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Le Pape avec les patients de l'hôpital De La Croix lors de son voyage apostolique au Liban. Le Pape avec les patients de l'hôpital De La Croix lors de son voyage apostolique au Liban.  (@Vatican Media)

Léon XIV appelle à redécouvrir la dimension sociale de la compassion

À l’occasion de la 34ème Journée Mondiale du Malade, qui sera célébrée solennellement le 11 février 2026, au Pérou, le message du Pape appelant à «redécouvrir la beauté de la charité et la dimension sociale de la compassion, afin d’attirer l’attention sur les nécessiteux et les personnes qui souffrent, comme sont les malades», a été rendu public, lundi 20 janvier. Léon XIV conclut son message par une invitation à se confier à l’intercession de «la Bienheureuse Vierge Marie, Santé des Malades».

Fabrice Bagendekere, SJ – Cité du Vatican

«La compassion du Samaritain: aimer en portant la douleur de l’autre». C’est le titre du message rendu public par la Salle de presse du Saint-Siège ce mardi 20 janvier et signé le 13 janvier 2026. Le Souverain pontife repropose une réflexion sur l’image du bon Samaritain, avec la clé herméneutique de l’encyclique Fratelli tutti de son prédécesseur le Pape François, soulignant que «la compassion et la miséricorde envers les nécessiteux ne se réduisent pas à un simple effort individuel mais se mettent en œuvre dans la relation avec le frère nécessiteux, avec ceux dont on ne s’occupe pas et, à la base, avec Dieu qui nous donne son amour». Pour Léon XIV, ce message est «toujours actuelle et nécessaire pour redécouvrir la beauté de la charité et la dimension sociale de la compassion, afin d’attirer l’attention sur les nécessiteux et les personnes qui souffrent, comme sont les malades».

Face à la culture de l’indifférence le Pape propose le don de la proximité

Le 267ème successeur de Pierre résume cette péricope évangélique en trois leçons essentielles: le don de la rencontre ou la joie d’offrir la proximité et la présence; l’action collective; et la primauté de l’amour de Dieu et sa conséquence directe sur la manière d’aimer et d’entrer en relation de l’homme dans toutes ses dimensions.

Concernant le premier, le don de la rencontre, Léon XIV fait remarquer que «nous vivons immergés dans une culture de l’instantanéité, de l’immédiateté, de la précipitation, mais aussi du rejet et de l’indifférence qui nous empêche de nous approcher et de nous arrêter en chemin pour regarder les besoins et les souffrances autour de nous». En revanche, il propose «le don de la proximité», à l’image du bon samaritain qui, «en voyant le blessé, ne “passa pas outre”, mais porta sur lui un regard ouvert et attentif, le regard de Jésus qui le conduisit à une proximité humaine et solidaire a personnellement pris soin de lui, a également payé de sa poche et s’est occupé de lui». Surtout, insiste le Vicaire du Christ, «il lui a donné son temps».  Il évoque à cet égard, l’affirmation de saint Augustin selon laquelle «le Seigneur n'a pas voulu enseigner qui était le prochain de cet homme, mais de qui il devait se faire le prochain», en soulignant que «personne n'est le prochain d'un autre tant qu'il ne s'en approche pas volontairement».

La compassion au-delà de la simple philanthropie

Poursuivant, le Pape donne une herméneutique de l’amour et de la compassion qui va au-delà de la simple philanthropie pour déboucher sur la don de soi. «Être prochain ne dépend pas de la proximité physique ou sociale, mais de la décision d’aimer», écrit Léon XIV, précisant qu’«il ne s’agit pas de simples gestes de philanthropie, mais de signes qui permettent de percevoir que la participation personnelle aux souffrances de l’autre implique de se donner soi-même». Il insiste par ailleurs sur le fait que «cette charité se nourrit nécessairement de la rencontre avec le Christ qui s’est donné pour nous par amour».

«Le don de la rencontre naît du lien avec Jésus-Christ que nous identifions comme le bon Samaritain qui nous a apporté le salut éternel et que nous rendons présent lorsque nous nous penchons sur notre frère blessé (…). Être un dans l’Un, dans la proximité, dans la présence, dans l’amour reçu et partagé, et jouir ainsi, comme saint François, de la douceur de l’avoir trouvé», écrit le Pape.

Faire des soins aux malades une “partie importante” de la mission de l’Église

À propos de l’action collective, le Souverain pontife fait remarquer que «le Samaritain a cherché un hôte qui pouvait prendre soin de cet homme»; nous invitant aussi «à nous mobiliser et à nous retrouver dans un ‘‘nous’’ qui soit plus fort que la somme de petites individualités». Sur ce, il évoque son expérience de missionnaire et d’évêque au Pérou, indiquant combien «des personnes font preuve de miséricorde et de compassion à l’exemple du Samaritain et de l’aubergiste». «Cette expérience, qui s’inscrit dans un réseau de relations, dépasse le simple engagement individuel», souligne le Pape péruvien.

Il insiste par ailleurs sur le fait qu’«avoir de la compassion implique une émotion profonde qui pousse à l’action». Pour Léon, la compassion doit être «un sentiment qui jaillit de l’intérieur et conduit à s’engager envers la souffrance d’autrui». Aussi renouvelle-t-il son appel à faire des soins aux malades une «“partie importante” de la mission de l’Église» et «une véritable ‘‘action ecclésiale’’». (Voir Dilexi te, n. 49)

«Être un dans l’Un signifie nous sentir véritablement membres d’un corps dans lequel nous portons, selon notre propre vocation, la compassion du Seigneur pour la souffrance de tous les hommes.  De plus, la douleur qui nous touche n’est pas une douleur étrangère ; c’est la douleur d’un membre de notre propre corps auquel notre Tête nous demande de venir en aide pour le bien de tous», écrit le Pape.

L’action charitable comme manifestation d’un culte authentique

Enfin, sur la primauté de l’amour de Dieu et sa conséquence directe sur la manière d’aimer et d’entrer en relation de l’homme dans toutes ses dimensions, le Souverain Pontife indique - en référence aux paroles de l’apôtre Jean - que «l’amour du prochain est la preuve tangible de l’authenticité de l’amour de Dieu». ( Voir 1 Jn 4, 12.16)  «Même si l’objet de cet amour est différent: Dieu, le prochain, soi-même, et que nous pouvons les comprendre comme des amours distincts, ceux-ci sont toujours inséparables», affirme le Pape. D’où pour lui, «la primauté de l’amour divin implique que l’action de l’homme soit accomplie sans intérêt personnel ni récompense, mais comme manifestation d’un amour qui transcende les normes rituelles et se traduit par un culte authentique: servir le prochain, c’est aimer Dieu dans la pratique».

Retrouver notre vraie position devant Dieu et devant notre frère

Développant sa pensée, Léon XIV montre que la primauté de l’amour de Dieu dans nos relations conduit à une remise en cause de «ce que signifie s’aimer soi-même». Il explique que cette dimension divine de l’amour «implique de nous détourner de l’intérêt porté à l’estime de nous-même ou au sentiment de notre propre dignité fondés sur des stéréotypes de réussite, de carrière, de position ou de lignée,  et de retrouver notre vraie position devant Dieu et devant notre frère». Sur ce, il cite Benoît XVI qui disait que «la créature humaine, qui est de nature spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles. Plus elle les vit de manière authentique, plus son identité personnelle mûrit également. Ce n’est pas en s’isolant que l’homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec Dieu ».

«Le véritable remède aux blessures de l’humanité est un mode de vie fondé sur l’amour fraternel qui trouve sa source dans l’amour de Dieu», insiste le Pape, souhaitant «vivement que cette dimension fraternelle, “samaritaine”, inclusive, courageuse, engagée et solidaire, qui trouve sa racine la plus intime dans notre union avec Dieu, dans la foi en Jésus-Christ, ne manque jamais dans notre style de vie chrétien».

Prière pour ceux qui vivent dans la maladie et la souffrance

Léon XIV conclut son message par une invitation à se confier à l’intercession de «la Bienheureuse Vierge Marie, Santé des Malades», demandant son aide pour «tous ceux qui souffrent, qui ont besoin de compassion, d’écoute et de réconfort», par cette «prière ancienne, qui était récitée en famille pour ceux qui vivent dans la maladie et la souffrance»:

“Douce Mère, ne t’éloigne pas, ne détourne pas ton regard de moi. Viens avec moi partout et ne me laisse jamais seul. Puisque tu me protèges autant comme une véritable Mère, fais que le Père, le Fils et le Saint-Esprit me bénissent !”

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20 janvier 2026, 11:33