À Vienne, Léon XIV appelle les dirigeants à dépasser la peur et à agir
Jean-Paul Kamba, SJ - Cité du Vatican
Le Pape commence par rappeler que «la durabilité, l’écologie intégrale et la sauvegarde de la création sont des préoccupations depuis plusieurs décennies». L’Église, souligne-il, a toujours été consciente que la question écologique comporte une dimension morale. Citant son encyclique Magnifica humanitas, il affirme que la crise environnementale «n’est pas un problème isolé, mais plutôt l’aspect écologique de la crise socio-économique contemporaine».
Aux participants de ce sommet, issus des milieux politiques, économiques, scientifiques et de la société civile, Léon XIV propose trois thèmes fondés sur les vertus chrétiennes de la foi, de l’espérance et de la charité.
Trois vertus comme feuille de route
D’abord la foi. L’évêque Rome estime que la dimension religieuse est essentielle pour aborder les questions du changement climatique et de la protection de l’environnement de manière adéquate. Selon lui, «ceux qui croient que notre monde a été créé par Dieu et qu’il est intrinsèquement bon sont tenus d’assumer une responsabilité encore plus grande dans la sauvegarde de la création, car c’est là une exigence de leur foi».
Convaincu que les différentes traditions religieuses considèrent la création comme un don divin et la vie comme revêtue d’un caractère sacrée, le Saint-Père rappelle que «la foi religieuse renforce la volonté générale de protéger la vie et de prendre soin de la nature».
Cette perspective, estime-t-il, met en évidence les fondements éthiques profonds évoqués dans l’encyclique Magnifica humanitas, à savoir: «l’égale dignité de tous les êtres humains et la valeur des droits humains fondamentaux, qui peuvent tous deux être garantis de manière adéquate par la mise en œuvre appropriée des principes du bien commun, de la destination universelle des biens, de la subsidiarité, de la solidarité et de la justice sociale».
Pour le Pape, ces questions personnelles et sociales essentielles sont intimement liées à la crise climatique qui est une manifestation critique de la crise socio-économique plus large et il encourage les participants à «les garder à l’esprit lorsque vous évaluez, planifiez et mettez en œuvre des projets potentiels».
L’espérance, antidote à l’incertitude et à la crainte
La dimension mondiale des défis actuels préoccupe de nombreuses personnes. On constate ainsi «une prise de conscience croissante du fait que la paix est menacée par le manque de respect envers la création, le pillage des ressources naturelles et la dégradation progressive de la qualité de vie due au changement climatique». Ces défis, explique le Pape, exigent «une coopération internationale, ainsi qu’un multilatéralisme cohérent et tourné vers l’avenir, afin de trouver des solutions efficaces».
Le Souverain pontife observe que, lors des délibérations et des négociations, diverses craintes surgissent souvent: «la crainte de changer de cap, la crainte de perdre du pouvoir et la crainte d’issues incertaines». Ces craintes, selon lui, doivent être surmontées afin de permettre une bonne coopération dans la recherche des solutions durables.
C’est là que «les chefs religieux et les communautés peuvent apporter une contribution particulière pour soutenir des efforts sociaux et environnementaux ambitieux, car la Bible regorge d’exemples montrant comment l’espérance, qui est en fin de compte un don de Dieu lui-même, peut vaincre les craintes des hommes».
Pour Léon XIV, «malgré les sceptiques ou les cyniques, l’espérance peut donc être une puissante force motrice». Il souhaite également que les progrès réalisés lors de la COP30 soient «suivis d’une transition juste vers des sociétés où le bien commun prime sur le profit, et où les modèles économiques sont fondés sur la solidarité et la dignité humaine». L’évêque de Rome plaide en outre que «les pays les plus riches s’acquittent de leurs obligations de soutien financier aux pays les plus pauvres».
«Promouvoir une véritable culture de la sollicitude»
«Je voudrais souligner l’importance de promouvoir une véritable culture de la sollicitude envers notre environnement, qui inclut ce que le pape François a appelé ‘l’amour civique et politique’». S’appuyant sur l’encyclique Laudato Si’ de son prédécesseur immédiat, Léon XIV souligne qu’un tel amour est la clé d’un développement authentique, car «pour rendre la société plus humaine, plus digne de la personne humaine, l’amour dans la vie sociale, politique, économique et culturelle, doit retrouver toute sa valeur, devenant la norme constante et suprême de toute activité». De même, rappelle-t-il, outre l’importance des petits gestes quotidiens, l’amour social nous pousse à concevoir des stratégies plus ambitieuses pour enrayer la dégradation de l’environnement et encourager une «culture de la sollicitude» qui imprègne toute la société. Le conclut son message en exprimant le souhait que les «délibérations favoriseront cette culture de la sollicitude et contribueront ainsi à la civilisation de l’amour».
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