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Le Pape Léon XIV accueilli à Madrid par le roi Felipe VI et la reine Letizia, samedi 6 juin 2026. Le Pape Léon XIV accueilli à Madrid par le roi Felipe VI et la reine Letizia, samedi 6 juin 2026.  (@Vatican Media)

Léon XIV en Espagne pour revitaliser la communion et la rencontre

Dans une interview accordée aux médias du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, revient sur la signification du quatrième voyage apostolique de Léon XIV. «En tant que Pasteur de l’Église catholique, il souhaite rencontrer ses enfants, mais aussi toutes les personnes de bonne volonté, afin d’inviter chacun à marcher ensemble vers un objectif commun».

Massimiliano Menichetti – Cité du Vatican

Le Pape Léon XIV est arrivé en Espagne pour son quatrième voyage international: Madrid, Barcelone, Montserrat et les Canaries sont les étapes de cette nouvelle mission apostolique. Le cardinal Secrétaire d’État Pietro Parolin évoque le sens de cette visite du Souverain pontife.

Éminence, quel est le message principal que le Saint-Père souhaite transmettre à l’Espagne lors de son quatrième voyage apostolique international? 

Le logo du voyage apostolique en Espagne ― un cercle ouvert en mouvement, formé de figures humaines unies entre elles et tournées vers le haut ― révèle d’ores et déjà l’intention du Saint-Père. En tant que Pasteur de l’Église catholique, il souhaite rencontrer ses enfants, mais aussi toutes les personnes de bonne volonté. Avec tous, il veut soutenir, promouvoir et construire toujours davantage la communion et la rencontre. Tout cela dans un double mouvement, tant au sein de l’Église que dans la société. Il ne s’agit pas seulement d’être ensemble, mais de marcher ensemble vers un but commun.

Il convient également de souligner ce que l’Église aspire à communiquer à l’humanité tout entière, à savoir l’invitation à accueillir les réponses que Jésus-Christ apporte aux questions profondes que se pose l’être humain sur le sens de la vie, de la mort et de la souffrance. Le Christ nous offre d’atteindre cette plénitude de l’humanité que nous, chrétiens, appelons la vie éternelle. Cela devient également la source de l’espérance et de la joie avec lesquelles le Saint-Père aspire à servir l’humanité et à encourager les chrétiens.

Léon XIV rencontrera le Parlement espagnol: quelles sont aujourd’hui les priorités diplomatiques du Saint-Siège dans le dialogue avec l’Europe méditerranéenne? 

Les législateurs devraient toujours se référer avant tout à la dignité de la personne humaine et au bien commun, tant dans l’élaboration des lois que dans la définition du type de société qu’ils souhaitent construire. La région méditerranéenne, avec sa tradition millénaire de culture, d’art et de valeurs, constitue également un point de référence pour le christianisme. Dans le dialogue avec l’Europe méditerranéenne, le Saint-Siège prône une approche compatissante et coordonnée de la crise migratoire, en soulignant la dignité intrinsèque de tous les migrants.

Sa position repose sur quatre principes fondamentaux: accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés. En matière de démographie, la rive nord de la Méditerranée, contrairement à la rive sud, souffre d’une baisse drastique de la natalité. Pour faire face à cette crise, il est essentiel de placer au centre la dignité fondamentale de toutes les personnes et le rôle de la famille dans la société.

La question de l’indépendantisme a également eu des répercussions sur la vie des communautés ecclésiales locales. Comment l’Église peut-elle, et quel message le Pape pourrait-il transmettre lors d’une visite en Espagne, pour éviter les polarisations et promouvoir la communion? 

En tant que catholiques, nous croyons que «l'Église est, en Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain» (LG 1) et que le Pape, «en tant que Successeur de Pierre, est le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité tant des évêques que de la multitude des fidèles» (LG, 23), c’est pourquoi il est dans sa nature de promouvoir l’unité de l’Église et au sein de l’Église. En tant que Père et Pasteur, il se soucie de l’unité de ses enfants, de ses brebis, et promeut également la mission confiée à toute l’Église, qui est le Corps mystique du Christ, d’instaurer également la communion et l’unité dans la diversité entre les peuples de la terre.

Si, d’une part, le message du Saint-Père ne peut trahir sa mission d’unité et donc de paix, d’autre part, il ne veut pas non plus supplanter les responsabilités qui incombent aux États dans la gouvernance de leurs propres citoyens. De ce principe, on peut déduire que, bien que le message du Pape puisse avoir des implications politiques précisément parce que l’Église catholique est composée des citoyens mêmes des nations, le Successeur de Pierre annonce l’Évangile et souhaite, à partir de là, éclairer toutes les réalités humaines, sans s’immiscer dans les politiques intérieures des pays.


La veillée avec les jeunes à Madrid est l’un des rendez-vous centraux. Dans un pays qui connaît une sécularisation croissante, quel changement les nouvelles générations peuvent-elles apporter et comment? 

Pour répondre à cette question, je voudrais reprendre les paroles que le Saint-Père a adressées aux très nombreux jeunes réunis pour la veillée du Jubilé, à Tor Vergata, le 2 août dernier. Il les invitait à rechercher la vérité avec passion, à faire preuve de courage pour se laisser rencontrer par le Christ, et à vivre concrètement l’Évangile avec générosité. Le monde dans lequel nous vivons les pousse à faire tant de choses, parfois de manière hyperactive et dispersée, les incitant toutefois à confier de plus en plus la réflexion, l’évaluation et la décision – selon un stéréotype scientiste désormais dépassé – à des outils artificiels et parfois facilement manipulables.

Les jeunes peuvent réagir, en choisissant et en diffusant une manière différente et plus libre de se comporter. En laissant place au silence, à la réflexion, à la méditation, à la prière, ils peuvent mettre à profit avec enthousiasme, sagesse et charité ordonnée les nombreux outils dont ils disposent, et dont ils connaissent très bien l’utilisation, pour le bien de chaque personne et de toute la personne. Les jeunes en sont capables, ils y sont même particulièrement doués. Il est important de les aider, dans la foi, à les approfondir et à les vivre, afin qu’ils deviennent des prophètes contagieux de paix, de justice et d’amour authentique pour leur avenir et le nôtre.

À Barcelone, la messe à la Sagrada Família, avec l’inauguration de la tour de Jésus-Christ, sera l’un des moments symboliquement les plus forts. Peut-on lire cet événement comme une incitation à montrer la beauté de l’Évangile à toute l’Espagne et au-delà? 

Tout à fait: en bénissant la tour de Jésus-Christ, le Saint-Père marquera une étape importante dans la construction de la basilique de la Sagrada Família. Cet élément architectural montre en effet que l’Église est un chantier de pierres vivantes, en constante croissance à travers l’histoire. La hauteur de la tour invite chacun à lever les yeux vers Dieu, qui, dans le signe de la croix, révèle son amour pour l’humanité. Tel un phare de rédemption et d’espérance, cette structure est donc une œuvre d’évangélisation: sa beauté reflète la place centrale du Christ dans la vie de l’Église. La nouvelle tour concrétise le projet de Gaudí, son architecte, qui était profondément inspiré par la foi. Il fut le premier à concevoir l’art comme une forme d’annonce évangélique et un langage privilégié de la mission chrétienne. L’Espagne trouve dans cette œuvre non seulement un splendide monument, qui enrichit son patrimoine culturel, mais aussi le témoignage de la foi qui a uni la nation pendant des siècles.

L’étape aux Canaries aborde en particulier la réalité de l’immigration et de l’intégration. Selon vous, le monde s’oriente-t-il vers l’accueil ou «détourne-t-il de plus en plus le regard»? 

La grande majorité des personnes ne migrent pas au-delà des frontières; un nombre bien plus important migre à l’intérieur de leur propre pays. De plus, la migration internationale n’est pas uniforme à travers le monde, mais elle est influencée par des facteurs économiques, géographiques et démographiques. La migration soutient les marchés du travail et contribue à combler les pénuries de compétences; par ailleurs, grâce aux transferts de fonds, les migrants restent une source fondamentale de soutien pour leurs pays d’origine. En ce qui concerne l’accueil, il convient de souligner qu’il existe une tendance généralisée à se concentrer uniquement sur les intérêts de communautés restreintes, ce qui, comme l’a souligné le Pape Léon XIV, représente une grave menace pour le partage des responsabilités, la coopération multilatérale, la réalisation du bien commun et la solidarité mondiale au profit de toute la famille humaine.

Dans ce contexte, le Saint-Siège prend constamment position pour défendre la dignité inaliénable de chaque personne. Il est important de rappeler que chaque migrant est une personne et qu’en tant que tel, il possède des droits inaliénables, qui doivent être respectés en tout lieu, tant dans son pays d’origine que là où il se déplace. Il serait nécessaire d’aborder un phénomène aussi complexe avec une volonté politique, de la générosité et un esprit de solidarité. L’espoir est qu’il y ait un retour convaincu à la valeur de la fraternité, fondée sur l’empathie et la collaboration, qui favorisent la voie de la rencontre et de l’enrichissement mutuel.

Selon vous, quel visage présente l'Espagne aujourd'hui et quel rôle pourrait-elle jouer en Europe? 

L’Espagne d’aujourd’hui a le visage d’un peuple qui conserve encore de profondes racines chrétiennes, manifestant un lien vivant et une affection sincère envers le Successeur de Pierre. Malgré les défis de la société contemporaine, elle abrite une Église vivante et dynamique, capable de témoigner de l’Évangile et d’apporter une contribution significative à la vie spirituelle et sociale du pays. La société espagnole vit des tensions et des transformations profondes, mais elle est à la recherche de voies de rencontre, de réconciliation et de bien commun. Elle a besoin de retrouver la centralité de la personne, le dialogue social et la réconciliation comme fondements de la coexistence démocratique. Du point de vue de la contribution qu’elle peut apporter à l’Europe et au monde, je parlerais du soutien au multilatéralisme et de promotion des droits de l’homme, de la paix et de la sécurité internationale. Elle peut en outre favoriser le dialogue avec les pays d’Amérique latine et d’Afrique du Nord.

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06 juin 2026, 11:57