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Les rues de Madrid sont prêtes pour accueillir Léon XIV Les rues de Madrid sont prêtes pour accueillir Léon XIV  (AFP or licensors)

Léon XIV en Espagne: les attentes d’une Église en mission

Du 6 au 12 juin, Léon XIV parcourra 2 500 kilomètres pour relier Madrid, Barcelone, Las Palmas de Grande Canarie et Santa Cruz de Tenerife. Le Pape part à la rencontre d’une communauté catholique confrontée à de nombreux défis. Dans une société espagnole plurielle et polarisée, l’Église souhaite non plus se reposer sur son héritage religieux, mais œuvrer pour une véritable conversion missionnaire.

Alexandra Sirgant – Envoyée spéciale à Madrid, en Espagne

C’est un pays pour lequel les Souverains pontifes ont toujours montré une attention particulière. Jean-Paul II y a réalisé cinq voyages, son successeur Benoît XVI l’a visité trois fois, et François avait exprimé à plusieurs reprises vouloir s’y rendre. La dernière visite d’un Pape en Espagne remonte à 2011, lors des Journées mondiales de la Jeunesse de Madrid, où près de 2 millions de personnes se rassemblèrent dans les rues de la capitale espagnole. Quinze ans plus tard, Léon XIV prévoit de rendre hommage à ce temps fort de la vie ecclésiale madrilène en convoquant à nouveaux des milliers de jeunes sur la Plaza de Lima, au cœur de la métropole castillane, pour une veillée de prière le 6 juin au soir. Ce premier contact avec les fidèles espagnols ouvre la voie à l’accomplissement de la mission que s’est donné le Pape augustin lors de ce deuxième voyage en Europe: encourager dans leur foi les catholiques européens qui évoluent dans des sociétés de plus en plus sécularisées.

En témoigne la devise tirée de l’évangile selon saint Jean et choisie pour accompagner ce séjour en terres ibériques: «Levez les yeux» («Alzad la mirada»). Une invitation qui prendra tout son sens le 10 juin au soir lors la bénédiction de la tour Jésus-Christ de la Sagrada Familia de Barcelone, pensée et conçue par le vénérable Antoní Gaudi. En inaugurant la tour la plus élevée de l’église la plus haute du monde, le Saint-Père invite chacun à élever le regard au-delà des préoccupations quotidiennes pour redécouvrir la présence de Dieu et s’ouvrir aux autres.

«Il ne suffit plus d’hériter de la foi»

Terre des saints Ignace de Loyola, Jean de la Croix et Thérèse d’Ávila, autrefois considérée comme un bastion catholique en Europe, l’Espagne a connu ces dernières décennies une importante sécularisation. Malgré la contribution apportée par l’Église à la transition démocratique qui mena à la mise en place d’une monarchie parlementaire en 1978, le souvenir des liens entretenus par le clergé espagnol avec la dictature de Franco reste vif. La révélation de l’ampleur de la crise des abus en Espagne a par la suite davantage ébranlée la relation entre les Espagnols et leur Église. «Le défi principal à relever est de devenir une Église de croyants crédibles, moins autoréférentielle, plus synodale, missionnaire et participative» explique Mgr Xabier Gómez García, évêque de Sant Feliu de Llobregat, diocèse catalan suffragant de l’archidiocèse métropolitain de Barcelone. «Il ne suffit plus d’hériter de la foi, il faut la proposer avec proximité, vérité et témoignage de charité» ajoute l’évêque d’origine basque.

L’importance de la dignité humaine

L’engagement de l’Église sur le terrain sera mis en lumière par l’itinéraire choisi par Léon XIV, aussi bien lors de sa visite d’un centre de sans-abris géré par la Caritas à Madrid dans l’après-midi du samedi 6 juin, que lors des étapes canariennes des 11 et 12 juin. À Las Palmas de Gran Canaria comme à Santa Cruz de Tenerife, Léon XIV rencontrera des migrants originaires d’Amérique du Sud et d’Afrique de l’Ouest, et encouragera dans leur mission tous les acteurs qui œuvrent pour leur accueil digne en Europe. «Le Pape, par les lieux qu’il visitera, nous rappellera que le nom de l’Église est miséricorde», assure Mgr García.

Renforcer le dialogue

Parmi les vingt-deux prises de paroles prévues, le Pape livrera dans la matinée du 8 juin un discours dense et inédit au Congrès des députés à Madrid, destiné à l’ensemble des élus espagnols dans un contexte marqué par une forte instabilité et polarisation politique. Cette toute première allocution de Léon XIV dans une enceinte politique devrait notamment porter, selon les informations communiquées par la Salle de presse du Saint-Siège, sur l’importance du dialogue entre l'Église, la politique et la culture pour surmonter les divisions. «Quand la foi devient une arme, nous perdons l’Évangile et nous blessons la communion» soutient l’évêque de Sant Feliu de Llobregat, soucieux de l’idéologisation de la foi dans le débat politique actuel. «Nous avons besoin de revenir à l’essentiel».

Ainsi, trois défis ont été fixés par ce voyage en trois étapes: «retrouver l’unité, la beauté et la charité comme signes concrets d’une vie partagée». Et chaque étape semble correspondre à l’une de ces exigences: l’unité à Madrid, la beauté à Barcelone, la charité aux Îles Canaries.

 

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04 juin 2026, 18:28