Début des exercices spirituels de Carême pour le Pape et la Curie Romaine
Mgr Erik Varden, O.C.S.O.
Le Carême nous confronte à l'essentiel. Il nous emmène, matériellement et symboliquement, dans un espace dépouillé de tout superflu. Les choses susceptibles de nous distraire, même celles qui sont bonnes en elles-mêmes, sont supprimées pendant une saison. Nous embrassons une abstinence des sens.
La fidélité à l'exemple et aux commandements du Christ est la marque de la sincérité chrétienne. L'étendue de la paix que nous incarnons - cette paix «que le monde ne peut donner» - indique la présence permanente de Jésus en nous. Nous devons insister sur ce point aujourd'hui, alors que l'Évangile est parfois utilisé comme une arme dans les guerres culturelles.
L'instrumentalisation du langage et des signes chrétiens doit être combattue, non seulement par une indignation pâle, mais aussi par l'enseignement des termes d'une authentique guerre spirituelle. La paix chrétienne n'est pas une promesse de facilité; c’est une condition pour une société transformée.
Il est opportun d'exprimer la radicalité de la «paix» chrétienne tout en nous rappelant, ainsi qu'aux autres, la vérité des paroles de saint Jean Climaque: «Il n'y a pas de plus grand obstacle à la présence de l'Esprit en nous que la colère.»
L'Église imprègne notre programme de Carême de paix. Elle ne déroge en rien à son appel à lutter contre les vices et les passions néfastes: son langage est «oui, oui», «non, non», et non «parfois ceci», «parfois cela».
Au lieu de cela, alors que nous entamons chaque combat du Carême, elle nous offre une mélodie paisible comme bande sonore saisonnière: un tractus d'une grande beauté que, depuis plus de mille ans, l'Église chante le premier dimanche du Carême, pour introduire le récit de la tentation du Christ dans le désert.
Ce tract reprend le texte du psaume 90, le Qui habitat. Cette œuvre d'exégèse mélodique mérite notre attention. Elle n'est pas seulement une relique de l'esthétique antique. Elle véhicule un message essentiel.
Saint Bernard de Clairvaux était attentif à ce message. Au Carême 1139, il a prêché un cycle de 17 sermons sur le Qui habitat, réfléchissant à ce que signifie vivre par la grâce alors que nous combattons le mal, encourageons le bien, défendons la vérité et suivons le chemin de l'exode, de la servitude vers la terre promise, sans dévier ni à droite ni à gauche, en restant paisibles, conscients que sous ce qui peut parfois nous sembler être une marche sur une corde raide «se trouvent les bras éternels».
Il nous invite à une vie de disciple pleine d'amour et lucide.
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