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2025.12.23 Visita Parolin in Mozambico

Le cardinal Parolin appelle à ne pas oublier les victimes du conflit à Cabo Delgado

Le cardinal Pietro Parolin s'est rendu au Mozambique du 5 au 10 décembre pour une visite pastorale, qui s'est inscrite dans le cadre du 30e anniversaire des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et ce pays d’Afrique australe. Lors de sa visite, le Secrétaire d'État a rendu visite aux personnes déplacées qui fuient les milices armées islamistes.

Andrea Tornielli*

Cabo Delgado risque de tomber dans la catégorie des «conflits oubliés». C'est ce qu'affirme dans une interview accordée aux médias du Saint-Siège le Secrétaire d'État Pietro Parolin, de retour ces derniers jours d'une visite au Mozambique. Entretien.

Éminence, pouvez-vous nous dire quelle réalité vous avez trouvée sur place, quelles difficultés connaît ce pays et quels signes d'espérance vous avez rencontrés?

Ma visite au Mozambique, du 5 au 10 décembre dernier, m'a fait revivre les sentiments de joie et les émotions de la visite apostolique avec le Pape François en septembre 2019. Bien sûr, six ans plus tard, beaucoup de choses ont changé. Ce qui ne change pas, c'est l'accueil des gens. C'est le charme de l'Afrique, qui frappe immédiatement! Ce voyage répondait à trois motivations: la célébration du 30e anniversaire des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Mozambique; la clôture de la Journée nationale de la jeunesse; et la visite à Cabo Delgado.  La réception commémorative des 30 ans de relations diplomatiques a eu lieu le 5 décembre à la Nonciature apostolique, à Maputo. La présence du président de la République, Daniel Francisco Chapo, de l'ancien président Joaquim Chissano et de représentants du gouvernement et de l'opposition m'a donné l'occasion de rappeler que le Mozambique a besoin de paix. Après une période de graves troubles sociaux et de violence à la suite des dernières élections générales, le pays est revenu au calme. Toutefois, afin de renforcer la coexistence pacifique et de promouvoir les réformes institutionnelles, un processus de «dialogue national inclusif» a été lancé, qui, je l'espère, sera couronné de succès, notamment pour donner de l'espoir aux jeunes qui constituent la majorité de la population du pays et dont j'ai pu constater l'enthousiasme lors de la messe de clôture de la Journée nationale de la jeunesse.

Vous avez eu l'occasion de visiter, dans la province de Cabo Delgado, les communautés de personnes déplacées victimes de l'insurrection djihadiste qui frappe le nord du Mozambique depuis 2017. Quelle est la situation sur place, dans quelles conditions vivent-elles?

J'ai consacré deux jours à la visite de Cabo Delgado afin d'exprimer la proximité et la solidarité de l'Église universelle et du Saint-Père envers la population qui souffre de la violence terroriste djihadiste. Les attaques des groupes armés, qui depuis le second semestre 2023 se sont étendues à toute la province de Cabo Delgado, ont également touché les provinces de Nampula et Niassa. Le 6 septembre 2022, la missionnaire combonienne italienne Sœur Maria de Coppi a été assassinée dans la mission de Chipene, dans le diocèse de Nacala et la province de Nampula. Ce conflit a provoqué un très grand nombre de déplacés, estimé à environ 765 000 personnes à la fin de 2023. Il existe plusieurs camps de déplacés dans toute la province. Certains d'entre eux ont été accueillis par des familles locales. Le 9 décembre, je me suis rendu au camp de Naminawe qui en accueille environ 9 200, dont près de 3 700 enfants, tandis que d'autres continuent d'arriver. Ils vivent dans des conditions très difficiles. Malgré le soutien de certaines organisations caritatives, ils manquent de nourriture, de médicaments et même d'eau potable. Comme si cela ne suffisait pas, le cyclone Chido qui a frappé la région en décembre dernier a gravement endommagé les habitations construites avec des matériaux fragiles. Les enfants de ce camp, comme les centaines de milliers d'autres dans les camps disséminés dans toute la région, risquent de ne pas avoir d'avenir car ils n'ont pas suffisamment accès à l'éducation. Les jeunes se sentent prisonniers comme dans une prison à ciel ouvert, car faute de moyens de transport, ils ne peuvent pas sortir pour trouver des petits boulots dans les villes les plus proches. Ce fut une expérience très douloureuse. Tant de souffrance, tant de tristesse, tant de questions sans réponse se lisaient sur leurs visages!

De la province de Cabo Delgado, à la frontière avec la Tanzanie, le conflit s'est déplacé vers le sud, touchant également la province de Nampula. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), plus de 100 000 personnes ont fui leurs maisons au cours des dernières semaines, portant à plus de 330 000 le nombre de personnes déplacées au cours des quatre derniers mois. On parle de meurtres pour ceux qui ne se convertissent pas à l'islam. Quelles sont les causes de cette tragédie?

Des signes de radicalisation ont commencé à apparaître dans certaines zones de la province de Cabo Delgado avant 2017, en raison de l'action de certains islamistes originaires de Tanzanie ou ayant transité par ce pays. La violence, qui a débuté cette année-là, s'est ensuite aggravée à partir de 2020. Les groupes armés, composés principalement d'adolescents et de jeunes et regroupés au sein de l'Ahlu Sunna Wa Jama (ASWJ), associé à l'État islamique, s'inspirent de l'idéologie du djihad et rêvent d'instaurer le califat. Il y a eu et il continue d'y avoir des cas de décapitation de chrétiens. Bien que les causes profondes du conflit soient nombreuses et complexes, nous ne pouvons oublier que la religion est malheureusement utilisée aujourd'hui de manière abusive par certains. Je dis «malheureusement» car pendant des siècles, les différentes religions, en particulier le christianisme et l'islam, ont coexisté au Mozambique dans la paix, l'harmonie et le respect mutuel. Aujourd'hui, à Cabo Delgado, les terroristes exploitent la pauvreté, le chômage, le ressentiment généralisé contre l'exploitation des ressources locales considérables qui n'apporte aucun bénéfice visible à la population locale, les tensions ethniques et politiques, etc. pour attirer les jeunes. La population musulmane locale, qui constitue la majorité de la province de Cabo Delgado, s'est opposée à l'instrumentalisation de la religion, mais il existe en son sein une sympathie croissante pour le mouvement djihadiste. Les mosquées subissent progressivement un processus de radicalisation. La population, en particulier les chrétiens et les musulmans modérés, vit dans la peur et la douleur. Certains de nos fidèles catholiques ont affronté la mort sans renier leur foi en Jésus crucifié et ressuscité.

Que fait l'Église pour aider la population?

Les témoignages des agents pastoraux du diocèse de Pemba (Cabo Delgado) m'ont ému. Certains prêtres, contraints de quitter leurs paroisses, continuent d'accompagner leur troupeau en tant que «pasteurs déplacés». Les communautés religieuses qui vivent dans des situations d'insécurité, au lieu de fuir, ont ouvert leurs portes à ceux qui sont dans une situation pire que la leur. L'Église locale n'a pas abandonné le peuple qui souffre. Je l'ai sincèrement remerciée pour son témoignage. Il y a aussi toute l'action humanitaire, pour répondre aux nombreuses urgences résultant de la situation. Elle collabore avec d'autres organisations des Nations unies et de la société civile pour garantir aux personnes déplacées le nécessaire: nourriture, vêtements et abri sûr. Le service concret et efficace de la Caritas diocésaine de Pemba doit être apprécié et soutenu. En outre, elle s'efforce de promouvoir la paix et l'harmonie socio-religieuse. À Pemba, j'ai participé à une brève rencontre interreligieuse, organisée par le diocèse, avec la participation de représentants musulmans et d'autres confessions.

Que pouvons-nous faire?

La première chose à faire est de ne pas oublier nos frères et sœurs de Cabo Delgado. Il est vrai que la communauté internationale, et plus particulièrement la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), a envoyé une mission militaire qui, avec la présence supplémentaire des forces rwandaises, a pu rétablir une certaine sécurité dans certaines villes, comme Pemba et Palma, mais j'ai l'impression que le conflit de Cabo Delgado risque lui aussi de tomber dans la catégorie des «conflits oubliés». Je me suis exprimé à plusieurs reprises en ce sens au cours de ma visite et j'espère que celle-ci, tout comme mes paroles, contribuera à attirer davantage l'attention et l'intérêt du monde sur ce conflit. En tant que chrétiens, nous disposons des «armes» de la prière et de la charité fraternelle. Prier et soutenir les activités d'aide en faveur des personnes déplacées de Cabo Delgado les aidera non seulement à se sentir moins seules, mais sera aussi pour nous une façon de bien vivre Noël. Que le Prince de la Paix, né à Bethléem, apporte la paix à cette chère terre du Mozambique!

 

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23 décembre 2025, 14:30