Méditation de Carême: dans un monde en guerre, la fraternité est une responsabilité
Edoardo Giribaldi – Cité du Vatican
De l’art aux modèles économiques, divers domaines ont tenté d’imaginer une harmonie universelle entre les hommes, se heurtant à une réalité, faite de nos jours de divisions et de conflits, qui la font apparaître comme «un idéal à atteindre». La fraternité, en revanche, est un don divin mais aussi une responsabilité «sérieuse et urgente», car elle puise dans la diversité pour adoucir les cœurs et permet à chacun de faire la paix avec cette partie de soi qui voudrait lui faire croire qu’il est seul et autosuffisant. Telles sont quelques-unes des réflexions proposées ce vendredi 13 mars, par le prédicateur de la Maison pontificale, le père Roberto Pasolini, dans la salle Paul VI, en présence de Léon XIV.
La fraternité, lieu de conversion authentique
Dans la deuxième des quatre méditations de Carême — prévues tous les vendredis jusqu’au 27 mars et axées sur le thème «Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature» —, le frère capucin a réfléchi sur «La fraternité — La grâce et la responsabilité de la communion fraternelle».
L’exemple des premières communautés franciscaines
Le père Pasolini évoque notamment la vie des premières communautés franciscaines, que le «Poverello» d’Assise souhaitait dépourvues de relations de pouvoir ou de supériorité, à l’instar des premières communautés chrétiennes. Il ne s’agit pas d’espaces «où se réfugier pour vivre tranquillement», mais de contextes où l’on est ramené «au plus profond de son cœur», avec ses ombres et ses inquiétudes.
«Celui qui vient du même sein»
En réfléchissant à la signification étymologique du mot frère, adelphós, littéralement «celui qui vient du même sein», le prédicateur de la Maison pontificale observe que les frères ne se contentent pas de confirmer «ce que nous sommes», mais appellent à une transformation.
Abel et Caïn, un «problème de regard»
L’un des récits qui décrit le mieux ces résistances est la «relation douloureuse» entre Abel et Caïn. Une fracture qui naît d’un «problème de regard», selon le frère capucin. Le premier frère, dans le récit de la Genèse, offre les premiers-nés de son troupeau – une offrande que Dieu «regarde avec faveur» – tandis que le second présente simplement quelques fruits de la terre.
«Qui est Caïn en nous?»
À partir de cet épisode, le père Pasolini nous invite à nous interroger, en nous demandant «qui est Caïn en nous»: c’est-à-dire quelle place occupe le ressentiment, qui se transforme en distance puis en violence, dans le cœur de chacun. Cette rancœur qui naît du constat que «nous ne sommes pas seuls » et que « nous ne sommes pas tout».
La logique de la miséricorde envers ceux qui pèchent
Pour saint François, cependant, la fraternité n’était pas un problème à résoudre, mais une occasion d’apprendre la logique miséricordieuse de l’Évangile envers le prochain qui pèche. Une dynamique que l’on retrouve également dans la brève mais intense Lettre à Philémon de saint Paul.
Accueillir au milieu des blessures, des déceptions et des aversions
Cette réalité peut sembler éloignée de la vie concrète, mais elle devient tangible lorsque les relations se fondent sur «un lien de liberté». Non pas sur la sympathie ou l’affinité, mais sur «le fait que Dieu nous a choisis et nous a appelés à vivre ensemble dans l’Église comme frères et sœurs».
Ne pas perdre de vue l’horizon
L’intuition du Poverello d’Assise, explique encore le prédicateur de la Maison pontificale, est de voir la conversion qui jaillit «précisément de ce que les autres nous font, même lorsqu’ils nous blessent ou nous mettent à l’épreuve».
Accueillir la fraternité comme un don et une responsabilité
La foi, conclut le père Pasolini, ne sépare pas, mais nous rappelle que «personne ne peut être exclu de notre cœur». Libérés, par la résurrection de Jésus, non pas de la fatigue des relations, mais du soupçon que cet effort soit vain.
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