Lecture de Magnifica humanitas depuis la RDC par un défenseur de la vérité
Marie José Muando Buabualo – Cité du Vatican
L’abbé Cibaka commence par saluer l'encyclique du Saint-Père sur un thème de grande actualité. Il souligne combien «nous sommes à la fois témoins et protagonistes de la révolution de l'intelligence artificielle» qui est, selon lui, «une des nouvelles prouesses de la civilisation occidentale». Il souligne combien, dans une société globalisée, celles-ci marquent la marche du monde dans son ensemble. Toutefois, le recteur de l’Université officielle de Mbujimayi souligne qu’aux côtés de ses bien fondés, cette révolution interpelle la personne humaine. L'encyclique exhorte la société à ne pas abandonner ses facultés spirituelles, relationnelles et créatives au profit de l’intelligence artificielle: «Nous avons là un instrument de travail qui permet d'exécuter plusieurs tâches, mais qui peut créer des personnes qui délèguent la dignité de la sueur à des machines», fait-il remarquer.
Dans le contexte africain, IA redéfinit la relation à la vérité
«La société africaine, globalement, se présente en position de faiblesse, parce qu'elle est davantage un monde de consommation qu'un monde de production», souligne l’Abbé Cibaka. Dans un système où la civilisation scientifique africaine se présente comme consommatrice et n’a pas encore atteint «une masse critique qui fait de ses membres des acteurs de premier ordre», elle est exposée à «un marché de l'exploitation» où souvent la dignité de l'être humain est à déplorer. Une grande révolution dans laquelle «la relation à la réalité, médiatisée par des données qui sont produites ou exploitées par d'autres» devient une relation faussée, où plusieurs prismes sont imposés au consommateur. Les réseaux sociaux deviennent ainsi une sorte de «bible où les gens réagissent en disant: ‘mais c'est sur Internet que ça se dit.'» Et donc, on se trouve face à une relation à la réalité et à la vérité qui est biaisée.
Ce danger se présente à tous les niveaux. Dans le monde du travail, cet instrument qui permet d'exécuter plusieurs tâches en fonction des données et d'autres ressources peut créer, dans un certain contexte, «des personnes qui ne peuvent plus apprendre, des personnes qui ont délégué la dignité de la sueur dans les machines, dans les algorithmes et dans le travail fait par les autres». L’abbé Cibaka donne en exemple l’expérience du monde académique où cette attitude a un impact négatif sur la qualité de la recherche scientifique: «Les travaux d'initiation à la recherche se font globalement en recourant à l'intelligence artificielle.» Cette implication de la relation avec le monde travail entraine aussi la redéfinition relationnelle avec le prochain: «l'autre qui est devant moi n'est plus un collaborateur dont je peux avoir besoin, les machines peuvent faire mieux, je peux me passer de lui». Soumis aux prismes et devenu étranger à lui-même, le consommateur accepte passivement les choix dictés par l’intelligence artificielle. «On entre ainsi, poursuit le recteur de l’Université officielle de Mbujimayi, dans une espèce de dictature de la machine où elle peut déterminer les normes de conduite en fonction bien entendu des données qu'elle a reçues.» Dans le contexte africain, poursuit-il, «nous devons revenir sur cela et insister sur la valeur de la réalité, sur la valeur de la vérité, sur la valeur du travail, sur la valeur de l'autre, sur la valeur de soi-même et de sa conscience et mettre en relief ces valeurs dans le sens de l'encyclique du Saint-Père.»
Un apostolat basé sur la sauvegarde de la vérité et de la créativité
L’abbé Apollinaire Cibaka rapporte qu'à l'université grâce aux logiciels de détection du plagiat et à l’utilisation de l'intelligence artificielle, beaucoup de gens ne travaillent plus, «nous nous trouvons face à un danger réel. Nous sommes appelés à utiliser cet outil de recherche en tant qu’instrument et laisser à l'être humain cet espace qui lui est propre, où il doit développer son génie, développer sa capacité d'apprentissage, de réflexion. Donc, nous ne devons pas renoncer à l'humanité pour déléguer nos devoirs dans des machines que nous avons fabriqués». L’abbé Cibaka recourt à l’Évangile et notamment la Parole de Jésus: «le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat». Et de se rappeler toujours que l'homme est au-dessus de tous les instruments. Toutes les institutions qu'il crée doit être à son service sans le soumettre directement à la révolution de l’intelligence artificielle. Il souligne combien l'humanité est arrivé à cette révolution grâce à la richesse de son travail et, face à cette révolution d’importance majeure, qui impacte déjà plusieurs domaines de la recherche, on doit toujours se souvenir que l'homme est au-dessus de tout ce qu'il peut fabriquer. «Le prix de l'homme, c'est le sang de Jésus le Christ», fait-il remarquer. Il faut maintenant concrétiser ce principe moral en activant un sens de responsabilité dans les différentes instances de la société sur comment encadrer cette révolution pour qu'elle continue à être au service de l'homme et qu'elle ne devienne pas un instrument de manipulation de la vérité et de la réalité. Cela pourra se faire au niveau de l’État, de la famille qui est la souche de la société et doit accompagner les enfants et les jeunes avec des principes moraux pour éviter toute déconnexion par rapport à la réalité, à la vérité, au travail et aux autres. Parmi les instances concernées, il cite également les écoles et les universités. Les Églises devront s'approprier le message du Saint-Père qui parle de la magnifique humanité qui doit être, exaltée et toujours préservée, quels que soient les révolutions et les merveilles que l'homme réalise.
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