Exercices spirituels de Carême: «La chute des milliers»
Mgr Erik Varden, OCSO*
Les chutes peuvent nous rendre humbles lorsque nous sommes orgueilleux, montrant la puissance salvatrice de Dieu. Elles peuvent devenir des étapes importantes dans un cheminement personnel vers le salut, dont on se souvient avec gratitude.
Mais nous ne pouvons pas nous permettre d'être naïfs. Toutes les chutes ne se terminent pas dans l'exaltation. Certaines chutes ont une odeur infernale, apportant la destruction aux coupables et semant la ruine dans leur sillage. Ce sillage est souvent large et long, entraînant de nombreux innocents. Il nous faudra du courage pour aborder, avec Bernard, le verset du Psaume 90 qui commence ainsi: «Mille tomberont à ton côté, dix mille à ta droite.»
Rien n'a causé plus de tort à l'Église et compromis davantage notre témoignage que la corruption née au sein même de notre maison. La pire crise de l'Église n'a pas été provoquée par l'opposition séculière, mais par la corruption ecclésiastique. Les blessures infligées mettront du temps à guérir. Elles appellent justice et larmes.
Face à la corruption, surtout lorsque nous sommes confrontés à des abus, il est tentant de chercher une cause profonde. Nous nous attendons à trouver des signes avant-coureurs qui ont été ignorés: une défaillance dans la sélection, un comportement déviant dès le départ. Parfois, ces indices existent et nous avons raison de nous reprocher de ne pas les avoir repérés à temps. Cependant, nous ne les trouvons pas toujours.
Nous pouvons reconnaître le bien immense et joyeux qui se manifeste souvent aux débuts des communautés aujourd'hui associées à des scandales. Nous ne pouvons présupposer qu'il y avait une hypocrisie structurelle dès le départ, que les fondateurs étaient des sépulcres blanchis. Parfois, nous trouvons des signes d'inspiration, voire des traces de sainteté. Comment expliquer à la fois cela et les développements pervers?
Une mentalité laïque simplifiera: lorsqu'elle rencontre une calamité, elle désigne des monstres et des victimes.
Heureusement, l'Église possède, lorsqu'elle se souvient de les utiliser, des outils plus délicats et plus efficaces.
Bernard nous rappelle que lorsque les gens poursuivent des objectifs nobles, les attaques ennemies sont féroces. Il note «que les hommes spirituels de l'Église sont attaqués beaucoup plus violemment que ceux qui sont charnels». Il pense que c'est ce que le psaume Qui habitat veut dire par son langage de «gauche» et de «droite»: la gauche représente notre nature charnelle, la droite notre nature spirituelle. Les pertes sont plus nombreuses à droite, car c'est là que, sur le champ de bataille spirituel, les armes les plus meurtrières sont utilisées.
Bien qu'il prenne le monde démoniaque au sérieux, cela ne signifie pas pour autant qu'il attribue toutes les maladies spirituelles à des méchants dotés de cornes et de fourches. Il tient les hommes et les femmes responsables de la manière dont ils utilisent leur liberté souveraine. Son argument est que la nature humaine est unique. Si nous commençons à approfondir notre nature spirituelle, d'autres profondeurs sont nécessairement mises à nu. Nous serons confrontés à la faim existentielle, à la vulnérabilité, au désir de réconfort. De telles expériences peuvent survenir sous forme d'agression.
Pour progresser dans la vie spirituelle, il faut configurer notre "moi" physique et affectif en harmonie avec la maturation contemplative, sinon le risque existe que l'exposition spirituelle cherche à se libérer physiquement ou affectivement, et que ces libérations soient rationalisées comme si elles étaient elles-mêmes, d'une certaine manière, «spirituelles», plus élevées que les délits des mortels ordinaires. L'intégrité d'un maître spirituel sera attestée par ses conversations, mais pas seulement; elle sera également mise en évidence par ses habitudes en ligne, son comportement à table ou au bar, sa liberté vis-à-vis de l'adulation des autres.
La vie spirituelle n'est pas accessoire au reste de l'existence. Elle en est l'âme. Nous devons nous méfier de tout dualisme, en nous rappelant toujours que le Verbe s'est fait chair afin que notre chair soit imprégnée du Logos. Nous devons garder un œil à gauche et à droite tout en prenant soin, insiste Bernard sur ce point, de ne pas confondre la gauche avec la droite ou la droite avec la gauche. Nous devons apprendre à être aussi à l'aise dans notre nature charnelle que dans notre nature spirituelle afin que le Christ, notre Maître, puisse régner paisiblement dans les deux.
*Mgr Erik Varden, évêque de Trondheim, en Norvège, a été invité à prêcher lors des Exercices spirituels 2026 pour le Pape Léon XIV, les cardinaux résidant à Rome et les chefs des dicastères de la Curie romaine, qui se déroulent du dimanche 22 février au vendredi 27 février. Voici le lien vers son site web.
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