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Le port d'Arguineguín, surnommé «le quai de la honte», en voie de devenir le «quai de l'espérance» ce jeudi 11 juin. Le port d'Arguineguín, surnommé «le quai de la honte», en voie de devenir le «quai de l'espérance» ce jeudi 11 juin.  

Aux Îles Canaries, Léon XIV vient réaffirmer le besoin d’un accueil digne en Europe

Pour la dernière étape de son voyage apostolique en Espagne, le Pape se rend le 11 et 12 juin dans les deux principales îles de l’archipel des Canaries, situé au large de la côte nord-ouest de l'Afrique. Pendant deux jours, Léon XIV encouragera dans leur mission les acteurs qui œuvrent pour accueillir dignement les migrants aux portes de l’Europe, poursuivant ainsi l’engagement du Pape François.

Alexandra Sirgant – Envoyée spéciale à Las Palmas, Grande Canarie

L’archipel aux huit îles, plus proche des côtes du Sahara occidental que de celles de la péninsule ibérique, se prépare à recevoir pour la première fois de son histoire un Successeur de Pierre. D’autres s’en étaient déjà rapprochés: Jean Paul II et François avaient tous deux rendu visite au Maroc voisin, situé à 100 kilomètres du littoral canariens. Après ses voyages à Lampedusa et à Lesbos, le Pape argentin avait annoncé à plusieurs reprises son intention de témoigner de la réalité migratoire espagnole. Ce 11 et 12 juin, Léon XIV s’apprête à reprendre le flambeau de son prédécesseur. À Grande Canarie, comme à Tenerife ensuite, le Souverain pontife apportera son soutien à l’Église, aux organisations caritatives, aux acteurs locaux qui œuvrent pour réaliser au mieux les quatre commandements si chers au Pape François: «accueillir, protéger, promouvoir, intégrer».

Au carrefour de l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine

La communauté autonome espagnole est devenue un pont entre l’Europe et l’Afrique, mais aussi entre l'Europe et l’Amérique latine dont l’influence s’entend dans cet accent espagnol aux intonations caribéennes si caractéristiques de l'archipel. À la fin du XIXe, des vagues successives de Canariens ont traversé l’Atlantique pour s’installer à Cuba et au Venezuela, à la recherche de meilleurs opportunités économiques en raison d’une importante crise agricole et d’un phénomène de surpopulation dans l’archipel. Un siècle plus tard, la tendance migratoire s’est inversée. Fuyant les crises économique et financière qui frappent leur pays respectifs, les Cubains et les Vénézuéliens sont les nationalités les plus représentées parmi les 24% de migrants qui constituent la population des Îles Canaries.

Mais ceux qui bravent les vagues tumultueuses de l’océan atlantique à bord de bateaux de fortune partent eux d’Afrique de l’Ouest. Ils arrivent du Sénégal, de Mauritanie, du Maroc ou de Gambie, fuyant pour la plupart la pauvreté et l’absence de perspectives économiques. Les arrivages ont cependant drastiquement baissés cette dernière année, passant de 46 843 migrants en 2024, à seulement 3 184 en 2026. Une diminution qui s’explique par des conditions météorologiques compliquées en mer ces derniers mois, mais surtout par les récents accords conclut entre le gouvernement espagnol et les autorités mauritaniennes, sénégalaises et gambiennes pour lutter contre la criminalité organisée.

En 2020, le «quai de la honte»

La diversité des histoires et des parcours sera mise en lumière lors des nombreuses rencontres prévues ces deux prochains jours, aussi bien au centre d’accueil Las Raíces de Tenerife, où le Pape livrera le 12 juin un discours en français adressé à près de 600 migrants issus pour la plupart d’Afrique francophone, que lors de l’événement organisé ce jeudi 11 juin à la mi-journée au port d'Arguineguín, en présence du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et du roi d’Espagne. Situé sur la pointe sud de Grande Canarie, ce petit port de pêche traditionnel, devenu une marina moderne prisée des touristes, fût l’épicentre d’une crise migratoire sans précédent lors de la pandémie de Covid-19.

La crise a atteint son paroxysme à l’été 2020, lorsque des milliers de migrants clandestins furent entassés pendant des semaines sur un bout de bitume du port rebaptisé le «quai de la honte» («muelle de la vergüenza»). Les conditions désastreuses d’accueil furent dénoncées par le défenseur du peuple d’alors et par l’Église locale, qui prit à bras le corps le problème et s’investit depuis pour garantir un accueil digne à tous. «Quand le système ne s’occupe pas des gens, les personnes sont aux portes des paroisses», explique Caya Suárez Ortega, secrétaire générale de la Caritas des Canarias, lors d'une conférence à Rome le 20 mai dernier. «L'Église est présente là où l'État est absent», martèle-t-elle. Outre fournir un logement, Caritas accompagne les migrants en proposant des cours d’espagnol, un accès à l’école pour les enfants et une aide juridique en vue d'obtenir une régularisation de leur situation.

De la honte à l’espérance

Avec la venue du Pape Léon XIV, les habitants de Grande Canarie espèrent changer le récit tragique qui mine l’archipel. «Je dirais que le "quai de la honte" est aujourd'hui devenu le "quai de l’espérance"» assure l’évêque des Canaries, Mgr José Mazuelos. «Le Pape y trouvera de l’espérance, car il rencontrera les migrants qui ont été accueillis par Caritas, qui sont arrivés à bord de «cayucos» (pirogues, ndlr) et qui sont désormais intégrés ici». Au port, plusieurs personnes livreront leur témoignage au Pape, aussi bien les secouristes maritimes, les volontaires de la Caritas que ceux qui ont survécu à l’impossible pour arriver jusqu’ici. «Il y a ici une grande humanité, une humanité qui mérite d’être reconnue» souligne l’évêque, qui inaugurera avec un discours la rencontre avec le Saint-Père.

Lors de son allocution prononcée lundi 8 juin au Parlement espagnol à Madrid, à plus de 1 700 kilomètres de las Palmas, Léon XIV a souligné l’ampleur du défi qui incombe aux autorités espagnoles. Un défi qui appelle non pas à une solution nationale, mais à une «réponse coordonnée, solidaire et efficace (…) capable de garantir la protection, l’accueil et de réelles opportunités d’intégration à ceux qui émigrent». Hasard de calendrier, la visite du Pape aux Îles Canaries s’achèvent ce vendredi 12 juin, jour-même de l’entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration et l’asile. Comme un message adressé au Vieux continent.

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10 juin 2026, 20:59