Le Pape exhorte les autorités angolaises à faire de leur pays «un projet d’espérance»
Olivier Bonnel - Envoyé spécial à Luanda
Peu après son arrivée en début d'après-midi à Luanda, le Pape s'est rendu au palais présidentiel où il a été reçu par le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço avec lequel il s'est entrenu en privé. Le Saint-Père s'est ensuite déplacé au pavillon protocolaire pour y rencontrer les autorités politques, la société civile et le corps diplomatique, pour son premier discours tenu en terre angolaise.
Après avoir partagé sa joie d’être arrivé en Angola, le Pape a très vite clairement posé les termes de cette visite dans un pays trop souvent exploité: «Je souhaite vous rencontrer dans la gratuité de la paix et reconnaître que votre peuple possède des trésors qui ne peuvent être ni vendus, ni volés» a-t-il d’emblée lancé devant les autorités, un peuple angolais dont le Pape a salué la joie malgré les aléas de l’histoire.
«Vous savez bien que trop souvent, on a regardé et on regarde encore vos régions pour donner ou, le plus souvent, pour prendre quelque chose. Il faut briser cette chaîne d’intérêts qui réduit la réalité et la vie elle-même à une marchandise d’échange» a encore expliqué Léon XIV, des mots particulièrement fort dans un pays qui a connu l’esclavage et qui est encore trop souvent le fruit de convoitises extérieures.
Plus qu'à l’Angola, c’est donc à l’ensemble de l’Afrique que le Pape a élargi son regard: ce continent, qui est pour le monde entier «une source de joie et d’espérance, que je n’hésiterais pas à qualifier de vertus politique» a-t-il précisé, «car ses jeunes et ses pauvres rêvent encore, espèrent encore, ne se contentent pas de ce qui existe déjà, souhaitent se relever, se préparer à assumer de grandes responsabilités, s’engager personnellement».
La sagesse du peuple angolais
Le Souverain pontife a ainsi rendu hommage à la «sagesse d’un peuple, qui ne se laisse éteindre par aucune idéologie et, en vérité, le désir d’infini qui habite le cœur humain est un principe de transformation sociale plus profond que n’importe quel programme politique ou culturel». Dans ce discours très ciselé, Léon XIV a exposé le motif de cette visite, expliquant venir en serviteur, pour écouter le peuple angolais: «Je suis ici, parmi vous, au service des meilleures énergies qui animent les personnes et les communautés dont l’Angola est une mosaïque hautement colorée. Je souhaite écouter et encourager ceux qui ont déjà choisi le bien, la justice, la paix, la tolérance, la réconciliation».
Dans un monde où l’exploitation des plus faibles est toujours de mise et où de faux modèles de développements matérialistes sont souvent des illusions, le Pape a encore expliqué combien les racines culturelles et spirituelles angolaises pouvaient être un antidote: «Vous êtes les témoins, a-t-il dit, grâce aux sagesses très anciennes qui nourrissent votre pensée et votre sentiment, que la création est harmonie dans la richesse de la diversité».
Léon XIV s’est de nouveau penché sur les plaies encore non cautérisées du peuple angolais pour en tirer un enseignement pour l’avenir: «Votre peuple a souffert chaque fois que cette harmonie a été violée par l’arrogance de certains, a-t-il lancé, il porte les cicatrices tant de l’exploitation matérielle que de la prétention d’imposer une idée aux autres. L’Afrique a un besoin urgent de surmonter les situations et les phénomènes de conflit et d’hostilité qui déchirent le tissu social et politique de tant de pays, alimentant la pauvreté et l’exclusion».
Transformer les conflits en chemins de renouveau
Le Pape a ensuite développé un aspect plus politique de son discours, n'hésitant pas à exhorter directement les autorités de l’Angola à mieux écouter le peuple, en acceptant les conflits: «L’Angola peut grandir considérablement, si avant tout, vous, qui avez autorité dans le pays, croyez en la diversité de sa richesse. N’ayez pas peur de la dissidence, n’étouffez pas les visions des jeunes et les rêves des anciens, sachez gérer les conflits en les transformant en chemins de renouveau. Faites passer le bien commun avant celui de votre camp, sans jamais confondre votre camp avec le tout. L’histoire vous donnera alors raison, même si, dans l’immédiat, certains vous sont hostiles».
Le Souverain pontife est en outre revenu sur la joie et l’espoir qui caractérisent la jeune société angolaise, invitant à les cultiver, car «ils sont une force intense et expansive qui s’oppose à toute résignation et à toute tentation de repli sur soi». La tristesse au contraire, nous laisse «à la merci de nos peurs et de nos fantasmes». En citant son prédécesseur François, Léon XIV a ainsi rappelé l’importance de se défier de tout esprit de désespoir ou de méfiance visa à vis des autres, invitant à maintenir des liens de fraternité au sein de la société angolaise.
Bâtir un nouvel Angola, avec la contribution de l'Église
Le Saint-Père a enfin insisté sur la joie des Angolais, un don précieux pour aller de l’avant, en citant Saint-Paul: "le fruit de l’Esprit […] est amour, joie, paix" (Ga 5, 22). «La joie est en effet ce qui intensifie la vie et nous pousse vers le champ ouvert de la vie sociale, chacun se réjouit en mettant à profit ses capacités relationnelles, en prenant conscience de contribuer au bien commun et en se voyant reconnu comme une personne unique et digne», la joie est sait aussi «tracer des trajectoires même dans les zones les plus sombres de l’immobilisme et de l’angoisse».
Fort de ce capital, de ce patrimoine et de ses ressources, Léon XIV a ainsi expliqué aux autorités angolaises qu’elles pouvaient faire de l’Angola «un projet d’espérance». Pour cela, l’Église catholique «souhaite être le levain dans la pâte et favoriser l’émergence d’un modèle juste de coexistence, libéré des esclavages imposés par des élites aux fortunes considérables et aux joies factices». «Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons multiplier les talents de ce merveilleux peuple, jusque dans les périphéries urbaines et les régions rurales les plus reculées où bat sa vie et se prépare son avenir».
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