Recherche

Le Pape exhorte les Espagnols à construire ensemble une société empreinte d'éternité

Au deuxième jour de son voyage apostolique en Espagne, le Pape a convié les acteurs du monde de la culture, du sport et de l’économie à une rencontre au sein du Movistar Arena de Madrid. Dans son discours, Léon XIV les a invités à œuvrer pour le dialogue social et à ne pas oublier l’empreinte spirituelle laissée par l’Église en Europe.

Alexandra Sirgant – Envoyée spéciale à Madrid

Dix minutes d’ovation, d’applaudissements et de «Viva el Papa!» ont accompagné l’entrée de Léon XIV dans le Palais des sports de Madrid. Dans cet espace polyvalent destiné aux événements sportifs et aux spectacles, près de quinze milles représentants du monde de la culture, du sport et de l’économie ont chaleureusement accueilli le Pape venu les rencontrer ce dimanche soir, au deuxième jour de son voyage apostolique en Espagne.

«Ce n’est pas une visite, mais un geste d’écoute et de proximité» a déclaré le célèbre acteur hispanique Antonio Banderas, choisi pour porter au Souverain pontife la voix des artistes espagnols. Après une vibrante démonstration de flamenco et plusieurs témoignages de divers représentants du monde du travail, la triple championne du monde de badminton Carolina Marín et la nageuse paralympique espagnole Teresa Perales ont pris la parole pour remercier le Saint-Père de ses appels à faire du sport un «pont de soldarité, d’inclusion et de paix». Les deux athlètes ont conclu leur témoignage en offrant une raquette de badminton au Pape, dont l’amour du tennis n'est un secret pour personne.

Léon XIV a ensuite pris la parole et invité les milliers des personnes présentes à s’interroger sur le sens de l’héritage laissé aux futures générations. «Notre société, a souligné le Pape, possède en effet une capacité extraordinaire à produire, innover et communiquer. Cependant, a-t-il mit en garde, il semble que nous ayons encore besoin d’apprendre à préserver l’essence de ce qu’elle crée». Le Souverain pontife invite à ne pas perdre de vue les raisons pour lesquelles les sociétés humaines produisent, en se laissant guider uniquement par l’efficacité de «la production». Et pour répondre à ce défi, «l’Église, consciente de ses réussites et de ses erreurs au fil de l’histoire, aspire à rester en dialogue avec le monde contemporain».

La communication peut détruire ou guérir

Le Pape a ensuite proposé trois lignes directrices pour favoriser un dialogue social comparable à «l’art de tisser des réseaux». Premièrement, l’importance de prendre soin du langage utilisé, qu’il soit écrit, oral, ou visuel car «la communication n’est jamais neutre», a martelé Léon XIV. «Toute expression parle, transmet; elle peut blesser ou guérir, détruire des attentes ou ouvrir des horizons, semer la division ou éveiller l’espoir de construire ensemble quelque chose de véritablement humain».

Léon XIV a poursuivi en illustrant toutes les attentes qui accompagnent ce dialogue entre institutions centré sur la dignité humaine: «que l’université ne tourne pas le dos au monde du travail ni ne renonce à la vérité; que l’activité entrepreneuriale ne considère pas l’employé comme un simple facteur dans l’équation de ses intérêts; que l’art ne s’adresse pas uniquement aux  élites ; que le sport ne soit pas réduit à un spectacle ou transformé en simple commerce; que le progrès technologique tienne compte des personnes âgées, des pauvres et de ceux qui n’ont pas de voix».

Tisser «ensemble» et de manière désintéressée

Ensuite, le Souverain pontife a souligné que «tisser des liens signifie créer ensemble». La foi, vecteur de joie et d’amour, créée de la beauté, à l’image des écrits de Lope de Vega, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, Calderón de la Barca ou saint Thomas d’Aquin. «Tout cela montre le lien entre le matériel et le spirituel qui constitue notre existence» a affirmé Léon XIV.

Enfin, tisser des liens signifie «servir de manière désintéressée». «Un regard objectif révèle que des hommes et des femmes animés par la foi ont construit des hôpitaux et des écoles, ont donné naissance à des initiatives solidaires et ont parlé un langage redonnant leur dignité aux personnes» a souligné le Pape. «C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, il convient de se demander en toute honnêteté si le monde — et en particulier l’Europe — aurait forgé son identité sans l’empreinte spirituelle qui a imprégné son histoire». Une interrogation adressée au Vieux continent que le Pape n’entend pas comme une provocation, mais comme une «invitation à réfléchir à la question de savoir si l’éternité, qui a fait irruption dans le temps et l’espace par l’incarnation de Jésus-Christ, peut se réconcilier à nouveau avec le quotidien».

Citant des passages de son exhortation apostolique Dilexi te et de son encyclique Magnificat humanitas, le Saint-Père a invité à ne pas oublier les personnes exclues de ses liens, soulignant «leurs vertus et leurs capacités».

Le Pape a conclu son discours en invitant à devenir «de nouveaux fils afin de tisser de nouveaux réseaux qui harmonisent tous les domaines de la vie, et de construire une société renouvelée où le temps s’imprègne d’éternité, où la culture préserve la mémoire et favorise le dialogue, où l’éducation promeut la recherche de la vérité dans un esprit critique, où l’art suscite l’émerveillement et génère des émotions nobles, où l’entreprise reconnaît la dignité de la personne et où le travail reste un moteur d’espérance».

 

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

07 juin 2026, 19:45