Mgr Berardi: «il faut prier pour ne pas être emportés dans cette spirale»
Olivier Bonnel - Cité du Vatican
Depuis Awali au Barheïn où se situe son vicariat, Mgr Aldo Berardi, vicaire apostolique de l’Arabie du Nord ne cache pas sa préoccupation durant ces heures où la guerre a franchi un nouveau pallier dans la région, entre bombardements israélo-américains sur l'Iran et riposte de la République islamique qui a tiré des missiles sur plusieurs pays du Golfe, où se situent notamment des emprises militaires américaines. Vendredi 28 février, au premier jours des bombardements, Mgr Berardi avait envoyé un communiqué à tous les prêtres , religieux et religieuses de son vicariat, qui couvre quatre pays de la péninsule arabique: le Koweït, l'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar, soulignant «un temps d'incertitude» et demandant à chaun de se mettre à l'abri, à rester unis dans la prière et à suivre les consignes de sécurité des autorités locales.
Après l'appel à la paix lancé ce dimanche par le Pape Léon XIV, nous lui avons demandé de réagir et de témoigner de la situation sur place.
Nous attendions bien sûr ce dimanche une intervention du Pape, parce que la situation est vraiment compliquée. La région est déjà très compliquée avec la géopolitique, ses influences au niveau économique et à présent, avec cette intervention israélo-américaine, cela a déclenché, je dirais pas l'enfer, mais on ne s'y attendait pas. D'un autre côté, on se disait que l'Iran pouvait intervenir d'une façon déchaînée puisqu'ils ont été touchés au cœur de leur société, cela a déclenché encore plus la haine et la vengeance. On est dans une logique de "tu me touches, je te touche, tu m'attaques, je t'attaque".
À l'heure où on se parle, quelle est la situation là où vous, vous êtes à Bahreïn, et dans les autres pays de la région? Beaucoup de villes du Golfe ont été touchées par des missiles en riposte...
Tout à l'heure, il y a à peine une demi heure, (vers 13h heure de Rome, ndlr), un missile est passé au dessus de l'évêché ici, et les débris ont été intercepté par Bahreïn, ils sont tombés à côté de la cathédrale. On a eu un feu pas très loin du bâtiment. Cela nous met vraiment en émoi puisque la cathédrale est nouvelle. Il y a des tirs de missiles depuis hier. On a donc fermé toutes les églises pour éviter les problèmes. Ce ne sont pas les églises qui sont visées directement, mais les débris, les explosions peuvent endommager les bâtiments, mais surtout blesser les personnes. Cela continue, il y a des alarmes régulières et donc tout le monde reste chez soi. On ne sort pas pour pour raisons de sécurité. La vie est au ralenti d'une certaine façon, et nos églises sont fermées.Les prêtres disent la messe ensemble en soirée pour la paix, c'est ce que j'ai demandé dans chaque paroisse, que les prêtres, tous ensemble, disent la messe pour la paix. Cela se fait en vidéo, pour Manama et pour le Koweït. Les gens ont demandé de pouvoir y participer, mais on ne veut pas prendre le risque. Au Qatar, par exemple, l'église a été fermée par la police, tout le compound religieux a été fermé, personne ne rentre, personne ne sort, et il y a eu aussi des débris pas très loin des édifices religieux. Tout le monde est en prière, et l'on attend que les choses se calment.
Le Pape, a évoqué la responsabilité morale des dirigeants à arrêter la spirale de la violence avant qu'elle ne devienne, «un gouffre irréparable», c'est un danger que vous resentez là où vous êtes?
Oui, parce que vous savez, dans cette partie du monde, les rancunes sont tenaces et sont séculaires. Donc, en engrangeant cette grande violence, en touchant l'amour propre des peuples, en s'attaquant de façon violente, la réponse est tout aussi violente. Bien sûr, on entre dans un gouffre et une spirale, et l'on ne sait pas où cela pourra nous nous emmener. Il y a un risque que l'on s'engouffre dans une spirale de vengeance et de violence réciproque qui peut nous emporter. Il faut prier pour que la paix se rétablisse et que l'on ne soit pas emporté dans cette spirale.Si chacun entre dans la bataille parce qu'il se sent attaqué, il y a le risque que la région explose.
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