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2026.01.24 Mosaïque ronde du Pape Léon XIV 2026.01.24 Mosaïque ronde du Pape Léon XIV 

Léon XIV rejoint la galerie des Papes dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs

À la veille de la célébration des secondes vêpres de la solennité de la Conversion de saint Paul, le samedi 24 janvier 2026, la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs a dévoilé le portrait en mosaïque de Léon XIV. Ce médaillon s’inscrit dans la série consacrée à tous les Pontifes, de Pierre à nos jours. Vatican News retrace la genèse de cette œuvre, fruit d’une remarquable synergie entre l’Atelier de mosaïque du Vatican et le peintre Rodolfo Papa.

Paolo Ondarza – Cité du Vatican

De petites tesselles, de formes et de couleurs variées, juxtaposées pour former un ensemble : la métaphore de la mosaïque exprime bien le contexte du travail ayant conduit à la réalisation du portrait du Pape Léon XIV, récemment installé le long de la nef gauche de Saint-Paul-hors-les-Murs. Le médaillon est le dernier, par ordre chronologique, à prendre place dans les clipei, des cadres circulaires, destinés à accueillir les effigies de tous les Papes, de Pierre jusqu’à aujourd’hui. Et l’œuvre elle-même est le fruit de «compétences professionnelles diverses». Après chaque Conclave, une équipe doit livrer, dans des délais très courts, l’image du nouvel évêque de Rome à la chrétienté et à l’histoire.

Une tradition inaugurée au Ve siècle par Léon le Grand

La tradition des portraits dans la basilique qui conserve les reliques de l’Apôtre des nations remonte au Ve siècle, à l’époque du Pape Léon le Grand. Sous son pontificat commença l’ancienne série, à l’origine peinte et attestée par le Codex Vatican Latin 4407, en grande partie détruite lors de l'incendie de 1823. Seuls quarante-et-un de ces portraits furent sauvés et sont aujourd’hui conservés dans le cloître de l’abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs.

Après l’incendie, la reconstruction en mosaïque voulue par Pie IX

Le lancement de la nouvelle décoration, destinée à rétablir l’ancienne, fut décidé en 1847 par Pie IX, qui confia à l’Atelier de mosaïque du Vatican, relevant de la Vénérable Fabrique de Saint-Pierre, la mission de refaire tous les portraits des Papes. «Pie IX, explique Paolo Di Buono, directeur de l’Atelier, institua une commission de peintres chargés de réaliser des cartons peints, ensuite transposés en mosaïque». Entre mai et octobre de la même année furent réalisés les premiers 262 tableaux. Les peintures à l’huile, achevées dans les années 1840 et conservées aujourd’hui dans les dépôts de la Fabrique, furent ensuite traduites en grands médaillons d’un diamètre de 137 cm, destinés à être contemplés à 13 mètres du sol. Le travail se prolongea jusqu’en 1876.

Mosaïque du Pape Léon XIV
Mosaïque du Pape Léon XIV   (ANSA)

Dans l’atelier du peintre: l’huile avant la mosaïque

Allier rapidité d’exécution, précision minutieuse et art monumental demeure aujourd’hui encore un défi. Commandé en juin dernier, le portrait en mosaïque de Léon XIV a été achevé à la mi-janvier. La peinture à l’huile, réalisée aux mêmes dimensions que la mosaïque, a été exécutée en quelques semaines, en juillet, par le peintre Rodolfo Papa, après une étude attentive des anciens portraits conservés par la Fabrique de Saint-Pierre. C’est le Pontife lui-même qui a choisi le modèle parmi quatre esquisses présentées. Le maître les montre avec émotion dans son atelier romain, où il peint et préside l’Académie urbaine des arts, fondée en 2006 pour former de nouvelles générations de peintres.

Un travail d’équipe : 15 000 tesseles en trois mois

Le peintre confie ne pas s’être attendu à une commande d’une telle importance, évoquant l’attention portée à la cohérence avec l’ensemble des portraits, aux cadrages et aux proportions: «la toile mesure 137 cm, un format grand, qui peut être mal géré, d’autant qu’il s’agit d’un portrait officiel devant ensuite être traduit en mosaïque. Pour faciliter le travail des mosaïstes, il lui est arrivé de peindre jusqu’à quatorze heures d’affilée».

La satisfaction est grande à la vue du résultat: «Les mosaïstes ont accompli un travail remarquable, stupéfiant pour traduire ma peinture: ombres, tridimensionnalité, lumières… tout est rendu de manière splendide.» Le peintre garde en mémoire la journée du 14 janvier, lorsque l’œuvre achevée fut présentée au Pape Léon XIV: le Saint-Père, rapporte-t-il, «en a été très heureux», dans une rencontre à la fois émouvante et chaleureuse.

Pour l’Atelier de la mosaïque du Vatican, l’effort fut lui aussi considérable: en trois mois, à un rythme très soutenu, depuis fin octobre, environ 15 000 tesselles ont été assemblées pour composer le portrait. Paolo Di Buono précise qu’il a fallu environ 150 journées de travail, réparties entre trois personnes œuvrant simultanément: «l’une pour le visage, partie la plus complexe ; une autre pour le drapé ; une troisième pour l’amict, vêtement liturgique porté par le Pape. Pour le fond d’or, presque tous ont contribué». Il évoque également l’équipe composée de 11 mosaïstes et 3 stagiaires, photographiée le jour où Léon XIV visita à l’improviste l’atelier.

Techniques anciennes, verre, or: la matière d’un portrait

Les tesselles ont été réalisées selon l’ancienne technique romaine de la mosaïque taillée et selon celle de la mosaïque au fil. Les premières, d’environ 1x2 cm, sont obtenues en sectionnant à la marteline une plaque d’émail composée de verre, d’oxydes métalliques et d’autres substances produisant la couleur. Les détails les plus fins, comme les cheveux, sont réalisés avec la technique de la mosaïque filé: de minuscules tesselles issues de très fines baguettes d’émail fabriquées à très haute température dans le four de l’atelier du Vatican, puis coupées à l’aide d’une lime à base de poudre de diamant.
Autre catégorie encore: les tesselles dorées du fond, produites selon d’anciennes méthodes médiévales, très brillantes grâce à leur structure «en sandwich»: une feuille d’or extrêmement fine prise entre deux couches de verre.

Mosaïque du Pape Léon XIV
Mosaïque du Pape Léon XIV

Un disque de 130 kilos, une œuvre pensée pour durer

Le médaillon apparaît ainsi comme une grande plaque de verre. À ce poids s’ajoute celui du plateau métallique sur lequel les tesselles sont appliquées au moyen d’un mastic à base d’huile de lin, à durcissement lent. L’ensemble du disque pèse environ 130 kilos, rendant la mise en place, levage par un système de poulies puis fixation au mur, particulièrement délicate. Avant de quitter le Vatican pour être chargé dans le véhicule à destination de la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, trois orifices ont été pratiqués afin d’insérer d'énormes chevilles ou goupilles métalliques. Elles assurent un ancrage sûr et permettent, si nécessaire, de retirer l’œuvre. Cela n’arrive presque jamais: même l’ajout d’auréoles, en cas de canonisation d’un Pontife, se fait sur la mosaïque déjà installée. La Fabrique de Saint-Pierre elle-même ressemble à une mosaïque, où des générations d’artisans se succèdent, et où le présent s’inscrit dans une histoire bimillénaire.

Mosaïque du Pape Léon XIV
Mosaïque du Pape Léon XIV

 

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26 janvier 2026, 15:58