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2018.10.03 Apertura Assemblea Generale Ordinaria Sinodo dei Vescovi

Rapport synodal sur les femmes, leadership et mentalité

Le groupe d'étude 5 a remis son rapport final au Secrétariat général du Synode. Le document exhorte à reconnaître «de nouveaux espaces de responsabilité pour les femmes dans l'Église» car «rien n'empêche les femmes d'assumer des rôles de leadership». Il demande un changement de mentalité ecclésiale, imprégnée de «cléricalisme» et de «machisme», et recommande une plus grande attention aux codes linguistiques dans l'enseignement, la catéchèse et les documents.

Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican

«Le simple fait d'être une femme n'empêche en rien d'assumer des rôles de leadership dans l'Église». C'est l'un des passages clés du rapport final du groupe 5, l'un des dix groupes d'étude créés par le Pape François en 2024 pour élaborer des avis et des propositions sur les questions soulevées lors du Synode sur la synodalité. Ce groupe, chargé – sous la coordination du dicastère pour la Doctrine de la Foi – d'approfondir «les questions théologiques et canoniques relatives à des formes spécifiques de ministère», parmi lesquelles la question de la participation des femmes à la vie et à la direction de l'Église, a remis son rapport final au Secrétariat général du Synode.

Il s'agit du troisième groupe, après celui sur la mission numérique et la formation des prêtres, à transmettre son étude, fruit d'un processus articulé d'écoute, d'analyse, de recherche et de dialogue avec les épiscopats et les universités. Ce rapport a été donc rendu public ce 10 mars, conformément à la volonté du Pape Léon XIV, qui a décidé que les différents rapports seraient diffusés «dans un esprit de transparence» au fur et à mesure de leur remise. Le Pape, à qui reviendra la décision finale concernant les idées et les indications contenues dans les différents rapports, a également décidé qu'une fois le travail terminé, le groupe mettrait fin à son mandat et serait considéré comme «dissous».

Les réflexions de du Pape François et le rôle des femmes dans l'histoire de l'Église

Pour son travail, le groupe d'étude 5 s’est appuyé sur «certaines réflexions» du Pape François «jusqu'ici peu accueillies». Il cite en effet les exhortations Evangelii gaudium et Querida Amazonia et le motu proprio Antiquum ministerium sur le ministère du catéchiste. En revanche, aucune référence n'est faite au thème des diaconesses: cette question n'a pas encore «atteint son point de maturité» raison pour laquelle son analyse a été précédemment confiée par le Pape à deux commissions présidées toutes deux par le cardinal Giuseppe Petrocchi, dont la seconde s'est prononcée en décembre dernier contre la possibilité du diaconat féminin, sans toutefois «formuler une décision définitive».

L'activité du groupe d'étude s'est concentrée sur une analyse «approfondie» du profil de certaines femmes dans l'histoire ancienne et récente de l'Église: il s’agit notamment des matriarches de l'Ancien Testament, de Marie de Magdala à Jeanne d'Arc, Hildegarde de Bingen, Francesca Cabrini, jusqu'aux plus récentes, comme Dorothy Day, Maria Montessori et Wanda Półtawska. Toutes ces femmes «ont exercé une véritable autorité et un véritable pouvoir en faveur de la mission», non pas «en lien avec l'ordre sacré», mais «d'une grande fécondité pour la vitalité du peuple de Dieu».

Un long chemin à parcourir

Les consultants du groupe ont apporté une contribution essentielle à la rédaction du rapport, fruit d'une écoute  «vivante et animée», d'un discernement «non statique», d'un «exercice de médiation et de recherche de consensus possibles entre des instances souvent en tension les unes avec les autres». Dans le document, outre les chaleureux «remerciements» adressés à toutes les femmes qui, de l'Amazonie aux périphéries de l'Afrique et de l'Europe centrale, mais aussi dans les curies, les écoles et les Caritas, sont «engagées au service de l'Église», ce qui ressort le plus est en fait «une inquiétude», car «même si de nombreux progrès ont été accomplis», «il reste encore un long chemin à parcourir». En effet, de nombreuses femmes ressentent un «malaise» quant à leur participation à la vie des communautés dans lesquelles elles se trouvent, surtout lorsqu'elles se comparent à la société civile de leur pays d'origine.

«Le Malaise»

Le document souligne le nombre croissant de femmes (jeunes et moins jeunes) qui se détournent de l'Église catholique ou de la participation active à la vie ecclésiale locale. À cela s'ajoute la diminution des vocations à la vie religieuse féminine. Tout cela, affirme le document, est également dû à une «crise générale de la foi». «Un autre aspect du malaise» mentionné dans le document est la demande de plus en plus forte, de la part des femmes engagées dans le domaine pastoral ou expertes en théologie et en droit canonique, de «revoir les formes actuelles de leadership ecclésiastique afin de les rendre plus accessibles aux femmes». Il s'agit donc de l'accès au sacrement de l'Ordre, de la possibilité d'instituer de nouveaux ministères avec des caractéristiques spécifiques, de la possibilité de prononcer l'homélie lors des célébrations communautaires et de la question de la «la charge de la gestion d'une communauté ou de certains offices diocésains».

Changer les mentalités

Le rapport final du groupe 5 demande ensuite de dépasser cette «façon de penser et de se comporter» répandue dans la mentalité ecclésiale, identifiable comme «cléricalisme» ou «machisme». C'est-à-dire «des attitudes liées à la gestion du pouvoir et de la parole qui créent de la méfiance et, surtout, une distance dans l'univers féminin». Le problème se fait également sentir dans l'adoption, par le clergé et certains laïcs, d'un «code linguistique» qui identifie la «féminité» uniquement à des caractéristiques telles que «la douceur, la résignation, la docilité, la faiblesse», ou exclusivement «à des rôles appartenant à la sphère familiale».

Comme lors de la double session du Synode sur la synodalité, la recommandation est donc réitérée de «prêter davantage attention au langage et aux images utilisés dans la prédication, l'enseignement, la catéchèse et la rédaction des documents officiels de l'Église, en accordant plus de place à la contribution des saintes, théologiennes et mystiques».

Obstacles à la reconnaissance des charismes et des vocations

Il faut «reconnaître que les femmes continuent de se heurter à des obstacles pour obtenir une reconnaissance plus complète de leurs charismes, de leur vocation et de leur place dans les différents domaines de la vie de l'Église, au détriment du service de la mission commune», indique un autre passage du rapport final. Et ce, malgré le fait que les femmes – comme le souligne le rapport – aient donné une forte impulsion à la mission de la communauté chrétienne: premières témoins de la foi dans les familles, actives dans les petites communautés et les paroisses; engagées dans les écoles, les hôpitaux et les centres d'accueil, à la tête d'initiatives de réconciliation et de promotion de la dignité humaine et de la justice sociale, présentes dans la recherche théologique et dans les institutions liées à l'Église. «Il est nécessaire, peut-on lire, que toute cette contribution des femmes à la vie de l'Église puisse trouver le moyen de se réaliser plus pleinement à notre époque, en encourageant les femmes dans leur service à la mission de l'Église et en découvrant également de nouvelles formes de participation à sa direction».

Aucune concession

La question des femmes est, selon le groupe 5, «un signe des temps». Ce qu'il faut donc, c'est un «changement de mentalité, à tous les niveaux de l'Église», avant même de parler de «rôles». Il faut avant tout dépasser la conception de la participation active des femmes à la vie et à la direction de l'Église comme une «concession» de la part de l'autorité hiérarchique. «Ainsi, nous pouvons nous éloigner d’une simple fonctionnalité et d’une substitution, car les femmes y ont droit, en tant que baptisées et détentrices de charismes, donnant ainsi la priorité à l’être sur le faire».

Le groupe 5 souligne, à cet égard, l'importance de «décrire le rôle des femmes dans la vie de l'Église à partir de la réalité dans son intégralité, éclairée par la foi, en dépassant une vision limitée à certaines caractéristiques, telles que la maternité, la tendresse ou les soins, qui occulte d'autres qualités féminines tout aussi importantes, telles que les talents de leadership et de conseil, les capacités d'enseignement, d'écoute ou de discernement».


Archétype marial

Dans cette optique, les membres du groupe d'étude proposent de «reconsidérer l'archétype marial des rôles féminins dans l'Église, en particulier une certaine manière de présenter la figure de Marie». Il s'agit porter une attention à la figure de Marie au-delà de sa maternité, et de considérer «son rôle de témoin, de femme réfléchie et interrogative, pleinement immergée dans les joies et les peines de son peuple, sans compter le fait que, selon toute probabilité et comme l’atteste Actes 1,14, elle fut un point de référence pour la première communauté chrétienne réunie en prière après l'Ascension du Christ».

La théologie et le Magistère sont donc appelés à se mettre en jeu «en interagissant avec l'histoire concrète des personnes», en évitant «la tentation de donner des réponses toutes faites», mais en offrant «une parole qui tienne compte des problèmes réels et qui soit partagée et le fruit d'une recherche commune».

Les nominations de femmes à la Curie

Dans sa conclusion, le rapport final analyse ensuite les pontificats de François et de Léon XIV: le premier avec la nomination de femmes à des postes importants au sein de la Curie romaine; le second qui, avec ses premières décisions, semble poursuivre cette voie. Ces deux Pontifes «constituent un modèle qui invite à la réflexion», et que de nombreux diocèses particuliers devraient également suivre afin de constituer un véritable «progrès ecclésial», souligne le rapport.

Toujours au sujet de nominations de femmes, le rapport analyse la Constitution apostolique Praedicate Evangelium sur la Curie romaine, dans laquelle il est précisé que «tout fidèle peut présider un dicastère ou un organisme, compte tenu des compétences, du pouvoir de gouvernement et de la fonction propre à ces derniers ». Il existe certes des fonctions qui exigent l'Ordre sacré, mais celui-ci «n'épuise pas en soi toutes les possibilités de ministère».

«Il ne faut donc pas discuter de la possibilité pour une femme d'occuper le poste de chef d'un dicastère ou d'un autre organisme du Vatican. Il s'agit en effet d'une réalité prévue par une constitution apostolique», affirme le groupe 5.

Et dans un autre passage, il souligne l'enrichissement que la création d'espaces plus importants pour la participation des femmes à des rôles institutionnels apporterait aux processus décisionnels, grâce notamment à des «perspectives différentes». Des exemples «louables» sont cités à cet égard, comme les diocèses français qui ont une «déléguée générale» ou une «déléguée épiscopale», ou les régions amazoniennes où les femmes dirigent l'activité pastorale des communautés, en plus d'exercer le ministère de la Parole et de l'Eucharistie. Dans certaines réalités, cependant, ces mesures sont «difficiles à mettre en œuvre» et nécessitent «une véritable transformation culturelle, c'est-à-dire des mentalités».

De nouveaux domaines de responsabilité

La proposition du groupe 5 consiste donc à redéfinir les domaines de compétence afin «d'ouvrir la voie à la reconnaissance de nouveaux domaines de responsabilité pour les femmes dans l'Église». D'une manière générale, cela réaffirme ce qui est mentionné dans le document final du Synode sur la synodalité, à savoir qu'«il n'y a aucune raison qui empêche les femmes d'assumer des rôles de leadership dans l'Église».

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10 mars 2026, 13:21