Les Papes et la République italienne
Amedeo Lomonaco - Cité du Vatican
Cela fait 80 ans que l'État italien a vu le jour sous la forme d'une république. Le 2 juin 1946 s'est tenu le référendum sur la forme institutionnelle de l'État. Le vote populaire a consacré la naissance de la République, mettant ainsi un terme à une période de transition complexe marquée par les actions des mouvements et des partis antifascistes et par l'avancée des Alliés dans un pays divisé et dévasté par la guerre. Les Italiens, appelés aux urnes pour choisir entre la république et la monarchie et pour élire les députés de l’Assemblée constituante, ont largement participé au scrutin. Environ 25 millions sur les 28 millions de votants se sont exprimés dans les urnes, dont près de 13 millions de femmes. Près de 54 % on voté en faveur de la République.
Pie XII et le droit de vote des femmes
Le 2 juin est également le jour où l’Église catholique célèbre la mémoire liturgique de saint Eugène. Le 12 mais 1946, quelques jours avant le référendum constitutionnel, l'évêque de Rome Eugène Pacelli rencontre dans la basilique Saint-Pierre des dizaines de milliers de jeunes femmes romaines de l’Action catholique. Pie XII rappelle que le droit de vote s’accompagne d’une grande responsabilité.
Bon nombre d’entre vous jouissent déjà de droits politiques, du droit de vote. À ces droits correspondent autant de devoirs; le devoir de voter, le devoir de n’accorder votre suffrage qu’aux candidats ou aux listes de candidats qui n’offrent pas de promesses vagues et ambiguës, mais des garanties sûres qu’ils respecteront les droits de Dieu et de la religion. Réfléchissez bien: ce devoir est sacré pour vous; il vous engage en conscience; il vous engage devant Dieu, car avec votre bulletin de vote, vous avez entre les mains les intérêts supérieurs de votre patrie. Il s’agit de protéger et de préserver pour votre peuple sa civilisation chrétienne, pour ses jeunes filles et ses femmes leur dignité, pour ses familles leurs mères chrétiennes. L’heure est grave. Soyez conscients de votre responsabilité.
La visite du Pape Pie XII au palais Borromeo en 1951
Cinq ans plus tard, le 2 juin 1951, jour de la fête nationale italienne, Pie XII accepte l’invitation de l’ambassadeur Antonio Meli Lupi di Soragna au palais Borromeo, siège de l'ambassade d'Italie auprès du Saint-Siège depuis 1929. Après avoir consacré la basilique voisine de Saint-Eugène, le Pape rencontre l’ambassadeur et sa famille dans le jardin du palais. Bien des années plus tard, en 2008, Benoît XVI rencontre les autorités diplomatiques dans le salon de l’ambassade d’Italie auprès du Saint-Siège et évoque, entre autres, la visite du Pape Pie II au palais Borromée en 1951: «L’attention particulière accordée par les pontifes à cette représentation diplomatique suffirait à elle seule, affirme-t-il, à témoigner de la reconnaissance du rôle important que l’ambassade d’Italie a joué et continue de jouer dans les relations intenses et particulières qui unissent le Saint-Siège et la République italienne, ainsi que dans les relations de collaboration mutuelle entre l’Église et l’État en Italie».
3 juin 1963, décès du pape Jean XXIII
En 1963, cela fait 17 ans que le référendum a consacré la naissance de la République. L'Italie vit les derniers instants d'une période de boom économique. Le 1er juin 1963, le président de la République italienne, Antonio Segni, reporte la réception au Quirinal prévue pour la fête de la République en raison de l'état de santé grave du pape Jean XXIII. La décision – comme on peut le lire dans une note de l'époque de la présidence de la République – a été prise «dans une atmosphère de crainte douloureuse et anxieuse». Le 3 juin, Radio Vatican annonce le décès du pape Jean XXIII : «C’est le cœur profondément ému que nous faisons cette triste annonce. Le Souverain Pontife Jean XXIII est décédé. Le Pape de la bonté s’est éteint saintement et sereinement après avoir reçu les sacrements à 19 h 49 aujourd’hui, 3 juin 1963».
La rencontre entre Paul VI et Giuseppe Saragat en 1965
Quelques jours après la fête du 2 juin 1965, l’attention des médias italiens se porte tout particulièrement sur une rencontre. Le 12 juin 1965, le Pape Paul VI reçoit au Vatican le président de la République italienne, Giuseppe Saragat. «Je suis vraiment reconnaissant, déclare Saragat, de la bienveillance avec laquelle Votre Sainteté a bien voulu évaluer certains actes de ma modeste activité passée d’homme politique, ainsi que les sentiments de vénération qui me liaient à Jean XXIII». Au cours de cette première visite officielle effectuée par le président Giuseppe Saragat hors des frontières du territoire italien, le Pape Paul VI exprime un vœu particulier :
La visite de Jean-Paul II au Quirinal
Un peu plus de deux mois se sont écoulés depuis la signature, le 18 février 1984, de l'accord de révision du Concordat du Latran entre le Saint-Siège et la République italienne. Le 2 juin 1984, à l'occasion de l'anniversaire de la proclamation de la République italienne, le Pape Jean-Paul II se rend au palais du Quirinal. Le président de la République italienne, Sandro Pertini, adresse un discours de bienvenue au Souverain pontife. Le chef de l’État italien attribue «une très grande importance à la décision» prise par le Pape de se rendre en visite le jour «de la célébration de la fête nationale italienne». «Je vois dans cette heureuse coïncidence, affirme Pertini, le signe d’une sollicitude intense et d’une bienveillance marquée du Pape envers l’Italie, dont l’histoire millénaire est liée, plus que celle de tout autre pays, à l’histoire de l’Église catholique». Les paroles du président italien sont suivies de celles du Pape Jean-Paul II: «L’Église se sent engagée à favoriser les initiatives généreuses en faveur des populations d’autres pays touchées par la famine et à soutenir toute forme fructueuse de collaboration entre les peuples». Le Souverain pontife polonais rappelle, en particulier, le riche «patrimoine d’idéaux» de l’Italie.
L’Italie commémore aujourd’hui, 2 juin, la naissance de la République et de l’ordre constitutionnel que le peuple italien s’est donné après la douloureuse expérience de la Seconde Guerre mondiale. La reconnaissance et la garantie des droits inviolables de l’homme, tant en tant qu’individu que dans les formations sociales au sein desquelles sa personnalité s’épanouit et mûrit; les devoirs impératifs de solidarité politique, économique et sociale; l’égale dignité et l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans discrimination; le rejet de la guerre comme instrument d’atteinte à la liberté d’autres peuples; la collaboration internationale. Voici quelques-uns des «principes fondamentaux» placés en tête de la Constitution italienne, qui inspirent les institutions démocratiques du pays et donnent forme à «l’État de droit». Ces idéaux apparaissent aujourd’hui, en Italie, comme un patrimoine paisiblement acquis, mais on ne peut s’empêcher de rappeler que la Constitution de 1947 les a solennellement consacrés après des années durant lesquelles la coexistence civile avait été mise en danger et semblait poussée à la ruine par l’épreuve inhumaine de la guerre.
La tragédie de la guerre, souligne par ailleurs le pape Jean-Paul II lors de sa visite au Quirinal le 2 juin 1984, a façonné un nouveau tissu social, qui constitue un « encouragement pour l'avenir ».
Mais il est également vrai que c’est précisément au cours de ces années douloureuses que les Italiens, retrouvant une nouvelle force morale, ont compris et vécu la valeur de la solidarité et de la fraternité, non seulement comme une aspiration, mais comme un don mutuel de soi. En témoignent les nombreux épisodes d’héroïsme, mais surtout les innombrables gestes quotidiens d’aide désintéressée offerts par des personnes de toutes conditions à ceux qui se trouvaient dans le besoin ou en danger. Le partage des souffrances a fait mûrir les esprits et redécouvrir des valeurs anciennes. Il est bon de s’en souvenir; tout comme l’expérience d’une famille se construit sur les grandes épreuves de la vie heureusement surmontées, de même, pour les peuples, les témoignages moraux qui constituent l’essence de l’existence humaine acquièrent une validité éternelle, et en jaillit un encouragement pour l’avenir.
Un message d’espoir au peuple italien
Les mots conclusifs du discours adressé par le Pape Jean-Paul II au président Sandro Pertini en 1984 ne doivent pas être lus uniquement dans le contexte de ce moment historique : «Lors de notre rencontre en cette date si significative pour la République italienne, nos pensées se sont tournées vers le passé afin d’ouvrir nos cœurs à une confiance renouvelée en l’avenir». Le vœu de Jean Paul II s’inscrit également dans l’histoire, présente et future, de l’Italie. «Que le peuple italien sache toujours résoudre, en cohérence avec l’inspiration morale qui émerge de son histoire, les problèmes nationaux et internationaux auxquels il doit faire face, déclare Jean-Paul II le 2 juin 1984. Qu’il puisse jouir d’un avenir de prospérité et de paix, à la lumière des hauts idéaux dont ont témoigné ses meilleurs esprits. Que l’Italie continue d’être un exemple dans la défense des droits de l’homme et des valeurs de liberté et de justice, dans le sillage de sa vocation européenne et universelle».
Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici
