Le Pape en dialogue avec les prêtres de Rome
Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican
Il y avait quatre questions et réponses, mais les thèmes abordés étaient multiples, parmi lesquels des directives spirituelles (la vie de prière, l'encouragement à vivre dans l'amitié, l'avertissement de ne pas s'isoler et de se méfier de la «pandémie» de l'envie); des indications concrètes pour le ministère et la pastorale (comment être aux côtés des jeunes, rendre visite aux personnes âgées) et quelques recommandations très précises (ne pas abandonner les études, ne pas se perdre derrière un écran, ne pas préparer les homélies avec l'IA). Jeudi matin, dans la salle Paul VI, un dialogue libre et ouvert a eu lieu entre le Pape Léon XIV et le clergé du diocèse de Rome, reçu pour la première fois au complet. Après son discours, le Pape a souhaité s'entretenir avec les prêtres, dont le contenu a été rendu public vendredi 20 février.
Être des modèles pour les jeunes
Le cardinal vicaire Baldo Reina a ouvert le dialogue à huis clos en présentant les quatre prêtres choisis pour poser les questions au nom de quatre tranches d'âge. Parmi eux se trouvait également un jeune prêtre ordonné par le Pape Léon en mai dernier. Il a posé une question sur la manière dont eux, jeunes prêtres, peuvent se positionner aux côtés de leurs pairs dans le monde. Le Pape les a tout d'abord invités à garder «les yeux ouverts» sur la réalité des familles dont sont issus ces jeunes: des familles en «crise profonde», des parents absents ou «divorcés, remariés». Beaucoup de jeunes «ont également vécu des expériences d'abandon», c'est pourquoi le prêtre doit «connaître leur réalité»: «Être proche d'eux dans ce sens, les accompagner, mais ne pas être seulement l'un des jeunes», a affirme le Souverain pontife. À cet égard, «le témoignage du prêtre» qui peut offrir «un modèle de vie» est important.
Isolement et vies terribles
Le Pape a demandé ensuite de ne pas se contenter des jeunes qui continuent à venir à la paroisse ou à fréquenter l'oratoire: «Il faut organiser, réfléchir, rechercher des initiatives qui puissent être une forme de sortie», a-t-il dit aux prêtres romains. «Nous devons aller vers eux, nous devons inviter d'autres jeunes, aller avec eux dans la rue; leur proposer peut-être différentes activité», entre sport, art et culture. «Connaître» est le mot clé, selon Léon XIV, et la connaissance passe par «une expérience humaine d'amitié» avec des jeunes qui «vivent un isolement, une solitude incroyable». Après la pandémie, en particulier, mais aussi à cause du smartphone: «Ils vivent seuls même s'ils disent: ''Non, mon ami est là'', mais il n'y a pas de contact humain. Ils vivent une sorte de distance par rapport aux autres, une froideur, sans connaître la richesse, la valeur des relations véritablement humaines». Il faut donc comprendre comment offrir aux jeunes «un autre type d'expérience d'amitié, de partage et, petit à petit, de communion», et à partir de cette expérience «les inviter aussi à connaître Jésus».
Bien sûr, cela demande du «temps» et des «sacrifices», a souligné Léon XIV, d'autant plus que beaucoup de ces jeunes sont aujourd'hui pris au piège dans «une vie terrible» faite de drogue, de délinquance et de violence. Il est donc nécessaire que les prêtres «les plus proches d'eux par leur âge, leur culture et leur formation» puissent rendre «un grand service» et annoncer le message de l'Évangile.
Connaître la communauté que l'on va servir
La proximité et la connaissance sont les deux voies que le Pape a indiqué également pour la pastorale, en réponse à la question d'un curé sur la manière d'être «incisif» dans cette culture postmoderne sans revenir à des schémas «anachroniques». Selon Léon XIV, la première étape consiste à «connaître véritablement la communauté où l'on est appelé à servir». Il évoque ici son expérience personnelle: «J'ai vécu à Rome pendant quatre ans dans les années 1980, puis pendant douze ans de 2000 à 2012-2013, et maintenant depuis trois ans, et chaque fois que je retourne à Rome, d'une certaine manière, je découvre une autre Rome. Il y a beaucoup de choses... La ‘‘Ville éternelle’’, disons, les rues sont les mêmes, les nids-de-poule sont les mêmes, mais la vie a beaucoup changé. Alors, pour servir également en tant qu'évêque de Rome, j'ai beaucoup réfléchi, lorsque nous sommes allés à Ostie dimanche dernier, pour parler avec ces gens, avec ces personnes, il faut commencer par connaître aussi bien que possible leur réalité».
Ne pas préparer les homélies avec l'intelligence artificielle
L'invitation est donc de rentrer dans la réalité. La vraie réalité, bien différente de l'autre réalité qui «nous arrive même si nous ne le voulons pas», à savoir «l'intelligence artificielle, l'utilisation d'Internet». Et ici, Léon XIV a mis en garde contre «la tentation de préparer les homélies avec l'intelligence artificielle»: «Comme tous les muscles du corps, si nous ne les utilisons pas, si nous ne les bougeons pas, ils meurent, le cerveau a besoin d'être utilisé, alors notre intelligence doit aussi être exercée un peu pour ne pas perdre cette capacité». De plus, «faire une véritable homélie, c'est partager la foi» et l'IA «ne pourra jamais partager la foi». «Si nous pouvons offrir un service inculturé, dans le lieu, dans la paroisse où nous travaillons, les gens veulent voir votre foi, votre expérience d'avoir connu et aimé Jésus-Christ», a-t-il soutenu.
Les tromperies d'Internet
En ce sens, il est fondamental d'avoir «une vie de prière» qui ne se résume pas à «la routine consistant à réciter le plus rapidement possible le bréviaire, que j'ai également sur mon téléphone portable», mais qui soit «un moment passé avec le Seigneur». Avec cette «vie authentiquement enracinée dans le Seigneur», on peut alors offrir quelque chose de différent: «Ce n'est pas parce que je suis que j'offre ce que je suis, c'est une tromperie que l'on retrouve souvent sur Internet, Tik Tok, et nous voulons être nous-mêmes: ‘‘J'ai beaucoup d'abonnés, beaucoup de likes, parce qu'ils voient ce que je dis...’’. Ce n'est pas toi: si nous ne transmettons pas le message de Jésus-Christ, nous faisons peut-être une erreur, et il faut aussi réfléchir très humblement pour voir qui nous sommes et ce que nous faisons», a encore affirmé le Pape Léon XIV.
Envie cléricale
Un autre conseil qu'il a donné aux prêtres est de vivre dans la fraternité, dans l'amitié, en développant des relations interpersonnelles entre eux. Il faut donc faire attention à «l'une des pandémies du clergé au niveau universel», qui est l'«invidia clericalis»: «Un prêtre qui voit qu'un autre a été appelé à être curé d'une paroisse plus grande, plus belle, appelé à être vicaire». C'est ainsi que «les relations se brisent», que les «ragots» naissent et que tout est «détruit» au lieu de construire des «ponts d'amitié». «Nous sommes tous humains, nous avons des sentiments, des émotions, beaucoup de choses, mais en tant que prêtres – et j'espère dès le séminaire – nous pouvons donner des modèles de vie, où les prêtres peuvent être vraiment amis, frères, et non ennemis ou indifférents les uns envers les autres», a insisté le Pape Léon XIV.
Exemples de fraternité sacerdotale
À ce propos, il rappelle un «magnifique» exemple de fraternité sacerdotale à Chicago, sa ville natale, avec un groupe de prêtres qui, dès leurs années de séminaire, avaient décidé de se retrouver une fois par mois. Certains l'ont fait jusqu'à plus de 90 ans: ils se réunissaient, priaient, étudiaient. L'étude est un autre point sur lequel le Souverain pontife s'attarde: «L'étude dans notre vie doit être permanente, continue. Quand j'entends quelqu'un me dire – c'est historique, me l'a dit un prêtre – : ‘‘Je n'ai plus ouvert un livre depuis que j'ai quitté le séminaire’’. Mamma mia – me suis-je dit – quelle tristesse!».
Léon XIV a invité ensuite à bouger et à ne pas rester assis à penser: «Personne ne vient me rendre visite». «N'ayons pas peur de frapper à la porte de l'autre, de prendre l'initiative, de dire à nos camarades ou à un groupe d'amis, à certains: pourquoi ne pas nous réunir de temps en temps, pour étudier ensemble, réfléchir ensemble, prier ensemble, puis partager un bon repas? Le curé qui a la meilleure cuisinière peut inviter les autres, ainsi on peut partager un bon repas ensemble». En même temps, il faut identifier les personnes avec lesquelles on peut avoir «une relation fraternelle un peu plus profonde». Il faut, en effet, «créer des situations pour briser cette tendance qui nous conduit à la solitude, à l'isolement les uns des autres».
Le temps de la vieillesse
Partager les joies, les difficultés, les expériences aide en effet à surmonter les crises et aide également à se préparer à accepter le moment où arrivent «la vieillesse, la maladie, la solitude». Mais «si l'on vit toute sa vie comme un chemin qui nous fait avancer, même avec le poids des années, souvent aussi – que l'on soit jeune ou âgé – avec des maladies, avec ces difficultés, on aura la capacité, avec la grâce de Dieu, d'accepter la croix, la souffrance qui vient», a assuré l'évêque de Rome.
Dans cette optique, le Pape Léon a abordé la question de l'euthanasie, dont on parle dans de nombreux pays et qui, dans d'autres, comme le Canada, est déjà légale. «La question de la fin de vie, des personnes qui n'ont plus de sens à leur vie et qui sont là avec le fardeau d'une maladie et disent: ‘‘Je ne veux plus porter ce fardeau, je préfère mettre fin à mes jours’’. Si nous sommes si négatifs sur notre vie, et parfois avec moins de souffrance que celle que portent tant de personnes, comment pouvons-nous leur dire:’‘Non, tu ne peux pas mettre fin à tes jours, tu dois accepter’’», a dit le Souverain Pontife aux prêtres.
Témoins de la valeur de la vie
Nous, a-t-il ajouté, «devons être les premiers témoins du fait que la vie a une très grande valeur». Il est donc important d'être reconnaissants, humbles et de montrer notre proximité. «Nous connaissons certainement tous une personne âgée, un malade, un prêtre, un laïc, une religieuse... qui traverse des moments très difficiles. Appelons-les, rendons-leur visite. Faisons-nous aussi un effort pour aider ces personnes qui souffrent. Cela signifie également rétablir la bonne habitude d'apporter la communion et l'huile des malades aux malades de la paroisse». «Aujourd'hui, avec moins de prêtres, plus âgés, on en est arrivé à dire: ‘‘Bon, envoyons les laïcs, ils s'en occuperont’’. C'est un beau service que rendent les laïcs... Mais cela ne signifie pas que le prêtre peut rester chez lui à consulter Internet pendant que les autres rendent visite aux malades». Enfin, le Pape a adressé également un mot aux prêtres âgés: «Même s'ils sont malades et alités, s'ils ont vraiment vécu une vie de service et de sacrifice, ils savent très bien que leur prière peut aussi être un grand service, un grand don. Leur vie a encore un sens profond».
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