Au sanctuaire de Muxima, le Pape exhorte à faire triompher l’amour
Tiziana Campisi – Envoyée spéciale à Luanda
À environ 130 kilomètres de Luanda, au bord du fleuve Kwanza, le plus grand d’Angola, dont les deux rives sont bordées d’une végétation luxuriante, la Vierge est depuis des siècles Mamã Muxima, la "Mère du Cœur", comme on l’appelle en langue kimbubdu. Chaque été, des milliers de pèlerins se rendent dans le sanctuaire séculaire qui lui est dédié, pour confier à une ancienne image de l’Immaculée Conception leurs soucis et leurs peines, leurs joies et leurs espoirs. Comme eux, ce dimanche après-midi, Léon XIV se fait pèlerin à Muxima, dans le diocèse de Viana, pour prier Marie.
Arrivé en hélicoptère en début d’après-midi, le Pape s’est rendu au sanctuaire de Mamã Muxima, où les fidèles l’attendaient depuis des heures dans un esprit de fête toujours plus manifeste. Accompagné de Mgr Emílio Sumbelelo, l'évêque de Viana, Léon XIV a été accueilli par le recteur du lieu, le père Albeto Mpindi, qui lui a tendu la croix et l’eau bénite. Dans l’église, où se trouve la représentation de la Vierge Marie, le Pape a déposé un bouquet à ses pieds, prenant précédemment le temps d’adorer le Saint-Sacrement.
Mamã Muxima écoute tout le monde
De la musique la plus vive au plus grand recueillement, le Pape a rejoint la foule sur une voiturette de golf pour la méditation des cinq mystères glorieux. Léon XIV s’est ensuite adressé à la foule, exprimant d’abord à cette «Église vivante et jeune» qui laisse transparaître «la fraîcheur de la foi et la force de l’Esprit» sa «joie» de partager avec les pèlerins et les fidèles ce «moment de prière mariale». Et il souligne qu’ici, Mamã Muxima «œuvre depuis longtemps dans l’ombre pour maintenir vivant et palpitant le cœur de l’Église». Un cœur qui est fait des nombreux cœurs de ceux «qui aiment, prient, célèbrent, pleurent et parfois même, dans l’impossibilité de venir» à Muxima. À la Vierge, ils «confient par lettres et messages postaux» leurs prières et leurs vœux, car «Mamã Muxima accueille tout le monde, écoute tout le monde et prie pour tout le monde», assure le Pape qui, depuis l’esplanade adjacente au sanctuaire, lance un nouvel appel à la paix.
Se dépenser pour le bien les uns des autres
Dans le plus grand sanctuaire d’Afrique subsaharienne - monument national depuis 1924, le Pape encourage à prendre le chapelet comme point de départ pour s’engager «à aimer chaque personne avec un cœur maternel, de manière concrète et généreuse» et à se dévouer «pour le bien des uns et des autres, en particulier des plus pauvres». Tout comme une mère «aime ses enfants, bien que différents les uns des autres, tous de la même manière et de tout son cœur», ainsi chacun doit s’efforcer «sans mesure afin que personne ne manque d’amour» et aussi «du nécessaire pour vivre dignement et être heureux».
Être des artisans de justice et de paix
Depuis cet ancien avant-poste commercial où les colonisateurs portugais envoyaient vers le Brésil des êtres humains réduits en esclavage, la pensée du Pape va à ceux qui ont faim afin qu’ils aient de quoi se nourrir, aux malades afin qu’ils puissent recevoir les soins nécessaires, ainsi qu’aux enfants afin qu’une éducation adéquate leur soit garantie, et enfin aux personnes âgées, afin qu’elles vivent sereinement «les années de leur maturité». Marie, telle une mère, pense à toutes ces choses, a assuré Léon XIV, qui souhaite davantage d’engagement dans le soin accordé à son prochain.
Les jeunes appelés à construire un monde sans guerres ni injustices
À Muxima, une basilique est en cours de construction, en accomplissement d’une promesse faite par le gouvernement angolais à l’Église catholique lors de la visite de Jean-Paul II en Angola, en 1992. Elle sera dédiée à Notre-Dame de la Conception de Muxima et sa première pierre a été posée en 2022. Un projet que Léon présente aux nouvelles générations «comme un signe».
C’est en effet aux jeunes que le Souverain pontife s’est en particulier adressé ce dimanche après-midi. «La Mère du Ciel vous confie un grand projet: celui de construire un monde meilleur, accueillant, où il n’y ait plus ni guerres, ni injustices, ni misère, ni malhonnêteté, et où les principes de l’Évangile inspirent et façonnent toujours davantage les cœurs, les structures et les programmes, pour le bien de tous».
Avec Marie, apporter aux autres la lumière du Ressuscité
Le Pape rappelle ensuite à chacun que «le Christ, à Pâques, a vaincu la mort, nous montrant le chemin pour retourner vers le Père», comme le révèlent les mystères glorieux de la vie de Jésus. Un «chemin lumineux et exigeant» que les hommes peuvent eux aussi parcourir, «en faisant participer le monde entier à sa beauté», avec l’aide de l’Esprit Saint, don de Dieu qui «nous anime et nous soutient dans notre cheminement et notre mission».
D’où l’invitation du Souverain pontife à tout offrir à Marie comme le chante l’hymne à Mamã Muxima, mais aussi à se donner «aux frères» et à accueillir avec joie «par son intercession, la bénédiction du Seigneur, pour la porter à tous».
Le message de Mgr Sumbelelo
Avant le début de la récitation du chapelet, Mgr Emílio Sumbelelo a salué Léon XIV et présenté certains des groupes présents tels que «les jeunes, la plus belle fleur de l’Église et de la société angolaise, les membres de la Légion de Marie» ou des fidèles de divers mouvements apostoliques, avant de se faire leur porte-parole. «La joie que nous éprouvons tous aujourd’hui d’être avec le Saint-Père est indescriptible, sachant bien que Votre Sainteté nous porte tous dans son cœur de Père et de Pasteur», a-t-il déclaré, avant de retracer l’histoire du sanctuaire Mamã Muxima, où la dévotion des catholiques «remonte à 1833», quand déjà des chrétiens venus de toute part parcouraient des kilomètres pour présenter leurs prières à Marie. Et qui, aujourd’hui encore, continuent de venir ici, en pèlerinage, de toute l’Angola et d’autres nations. «Tous ces fils et filles de Notre-Dame de Muxima souhaitent témoigner ici de leur fidélité et de leur amour au Pape et à l’Église», a conclu l’évêque, qui a qualifié cette journée d’«historique» pour les annales du diocèse de Viana.
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