À la Sagrada Família, le Pape rappelle que «nous sommes tous les pierres vivantes»

Léon XIV a achevé son périple catalan de deux jours par une messe présidée ce mercredi soir en la basilique de la Sagrada Família à l’occasion du centenaire de la mort du vénérable Antoni Gaudí. À l’issue de la célébration eucharistique la tour de Jésus-Christ a été inaugurée et bénie. En présence du roi et de la reine d’Espagne et du Premier ministre Pedro Sanchez, des autorités ecclésiastiques locales et de milliers de fidèles, le Souverain pontife a lancé un vibrant appel à la paix.

Augustine Asta – Envoyée spéciale à Barcelone

Une beauté enchanteresse. Un lieu chargé d'histoire et de foi. Une poésie à ciel ouvert où spiritualité et beauté ne font qu’un. La Sagrada Família de Barcelone envoie à quiconque franchit son seuil, un message sans filtre: la beauté est un chemin qui mène vers Dieu. «Alzad la mirada», «Levez les yeux» et regarder cette basilique c’est donc se laisser plonger dans un océan de couleur et de douceur spirituelle. Et c’est à juste titre que le 7 novembre 2010, le Pape Benoît XVI a exprimé dans son homélie pour la dédicace de la Sagrada Família l'émerveillement que l'on ressent en franchissant le seuil de la «Bible en pierre».

Lors de la messe.
Lors de la messe.   (@Vatican Media)

Jour historique à Barcelone

Alors que les derniers rayons de soleil transpercent le ciel de la ville catalane, Léon XIV effectue un dernier bain de foule en papamobile, avant de rejoindre le quartier où se dresse majestueusement l’œuvre emblématique d'Antoni Gaudí. À son arrivée sur place, il est accueilli par le roi et la reine d’Espagne. Une représentation en miniature de la tour de Jésus-Christ en céramique est présentée au Pape et au couple royal, par une petite fille ayant un handicap visuel.

Le Saint-Père prend ensuite la direction de la crypte. Là, le Pape s’incline devant le tombeau, une simple dalle de pierre dépourvue de fioritures, une chapelle sobre, marquée par un style néogothique épuré. Léon XIV allume un cierge et se recueille dans le silence. Les explications du recteur de la basilique le père Josep Maria Turull, et de l’archevêque de Barcelone le cardinal Juan José Omella, permettent au Saint-Père de découvrir les moindres détails du lieu. L’étape suivante conduit le Pape dans la nef principale pour la célébration de la messe.

La basilique affiche grand complet. Les fidèles se regroupent par centaines aux abords de la Sagrada Família pour suivre au moyen d'écrans géants la célébration eucharistique. Personne ne veut manquer ce moment historique. Environ 9 000 fidèles se trouvaient à l'intérieur et à l'extérieur de la basilique, tandis que près de 120 000 autres fidèles se massent dans les environs et le long du parcours de la papamobile.

Dans une atmosphère de fête pour Barcelone, la Catalogne et l’ensemble de l’Espagne, la célébration solennelle dans la basilique commence. 500 choristes adultes issus de différentes chorales de Catalogne occupent les tribunes de la Gloria et les nefs latérales, tandis que 100 enfants, garçons et filles, issus de chorales d'enfants, occupent l'espace réservé aux voix d'enfants autour de l'abside.

Lors de la messe célébrée ce mercredi soir à Barcelone.
Lors de la messe célébrée ce mercredi soir à Barcelone.   (ANSA)

La Sagrada Familia, symbole d’une foi en construction

Dans son homélie, le Souverain pontife a souligné la dimension universelle de ce monument emblématique. Bien au-delà de sa renommée mondiale, la basilique apparaît, selon le Pape, comme une image de la vie chrétienne elle-même une œuvre jamais totalement achevée, mais toujours en devenir. «Nous sommes tous les pierres vivantes de cette œuvre», a-t-il rappelé, évoquant une Église appelée à grandir autour du Christ, «fondement et sommet» de toute existence.

Bien plus qu’un monument, la basilique de la Sagrada Família reste «aujourd’hui un «chantier en cours qui nous rappelle que la vie chrétienne est toujours un chemin, parce qu’il s’agit d’un projet que Dieu réalise», a-t-il affirmé. «Son imperfection n’est pas un défaut», car elle «témoigne d’un désir» et «exprime une promesse que nous voulons honorer avec cohérence», a encore expliqué le Pape.

Dieu bâtit sa maison dans le cœur des hommes

S’appuyant sur les Saintes Écritures, Léon XIV a rappelé que l’initiative appartient toujours à Dieu. Citant le dialogue entre le Seigneur et le roi David, il a insisté sur le fait que ce n’est pas l’homme qui offre une demeure à Dieu, mais Dieu qui fait une place à l’homme dans son propre cœur. À travers Jésus-Christ, cette promesse trouve son accomplissement. Le Christ, a expliqué le Léon XIV, n’est pas venu imposer une contrainte mais ouvrir un chemin de liberté, de pardon et de salut.

Face aux conflits qui secouent le monde, le Pape a réaffirmé l’incompatibilité entre la foi chrétienne et toute forme de violence contre les innocents. «Nous ne pouvons pas croire en Jésus et promouvoir la guerre», a-t-il enjoint, avant d’ajouter qu’il est tout aussi impossible de se dire disciple du Christ tout en abandonnant ceux qui souffrent, pleurent ou fuient la misère. À travers ces paroles, il a rappelé que la croix du Christ demeure le signe suprême de l’amour qui se donne pour les autres, particulièrement pour les plus fragiles.

La tour de Jésus-Christi dans la nuit.
La tour de Jésus-Christi dans la nuit.

La croix, phare de lumière

En admirant la tour de Jésus-Christ, «nous levons les yeux vers Lui, vers Celui qui seul nous révèle la vérité de Dieu et la vérité de nous-mêmes», a révélé le Saint-Père. Et en regardant le Christ, «nous pouvons voir le monde d’un œil nouveau: la tour de la croix devient alors l’étendard de la charité, parce que Dieu nous aime ainsi, transformant un instrument de mort en signe d’espérance», car «cette croix brille le jour, en reflétant la lumière du soleil, et brille la nuit, en illuminant la ville comme un phare ouvert sur la Méditerranée.»

Gaudí, l’architecte qui transforma la pierre en catéchèse

Léon XIV a également rendu hommage à Antoni Gaudí, dont le centenaire de la mort est commémoré cette année. En tant qu’architecte «brûlant de foi», le vénérable catalan a conçu la basilique avec le désir de «raconter les mystères de la vie du Seigneur», proposant un «pèlerinage spirituel conduisant à la rencontre avec le Christ né, mort et ressuscité pour nous», a détaillé le Saint-Père.

Le Pape a également salué le travail de tous les promoteurs et bienfaiteurs, des artistes et des ouvriers «coopérant à la construction d’un chef-d’œuvre architectural qui est aussi une catéchèse éloquente faite de pierres, de couleurs et de lumière.»

“À l’heure de l’image, il apparaît encore plus évident que l’art et la beauté sont d’éminents canaux d’évangélisation.”

La beauté comme chemin d’évangélisation

La beauté de la Sagrada Família «nous incite à apprendre toujours davantage de notre Maître et Seigneur l’art de vivre selon son Évangile», a encore dit le Pape. Concluant son homélie, l’évêque de Rome a exhorté les fidèles à ne pas seulement lever les yeux vers la hauteur impressionnante des tours de la basilique, mais à relever aussi le visage de ceux qui vivent dans la pauvreté, la souffrance ou l’exclusion. La Sagrada Familia, a-t-il continué, est la plus haute église du monde, «non pas pour figurer en tête des classements mondains» mais pour «guider les pas du peuple de Dieu en pèlerinage sur cette terre de Catalogne, avec la croix qui éclaire le chemin telle une lampe allumée dans l’attente du retour de l’Époux.»

La bénédiction.
La bénédiction.

Bénédiction et inauguration

Après la bénédiction, a lieu la cérémonie d'inauguration de l'extérieur de la tour. Inspirée par la lumière, élément essentiel dans l'œuvre d'Antoni Gaudí, la cérémonie a culminé avec l'allumage de la croix qui couronne la tour de Jésus-Christ. Une croix qui, comme le souhaitait l'architecte, doit resplendir le jour et illuminer la nuit.

Cerise sur le gâteau: un spectacle unique de lumières, des feux d’artifices, avec l’image d’Antoni Gaudì projetée dans le ciel de Barcelone sous fond d’un message en espagnol du concepteur: «Primer, l'amor; després, la tècnica», «Grazias».

La basilique compte dix-huit tours: douze clochers dédiés aux apôtres, regroupés par quatre sur les façades, et six tours centrales, correspondant à la tour de Marie, aux quatre tours des évangélistes et à celle de Jésus-Christ, achevée cette année avec la pose de la croix. Lancée en 1882, la construction de l'église a été confiée à l’architecte catholique Antoni Gaudí en 1883. Décédé en 1926, la construction de la basilique de Barcelone s’est poursuivie tout au long du XXe siècle. 

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

Photogallery

Messe à la Sagrada Famíglia et inauguration de la Tour du Christ, ce mercredi 10 juin 2026.
10 juin 2026, 21:19