps, cette position pacifiste ne cache rien du caractère dramatique et violent de la vie. Il ne s’agit pas d’une suppression irréaliste du mal ou de la haine, mais, pour ainsi dire, elle passe au milieu de tout cela, et c’est là, selon moi, la mise en évidence formidable que fait le Pape dans le passage que vous avez cité. Elle est bien loin d’une conception utopique ou idéologique.

Alessandro, mais qu’est-ce qui vous a poussé à diriger cet ouvrage? 

J'aimais beaucoup l'idée de retrouver les mots clés de ce pontificat dans un seul ouvrage pratique. Des mots répartis par chapitres, où toutes les interventions du Pape soulignent le caractère central de ce thème, que ce soit pendant son discours devant le corps diplomatique à l’occasion de la Journée mondiale de la paix, lors d'une visite dans une paroisse ou d'un dialogue organisé avec les jeunes à Tor Vergata. Ainsi, des situations diverses, des accents différents, mais une seule préoccupation: construire des dialogues, des ponts, des échanges, en invitant chacun à se libérer du schéma ami-ennemi. Je pense également aux premiers voyages au Liban et en Turquie, ainsi qu’à celui en Algérie, où le témoignage des martyrs s’est conjugué à la référence à saint Augustin.

Dans son livre, le Pape Léon XIV souligne que la paix est avant tout une responsabilité. Il y a un passage qui m’a beaucoup marqué: «Si le premier instinct, face à un problème que nous rencontrons, à une tension que nous vivons, à une offense que nous subissons, est de juger les autres, de les accuser et même de les condamner, il est inévitable que l’indifférence d’abord, puis la haine se diffusent autour de nous.» Le Pape cite ensuite saint Augustin, qui invitait à changer le cours des choses, à ne pas se lamenter. Comment y parvenir?

Par des choix concrets. J’ai été très frappé, dans l'introduction inédite de ce livre, par le fait que le Pape évoque cet épisode historique quelque peu tombé dans l’oubli, au cours duquel un fonctionnaire soviétique, en 1983, en désobéissant aux ordres, a évité une guerre nucléaire avec les États-Unis. Il commente ce fait réel et, à un certain moment, écrit cette phrase: «La conscience d’un seul homme peut valoir le monde entier». Cette idée, cette prise de conscience donne de l’espérance; elle est dans l’esprit de l’homme, elle nous offre la bonne perspective pour envisager un horizon de paix. La fin de la guerre, la fin de la haine et de la violence commence par moi, par mon foyer, par mes collègues, par mes voisins, et il n’y a pas de paix sans justice.

 Le journaliste et écrivain Alessandro Banfi
Le journaliste et écrivain Alessandro Banfi

Le Saint-Père nous rappelle ensuite que la paix se construit, s’édifie. Il écrit: «En invoquant la vérité, même ceux qui font la guerre affirment en effet agir au nom de la paix. Personne n’a l’audace de déclarer qu’il veut la guerre pour la guerre». Je te pose donc la question: aujourd’hui, avons-nous parfois peur de prononcer le mot «vérité»? À quel point est-il désarmant de parler de vérité?

Énormément! L’un des chapitres qui me procure le plus de satisfaction dans cet ouvrage anthologique, que j’ai eu le grand honneur de réaliser, est précisément celui consacré à l’information en temps de guerre. Et cela a trait à la vérité. Cela concerne aussi un peu le travail que j’ai accompli pendant tant d’années. Nous l’avons appelé «propagande et information», la guerre des mots. Le Pape a vraiment beaucoup insisté, en invitant à renverser le point de vue de ceux qui racontent les conflits. Pas comme on décrirait un jeu vidéo, dit-il, mais en se plaçant dans la perspective des victimes, à travers le regard de celles et ceux qui en sont victimes. Des personnes réelles, donc. Il s’agit de rappeler que les victimes de la guerre sont des personnes en chair et en os, des femmes et des enfants. Le mot «ennemi», depuis toujours, dans toutes les guerres, cache une abstraction. C’est ne pas voir que cette personne est un être humain, comme moi.

Alessandro, il y a enfin une citation de Bob Dylan. Vous vous y attendiez? 

Cela m’a surpris, mais je n’aurais peut-être pas dû m’étonner outre mesure, car il ne s’agit pas seulement d’un Pape américain, des États-Unis, mais d’un Pape qui a profondément imprégné la culture de son pays, tout en comptant des migrants parmi les membres de sa famille d’origine. C’est un pontife qui sait véritablement aborder tous les aspects de la culture contemporaine. Il suffit de penser à sa rencontre avec l’acteur Banderas, lors de son dernier voyage en Espagne, ou à sa rencontre avec les écrivains, où étaient présents les plus grands noms de la littérature mondiale. Quand j’ai lu la référence à Bob Dylan, l’activiste antinucléaire, cette grande époque m’est revenue à l’esprit. Bob Dylan a écrit ce texte en 1962. À cette époque, il y a eu des moments de grande tension, comme la crise de Cuba, mais aussi des moments où la volonté de désarmement bilatéral était très sincère et partagée dans le monde entier. La dernière chose que je te dirai, c’est qu’en tant que fils d’Augustin, ce Pape aime la poésie. Augustin était un grand poète, en plus d’être un grand Père de l’Église.

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21 juillet 2026, 16:23