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Photo d'illustration Photo d'illustration   (Vatican Media)

Méditation du Vendredi Saint

Le père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation sur les textes du Vendredi Saint.

Références Is 52,13 – 53,12,   He 4, 14-16; 5,7-9,     Jn 18, 1 – 19,42

Il y a trois mois, nous avons fêté la naissance de celui dont le nom signifie « Dieu sauve » : Jésus (Mt 1,21). Ce même Jésus est aussi appelé Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » (Mt 1,23). Le temps de Noël nous a ainsi permis de célébrer l’accomplissement de la promesse faite à Israël et de nous ancrer, nous-mêmes aujourd’hui, dans une vivante espérance.

Et voilà que cette promesse est en train de s’accomplir de façon déroutante. Nous ne sommes pas devant un chef de guerre qui triomphe de ses ennemis, devant un roi qui place sa confiance dans la puissance de son armée, devant un habile orateur qui captive les foules avec des discours séduisants. En ce Vendredi Saint, nous sommes devant un homme qui est conspué par ceux-là même qui l’avaient acclamé joyeusement quelques jours auparavant lors de son entrée à Jérusalem, devant un homme qui est abandonné par ses disciples les plus proches, devant un homme qui subit l’ignominie du supplice de la croix. En cet homme, les chrétiens reconnaissent celui dont parle le prophète Isaïe. Ecoutons le prophète (cf. 53, 3-5) : « Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris ».

Oui, ce condamné dont nous faisons mémoire en ce Vendredi Saint est bien cet Emmanuel, ce « Dieu avec nous » qui s’abaisse jusqu’à nous rejoindre dans les recoins les plus sombres de nos vies humaines. Il assume nos complicités avec la mort, que celles-ci prennent la forme des violences armées qui jalonnent l’histoire de notre humanité jusqu’à aujourd’hui (nous pouvons tous nous souvenir, en ce jour, des horreurs qui se déroulent dans tant de pays, et parfois tout près de chez nous) ou que ces complicités avec la mort se manifestent par des rivalités sournoises qui nous empêchent d’établir des relations fraternelles dans notre voisinage, dans nos familles, dans nos communautés, dans nos pays.

Oui, en ce Vendredi Saint l’Emmanuel (« Dieu avec nous »), celui que nous avons célébré à Noël, assume pleinement notre humanité. En refusant de recourir à l’épée pour échapper à son arrestation dans le jardin de Gethsémani, en ne cherchant pas à plaider sa propre cause lors des interrogatoires menés par Pilate et le grand prêtre, et en ne fuyant pas devant la perspective d’une condamnation à mort, il ne sort pas de notre condition humaine. L’Emmanuel (« Dieu avec nous ») dévoile où mènent les diverses formes de nos connivences avec la mort, et il les désarme. Il est en effet celui en qui les chrétiens reconnaissent le serviteur dont parle Isaïe (Is 53, 12b) : « [I]l s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. »

 En ce Vendredi saint, nous découvrons que l’Emmanuel (« Dieu avec nous »), célébré à Noël, est aussi celui que nous pourrions appeler « Dieu pour nous ». Dans les heures qui viennent, nous méditerons sur le corps de Jésus crucifié placé dans un tombeau. La tradition chrétienne vit ces heures comme le temps où Jésus est à la recherche de toute l’humanité pour la tirer hors du sommeil de la mort et la conduire vers la vie, la véritable Vie. Puissions-nous accepter toujours plus profondément la manière dont, en Jésus-Christ, le Seigneur nous appelle, les uns et les autres, à une Vie nouvelle !

03 avril 2026