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Méditation du 6e dimanche TO A: un choix à faire pour conduire notre vie

Le père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation sur les textes du sixième dimanche du temps ordinaire, année liturgique A.

Références: Si 15, 16-21 ;  1 Cor 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37.

Tirée du livre de Ben Sirac le Sage, la première lecture de la liturgie de ce dimanche nous rappelle que tout être humain est confronté à un choix radical entre la vie et la mort. Le chemin de la vie passe par l’observation des commandements du Seigneur, tandis que la voie vers la mort est celle de l’impiété et du péché. Il nous est bon de nous rappeler ainsi, de temps à autre, qu’il ne nous est pas facultatif de choisir d’orienter notre existence dans telle ou telle direction. Nous avons tous un choix à faire pour conduire notre vie.

Sous un autre mode, l’apôtre Paul évoque – dans le passage de la première lettre aux Corinthiens que nous écoutons ce dimanche – l’opposition entre la sagesse du monde et la sagesse du mystère de Dieu. La sagesse du monde conduit, rappelle Paul, au rejet de l’enseignement de Jésus: rejet non seulement de sa prédication, mais aussi de sa personne même. Cette sagesse du monde a mené à la décision de condamner Jésus au supplice de la croix, et Paul fait comprendre aux chrétiens de Corinthe qu’ils sont appelés à entrer dans une autre sagesse, celle à laquelle Jésus a rendu témoignage par ses paroles et ses actions, en allant jusqu’au don de lui-même vécu lors de l’expérience pascale.

Nous nous trouvons donc devant deux voies, et nous sommes appelés à nous engager dans l’une ou l’autre de ces voies. Ce choix, cependant, n’est pas aussi simple que celui auquel nous sommes confrontés lorsque, à un carrefour, nous devons décider de continuer tout droit ou de tourner à droite ou à gauche. Nous pouvons pressentir que tel chemin conduit à la vie, et tel autre à la mort, mais le chemin qui mène à la vie nous déconcerte, car son terme semble être hors de notre portée. C’est ce qu’explique Jésus à ses disciples dans l’extrait de l’Evangile selon saint Matthieu que nous écoutons aujourd’hui. «Si votre justice ne surpasse pas cette des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux». Et, selon Matthieu, Jésus précise: commettre un meurtre conduit à passer en jugement, mais nous mettre en colère contre notre prochain conduit aussi à passer en jugement ; commettre un adultère est contraire aux commandements, mais regarder une femme avec convoitise est déjà commettre un adultère dans notre cœur ; respecter les serments pris envers le Seigneur fait partie de l’éducation de base, mais en réalité les serments pris envers le Seigneur sont inutiles car nous sommes invités à habiter pleinement nos paroles. – en d’autres termes nous devons considérer notre «oui» et notre «non» comme des paroles qui nous engagent. Ainsi, la voie vers la vie ne se réduit pas au simple respect d’un code de conduite morale. Le code nous donne d’utiles points de repère. Cependant, la voie vers la vie ne se résume pas à suivre des instructions. Les points de repère fournis par un code indiquent une direction, mais ils ne représentent pas l’objectif ultime à atteindre.

Cet enseignement de Jésus peut nous troubler, car nous pouvons désirer avoir l’assurance que nous sommes «des gens bien» (pour utiliser ici une expression courante). Or, notre vie de disciples se situe dans notre marche à la suite de Jésus, et nous savons que cette marche conduit au don radical de nous-mêmes, à la manière de Jésus. Qui parmi nous peut affirmer, par lui-même, qu’il vit ce don radical de lui-même ? Jusqu’à la fin de leur existence, les saints et saintes de l’Eglise ont eu une conscience aiguë de leur incapacité à être à la hauteur de ce don radical d’eux-mêmes, à la manière de Jésus. La voie exigeante que Jésus présente à ses disciples, et donc à nous-mêmes, ne doit pas nous décourager ; elle doit plutôt nous inviter à nous en remettre à la miséricorde de Dieu. Nous ne devenons pas justes par nos bonnes actions ou notre conduite morale édifiante. C’est l’accueil du don radical de Jésus qui transforme notre quotidien et nous conduit vers la vie, vers la vraie Vie.

14 février 2026