Léon XIV exhorte les Algériens, riches dans la diversité, à marcher ensemble
Myriam Sandouno – Cité du Vatican
Sur les visages des fidèles, des prêtres et diacres, des religieux et religieuses, se dessinaient sourire et émotion exprimant cette grande joie de voir pour la première fois un Pape en terre algérienne. Recueillement de Léon XIV devant le Saint-Sacrement, chants et témoignages de chrétiens et musulmans ont marqué ce moment qui restera gravé dans les mémoires de ces personnes venues écouter le discours de Léon XIV prononcé dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, où plus de 9 personnes sur 10 qui y franchissent le seuil, sont de religion musulmane.
Située au nord du centre d’Alger et reliée au quartier de Bologhine par un téléphérique, elle surplombe la mer du haut d’un promontoire de 124 mètres. Son histoire est liée à une statuette en bronze de la Vierge Marie qui, en mai 1840, fut offerte en cadeau à Mgr Antoine-Louis-Adolphe Dupuch (1838-1846), premier évêque d’Alger.
Notre-Dame d’Afrique
La basilique dédiée à la Vierge Marie est le «symbole d’une Église faite de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre-Dame d’Afrique, la communion entre chrétiens et musulmans se construit». «Ici, a dit le Pape, l’amour maternel de Lalla Meryem rassemble tout le monde comme des enfants, chacun riche de sa diversité, unis par la même aspiration à la dignité, à l’amour, à la justice et à la paix». Des enfants «désireux de marcher ensemble, de vivre, de prier, de travailler et de rêver», car «la foi n’isole pas mais ouvre, unit sans confondre, rapproche sans uniformiser et fait grandir une véritable fraternité», a ajouté le Saint-Père.
Des témoins qui ont donné leur vie
Sur la terre natale de Saint-Augustin d’Hippone, docteur et Père de l’Église, grand penseur du IVe siècle et théologien de l’Occident chrétien, Léon XIV est allé à la rencontre d’une communauté dont les «racines sont très profondes», héritière d’une «multitude de témoins qui ont donné leur vie, poussés par l’amour de Dieu et du prochain». «La voix ardente d’Augustin d’Hippone a résonné sur cette terre, précédée par le témoignage de sa mère, sainte Monique, et d’autres saints». Le Pape a considéré que leur mémoire est «un appel lumineux à être aujourd’hui des signes crédibles de communion, de dialogue et de paix».
Léon XIV a ensuite tourné ses pensées vers les dix-neuf religieux et religieuses martyrs d’Algérie qui avaient fait le choix d’être aux côtés du peuple algérien dans les moments de joies et de peines. «Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit», a-t-il martelé. La prière, la charité et l’unité, trois aspects importants de la vie chrétienne, ont ensuite été évoqués par le Successeur de Pierre, face à une communauté chrétienne qui vit sa foi dans un pays à majorité musulmane, et dont la «présence est discrète et précieuse, enracinée de lumineux témoignages de foi».
La force de la prière
Évoquant tout d’abord le volet de la prière, Léon XIV a d’emblée noté que «nous en avons tous besoin». «La prière unit et humanise, elle fortifie et purifie le cœur», et l’Église algérienne, a-t-il poursuivi, «grâce à la prière, sème de l’humanité, l’unité, de la force et de la pureté autour d’elle, atteignant des lieux et des contextes que seul le Seigneur connaît». À Notre-Dame d’Afrique, selon le témoignage d'Emmanuel-Ali, guide de la basilique, «beaucoup viennent ici pour se recueillir en silence, présenter et recommander leurs préoccupations et les personnes qu’ils aiment», et «rencontrer quelqu’un disposé à les écouter et à partager les fardeaux qu’ils portent dans leur cœur». «Ali a remarqué que beaucoup repartent sereins et heureux d’être venus» a affirmé le Pape, abordant ensuite le deuxième aspect de la vie ecclésiale: la charité.
Poser des actes de charité
C’est en effet l’amour pour des frères qui a suscité le témoignage des martyrs, a lancé Léon XIV. Face à la haine et à la violence, ils sont «restés fidèles à la charité jusqu’au sacrifice de leur vie, aux côtés de tant d’hommes et de femmes, chrétiens et musulmans». Ils l’ont fait «sans prétention et sans faire de bruit, avec la sérénité et la fermeté de ceux qui ne se vantent pas et ne désespèrent pas, car ils savent à qui ils ont fait confiance».
Le témoignage de sœur Bernadette de la congrégation de Notre-Dame du Lac Bam, empreint de son expérience d’aide aux enfants en situation de handicap et à leurs parents, a ici été relevé par Léon XIV. Dans l'intervention de la religieuse, le Souverain pontife y a perçu «la valeur de la miséricorde et du service, non seulement comme un soutien aux personnes plus fragiles», mais surtout comme «un lieu de grâce, où quiconque se laisse impliquer grandit et s’enrichit».
Sœur Bernadette ayant pris la parole après le mot de bienvenue du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, a expliqué comment, à partir d’un simple geste initial de proximité – la visite aux malades –, sont nés comme des germes, d’abord un système d’accueil, puis une organisation d’assistance de plus en plus articulée, «une véritable communauté où de très nombreuses personnes participent aux événements joyeux et douloureux, unies par des liens de confiance, d’amitié et de familiarité. Un tel environnement est sain et bénéfique».
«Que la paix soit avec vous!»
Poursuivant son discours, Léon XIV a souligné le troisième aspect: l’engagement à promouvoir la paix et l’unité. Dans un monde où les divisions et les guerres sèment la douleur et la mort entre les nations, dans les communautés et même au sein des familles, «votre vie unie et en paix est un signe fort. Unis, vous répandez la fraternité en inspirant à ceux qui vous entourent des désirs et des sentiments de communion et de réconciliation, avec un message d’autant plus fort et limpide qu’il est témoigné dans la simplicité et l’humilité», a-t-il affirmé.
Encourageant les fidèles à être une «communauté de foi soudée et ouverte, présence de l’Église, sacrement universel du salut» et à poursuivre leur travail en terre algérienne, le Pape a rappelé qu’«une partie considérable du territoire de ce pays est occupée par le désert, et on ne survit pas seul dans le désert». Pour Léon XIV, «les rigueurs de la nature remettent à leur juste mesure toute prétention d’autosuffisance», et «rappellent à chacun que nous avons besoin les uns des autres, et que nous avons besoin de Dieu» a dit le Pape.
Fraternité et œcuménisme
L'Église d'Algérie est une Église mosaïque composée de plusieurs dizaines de nationalités. Elle est une Église d’Afrique du Nord, d’Afrique saharienne et d’Afrique subsaharienne. «Nombre des baptisés composant nos communautés paroissiales sont membres d’Églises évangéliques dans leur pays d’origine et ensemble nous vivons un œcuménisme très concret et très naturel. Nous sommes aussi en lien avec les autres Églises, orthodoxes, anglicanes, évangéliques, adventistes qui sont ici représentées et avec lesquels nous vivons une vraie fraternité» a fait savoir le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger.
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