Autoroute menant à la ville de Koweït, le 2 mars 2026. Autoroute menant à la ville de Koweït, le 2 mars 2026.   (AFP or licensors)

Nonce au Koweït: «Une guerre longue n’avantage personne dans une région déjà éprouvée»

Mgr Eugene Nugent, représentant du Pape au Koweït, à Bahreïn et au Qatar, est en contact avec les autorités et les ambassadeurs dans ces trois pays du Golfe pour retrouver la voie de la diplomatie et du dialogue. L’archevêque irlandais, diplomate du Saint-Siège, est basé à Koweït depuis 2021. Il appelle au calme et à la prière en cette coïncidence du Carême et du Ramadan.

Entretien réalisé par Delphine Allaire – Cité du Vatican

Cinq personnes ont été tuées dans le Golfe depuis samedi 28 février, toutes de nationalités étrangères, dont une au Koweït, trois aux Émirats et un à Bahreïn. Ce lundi 2 mars, de nouvelles explosions ont été entendues à Dubaï, Abou Dhabi, Doha et Manama. À Koweït, une épaisse fumée s’est élevée de l’ambassade américaine. Les frappes iraniennes ébranlent ces États de la péninsule arabique longtemps considérés comme des havres de sécurité. Entretien avec le nonce apostolique à Manama, Doha et Koweït, Mgr Eugene Nugent. 

Quelle est actuellement la situation au Koweït, où vous êtes basé?

La situation est dramatique et s'aggrave de jour en jour. Nous n’avons pratiquement pas dormi cette nuit à cause d’une série d'explosions entendues à partir de 2 heures du matin, suivies de sirènes incessantes. Ce matin, nous avons appris que l'ambassade américaine ici au Koweït a été attaquée par un drone. Heureusement, il n’y a pas eu de morts, mais des dégâts avec un incendie à l'intérieur de l'ambassade. Ce matin encore, nous avons appris que deux avions militaires américains ont été abattus près de la base aérienne des États-Unis “Ali al Salem”, que je connais assez bien car je m’y rends régulièrement pour y célébrer la messe. Il y a un contingent italien juste à côté. Nous essayons de rester calmes bien sûr, mais c'est un peu effrayant, il faut le dire. Aux abords de la nonciature, nous ne constatons pas de dégâts. Nous sommes la seule ambassade dans le quartier Shaab, une zone tranquille de la ville. Le quartier diplomatique, abritant aussi l’ambassade iranienne est assez proche, mais notre quartier est calme. Les bases militaires et les aéroports sont surtout visés, ainsi que le terminal 1 de l’aéroport de Koweït, touché dès le premier jour par un drone.

 

Le royaume de Bahreïn et l'émirat du Koweït sont percutés par la guerre. Comment est-elle vécue en ces États qui d’ordinaire promeuvent dialogue interreligieux et coexistence pacifique?

Nous sommes tous un peu choqués par ce qu’il se passe. Nous espérions que le dialogue et la négociation qui étaient en cours auraient porté des fruits. Nous étions vraiment surpris quand la guerre a éclaté, le 28 février. Heureusement, le message du Saint-Père ce dimanche à l'Angélus, et son appel à la prière pour la paix dans cette région, ainsi que pour le dialogue et la négociation, ont été bien appréciés ici. Nous l’avons diffusé. De même que le message du vicaire apostolique, Mgr Aldo Berardi, invitant à la prière et à la solidarité en ce moment, qui a aussi été bien reçu.

Quelle voix porter en des heures où les attaques et représailles évoluent minute par minute tous azimuts?

Nous restons en contact avec les autorités et les ambassadeurs au moins pour les encourager à entreprendre tous les moyens pour mettre fin à cette guerre. Hélas, lorsqu'une guerre commence, nul ne sait jamais quand elle va se terminer. Tout s’accélère, mais il faut quand même essayer tous les moyens. Avoir une guerre longue n'est un bénéfice pour personne et n’avantagera personne, surtout dans une région déjà éprouvée par de nombreux conflits.

Comment renouer avec la diplomatie face à la détermination dans l’hostilité?

En ce moment, les armes font du bruit. Il faut tenter les moyens traditionnels de la diplomatie et de la négociation. Nous espérons qu’avec la déclaration du président Donald Trump indiquant qu’il y aurait des pourparlers avec le nouveau régime en Iran, un dialogue pourra commencer. Nous souhaitons un dialogue raisonnable avec toutes les parties. Pour le moment, c’est assez difficile car la situation est très complexe en Iran. Il y a pas mal de factions à l'intérieur du pays et il est difficile de comprendre les dynamiques géopolitiques. Il faut essayer tous les niveaux de dialogue. La diplomatie est la seule façon de mettre fin à cette guerre.

À Bahreïn en 2022, le Pape François associait la guerre «à un scénario dramatiquement enfantin». «Dans le jardin de l’humanité, au lieu de soigner l’ensemble, on joue avec le feu avec des missiles et des bombes», dénonçait-il. Comment ces paroles résonnent-elle aujourd’hui?

Elles semblent prophétiques. Ce sont des mots forts qui parlent à tous. Depuis des siècles, l'humanité a entrepris de nombreux conflits, mais à la fin, il faut chercher la fraternité et trouver ce qui nous est commun. Nous vivons dans cette région depuis des siècles. Chaque pays est obligé de rechercher la paix et l'harmonie. Nous prions beaucoup pour cela. La semaine dernière, nous avons célébré la messe à la cathédrale, ici au Koweït pour le 4e anniversaire de la guerre en Ukraine. Quatre jours après, la guerre a éclaté ici. Seule la prière, et durant le temps du Carême, le jeûne, sont importants. C’est aussi le ramadan. Chrétiens et musulmans sont dans une période de jeûne et de prière. Implorons Dieu de nous accorder le don de la paix.

Quel soutien pouvez-vous apporter à l’Église locale et aux fidèles bouleversés?

Je suis en contact quotidien avec Mgr Aldo Berardi, le vicaire apostolique, avec les pères curés dans les trois pays dont je suis responsable: Koweït, Bahreïn et Qatar. J’essaie de les encourager et de les soutenir. Certaines églises sont toujours ouvertes mais d'autres sont fermées, il y a donc des messes privées. À la nonciature, nous célébrons la messe chaque matin à 7h30 et l'après-midi, à 17h00, nous prions le chapelet pour la paix. Nous avons des groupes de prière sur WhatsApp. J'encourage chacun à rester calme et à prier la Vierge pour ce don dont nous avons tous besoin.

Quelle importance revêt la dévotion à Notre Dame d’Arabie dans un tel contexte?

Notre Dame d'Arabie est primordiale, nos fidèles lui portent une grande dévotion. Les musulmans aussi ont une grande dévotion à Myriam, mentionnée plusieurs fois dans le Coran. En ce moment dramatique, nous prions beaucoup la Vierge, Reine de la paix. C'est par son intercession auprès de son Fils que la guerre se terminera.

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

02 mars 2026, 14:00