De François à Léon XIV, 2025 sous le signe du Jubilé
Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican
Des moments de deuil et joie ont été vécus au cours de cette année qui touche à sa fin. La communauté chrétienne catholique a pleuré sur la place Saint-Pierre le Pape François décédé le 21 avril 2025, et à ce même endroit, elle s’est réjouie de l’élection de Léon XIV, comme nouveau Successeur de Pierre.
Un pontificat s’est ainsi terminé, pour laisser place à un autre ayant débuté avec de nouvelles célébrations, de nouveaux voyages, de nouveaux documents et de nouvelles nominations. Mais aussi des messes, des audiences, des prières du chapelet, des veillées, des pèlerinages à la Porte Sainte, de grands rassemblements de jeunes et bien d'autres choses encore. Cette année 2025 est une parabole: la parabole de l'Église qui poursuit son chemin au-delà des changements de l'histoire et du temps.
Une année certainement inoubliable pour l'humanité, entre la mort de François et l'élection de Léon XIV, en plein Jubilé, l'Année Sainte dédiée à l'espérance, ouverte par un Pape et qui sera clôturée le 6 janvier par son successeur. Le peuple de Dieu a été au cœur de ces moments qui ont le plus marqué cette année 2025, qui a malheureusement été entaché par les tensions géopolitiques internationales et la multiplication des «morceaux» de ce que François, puis Léon XIV, ont appelé la «troisième guerre mondiale».
Le monde à Rome
Plus de 30 millions de pèlerins venus du monde entier ont afflué à Rome durant cette année jubilaire, tant pendant les temps ordinaires, que lors des plus de 30 événements spéciaux dédiés aux différentes réalités de l’Église et de la société. Cela s’est produit également durant la période difficile de l’hospitalisation du Pape François à la Polyclinique Gemelli, le 14 février, jusqu’à son décès le 21 avril et à ses funérailles cinq jours plus tard, le 26 avril.
Plus de 250 000 personnes ont participé aux obsèques du Pape argentin; presque le double lui a rendu hommage lors de l’exposition de sa dépouille dans la basilique Saint-Pierre. Nombreux aussi furent les fidèles présents aux prières du chapelet en soirée, pour la santé de François, pendant sa convalescence, ou ceux qui ont prié dans la cour du centre hospitalier Gemelli, où beaucoup — en groupes ou individuellement, — ont poursuivi leur pèlerinage après avoir franchi la Porte Sainte.
L’hospitalisation de François
En effet, le Pape François a été sous les feux des projecteurs tout au long du mois de janvier — inauguré par une prière mariale de l’Angélus marquée par l’appel contre la guerre «inhumaine» et la douleur des mères ayant perdu leurs enfants —, et jusqu’à la mi-février, avant son hospitalisation qui semblait être une «simple» bronchite, qui s’est ensuite révélée être une infection polymicrobienne, avec plusieurs crises et de lentes améliorations.
Durant les semaines précédentes, malgré une santé fragile, le Souverain pontife avait poursuivi son activité entre audiences générales et jubilaires (la première le 12 janvier), rencontres matinales et vespérales, appels téléphoniques quotidiens à la paroisse de Gaza. Il avait également continué à gérer la gouvernance de l’Église, avec deux nominations significatives: celle de sœur Simona Brambilla, préfète du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique (6 janvier), puis de sœur Raffaella Petrini, présidente du Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican (15 février). Deux femmes, deux religieuses, pour la première fois à la tête d’organismes aussi importants.
De la longue hospitalisation de Jorge Mario Bergoglio — entre bulletins médicaux, chaînes de prière, informations et fausses nouvelles diffusées dans le monde entier — demeurent gravés dans les mémoires, le message audio émouvant enregistré à l’hôpital, en espagnol et d’une voix faible, pour remercier les fidèles de leur proximité, ainsi que la photo — l’unique de ces jours-là — du Pape vêtu d’une blouse et d’une étole violette, dans la petite chapelle du dixième étage.
Le retour au Vatican et le dernier salut sur la place Saint-Pierre
Le 22 mars, les médecins annoncèrent la sortie de François de l’hôpital. Le lendemain, 23 mars, il fit sa première apparition publique depuis un balcon du Gemelli, prononçant quelques mots improvisés, d’une voix affaiblie, avec un visage éprouvé. Puis, il y eut le retour au Vatican, après un bref passage à Sainte-Marie-Majeure, la basilique qui deviendra ensuite le lieu de son repos éternel.
À l’époque, nul n’imaginait encore une tombe portant le nom Franciscus, d’autant plus que le monde avait vu le Pape apparaître trois fois en public: sur la place Saint-Pierre lors du Jubilé des malades; lors d’une visite à la tombe de saint Pie X et à la statue de Benoît XV, et enfin, — l’apparition historique au regard de la succession des événements —, lors de l’Urbi et Orbi de Pâques, avec un souhait de «Bonnes Pâques» presque murmuré, suivi d’un tour en papamobile sur la place Saint-Pierre. Le premier après l’hospitalisation, le dernier de sa vie. Son corps était affaibli, mais ses yeux brillaient du bonheur d'avoir renoué ce contact avec le peuple, pour lequel il remercia en privé ses collaborateurs: «Merci de m’avoir ramené sur la place».
La mort du Pape François
Le lendemain, à 9h50, le cardinal camerlingue Kevin Joseph Farrell annonça à tous son décès. «Ce matin, 21 avril 2025, le Pape François est retourné à la Maison du Père.» La cause: un accident vasculaire cérébral suivi d’un collapsus cardiovasculaire.
Un nouveau chapitre pour l’Église s’est ainsi ouvert, avec: l’hommage émouvant et continu du peuple à Sainte-Marthe, puis à Saint-Pierre après la translation de la dépouille; les scellés apposés sur l’appartement du Palais apostolique; le rite de fermeture du cercueil; les funérailles solennelles; la procession du cercueil dans les rues de Rome; enfin l’inhumation à Sainte-Marie-Majeure, sous une tombe de marbre blanc, aujourd’hui encore destination d’un flux incessant de pèlerins et de fidèles.
Le conclave et l’élection de Léon XIV
Le 27 avril, le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, célèbra la première messe des novemdiales. Le 28, ils étaient 180 cardinaux — comprenant ceux provenant des diocèses les plus éloignés et les cardinaux de plus de 80 ans sans droit de vote, — à se réunir pour la première des congrégations générales préparatoires au conclave. L’événement, qui fascine depuis des siècles le monde entier par sa tradition, ses procédures et son secret, s’est ouvert le 7 mai. Il restera dans les annales comme l’un des conclaves les plus rapides de l’histoire, avec l’élection, le 8 mai, au quatrième scrutin, du 266ᵉ Successeur de Pierre: Robert Francis Prevost.
Premier Pape originaire des États-Unis né à Chicago et élu à 69 ans, il porte aussi une profonde empreinte péruvienne après plus de 22 ans passés en Amérique latine comme missionnaire, curé, catéchiste et évêque. Religieux de l’Ordre de Saint-Augustin, dont il a été prieur général durant deux mandats, il est diplômé en mathématiques et en droit canonique, et a acquis une solide connaissance de la Curie romaine comme préfet du dicastère pour les Évêques.
Début du pontificat
Léon XIV, un nom choisi en hommage à Léon XIII, auteur de l'encyclique Rerum Novarum, qui a marqué le premier chapitre de la Doctrine sociale de l’Église. Lors de sa première apparition, les mains jointes, portant la mosette rouge et l’étole, les yeux remplis des larmes d’émotion, le nouveau Souverain pontife prononça tout d’abord le mot «paix» dans son discours écrit. Il le répèta encore dix fois. «Une paix désarmée et désarmante», tel est son souhait pour l’Église et pour le monde; une expression devenue la marque distinctive de son pontificat. L’autre déclaration qui éclaire son programme, et qu’il partagea avec le Collège des cardinaux, lors de la première célébration dans la chapelle Sixtine, au lendemain de son élection, se résume au fait de «disparaître pour que le Christ demeure».
Le travail pour la paix
Le 18 mai, débuta l’ère de Léon XIV avec la messe d’inauguration du pontificat sur la place Saint-Pierre, devant une foule de fidèles et de représentants institutionnels venus du monde entier. Aussitôt, le Pape américain s’est fait la voix de la paix, relançant depuis la Loggia des bénédictions l’appel aux «grands de ce monde», à l’occasion de la récitation du premier Regina Caeli le 11 mai: «Plus jamais la guerre», affirmait-il. Léon XIV s’est entretenu par téléphone avec les présidents de la Russie et de l’Ukraine, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, ce dernier rencontré à trois reprises, dont deux fois à Castel Gandolfo, — après douze ans, le Pape a rétabli le séjour dans la résidence d’été, résidant à la Villa Barberini et laissant le Palais pontifical comme pôle muséal ouvert au public.
Le Saint-Père proposa le Vatican comme lieu de médiation et de négociation pour mettre fin aux violences en Ukraine. Il a ainsi renforcé un travail diplomatique en faveur de toutes les zones de conflit, mené «en coulisses». Concernant le conflit au Proche-Orient, Léon XIV a reçu le président israélien Isaac Herzog (4 septembre), avec lequel il s’est également entretenu par téléphone, après l’attentat de Sydney contre la communauté juive, et a rencontré le président de l’Autorité nationale palestinienne, Mahmoud Abbas (5 novembre). À tous les deux, le Souverain pontife a réitéré l’urgence d’un cessez-le-feu à Gaza, l’acheminement de l’aide humanitaire et la nécessité de la solution à deux États.
Le Pape a dénoncé ensuite — comme dans son discours à l’assemblée plénière de la ROACO — la «violence diabolique» qui frappe l’Orient chrétien, exhortant à sortir des «logiques de division et de représailles», et à ne pas trahir les aspirations de paix des peuples «par les fausses propagandes du réarmement». Un appel réitéré avec une vigueur accrue dans le récent message pour la 59ᵉ Journée mondiale de la paix, dans lequel l’évêque de Rome déplore «l’irrationalité d’un rapport entre les peuples» fondé, non sur la justice et la confiance, mais «sur la peur et sur la domination de la force».
Dilexi te et l’attention portée aux plus pauvres
Un ton ferme, semblable à celui du discours prononcé le 23 octobre aux Mouvements populaires reçus en audience au Vatican à l’occasion de leur Jubilé. Léon XIV a souligné l’importance de lutter pour les «droits sacrés» (terre, logement, travail), dénoncé l’augmentation des injustices sociales, la prolifération de nouvelles drogues synthétiques, les «dommages collatéraux» causés par les nouvelles technologies, le traitement inhumain réservé aux migrants («traités comme des déchets») et aux pauvres. Cette attention envers les plus démunis se cristallise dans Dilexi te, la première exhortation apostolique publiée le 4 octobre, un projet lancé par François et repris par Léon XIV.
Les jeunes, protagonistes de 2025
De son prédécesseur, il hérite également de tous les engagements du Jubilé, ainsi que de la canonisation de deux jeunes saints, Carlo Acutis et Pier Giorgio Frassati. Deux événements initialement prévus sous le pontificat de François — l’un durant le Jubilé des jeunes, l’autre lors du Jubilé des adolescents — ont été reportés en raison de son décès. Léon XIV a canonisé ensemble les deux bienheureux laïcs le 7 septembre, lors d’une célébration sur la place Saint-Pierre, à laquelle ont participé des milliers de fidèles, principalement des jeunes.
Les jeunes: voilà les autres grands protagonistes de l’Année Sainte et de l’un des moments les plus marquants du pontificat. Lors du Jubilé qui leur a été dédié, du 28 juillet au 3 août, plus d’un million de jeunes de tous âges et de toutes origines ont afflué à Rome cette semaine-là, avant de converger vers Tor Vergata pour la veillée et la messe avec le Pape. Un spectacle de visages, de couleurs et de drapeaux. Le Souverain pontife a encouragé les nouvelles générations à ne pas se contenter de la superficialité et des relations virtuelles, mais à construire des liens authentiques, à dépasser l’hyperconnexion et le manque de communication, à œuvrer pour la paix et à aspirer à la sainteté.
Outre Tor Vergata, du Jubilé des jeunes, reste aussi en mémoire l’image du Pape, à la surprise générale, en papamobile sur la Via della Conciliazione et sur la place Saint-Pierre, saluant la foule rassemblée pour la célébration d’ouverture du Jubilé. «Vous êtes la lumière du monde!», avait lancé l’évêque de Rome à la foule.
Autre surprise, toujours avec les jeunes: celle que le Saint-Père a réservé le 17 octobre à Ostie, lors de sa visite à Med25 Bel Espoir, le navire qui a sillonné depuis des mois les ports de la Méditerranée avec à son bord 25 jeunes de nationalités et de religions différentes. L’image de Léon XIV à bord du bateau, entouré des «marins de la paix» chantant et jouant de la guitare, restera gravée dans les mémoires. Il les a exhortés à offrir des «signes d’espérance» au milieu de la haine et de la violence.
Le voyage en Turquie et au Liban
L’écho de cet appel résonne également dans le contexte complexe du Liban, étape — avec la Turquie — du premier voyage apostolique (27 novembre – 2 décembre). Un voyage prévu, du moins pour la partie turque, à l’occasion du 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée. Léon XIV s’est rendu à Ankara pour les rencontres institutionnelles, puis s’est envolé pour Istanbul, où il a rencontré le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, avec lequel il a célébré la cérémonie commémorative à Iznik, l’actuelle Nicée, sur les rives du lac où se trouvent les vestiges de la basilique de Saint-Néophyte, lieu même de l’assemblée œcuménique.
Au Liban, dans la capitale Beyrouth, le Successeur de Pierre a prié sur les lieux du port dévasté par l’explosion de 2020, réconfortant les survivants ainsi que les familles des victimes. Dans la ville libanaise, il a également célébré la «mini JMJ» à Bkerké avec 15 000 jeunes du Liban et de tout le Proche-Orient. Léon XIV a rencontré les patriarches et représentants des Églises chrétiennes ainsi que des responsables d’autres religions, priant avec eux pour la paix. Ce fut une occasion pour le Pape d’exhorter enfin les parties en conflit à déposer les armes.
La rencontre avec les souverains britanniques
Avant ce voyage international, le 20 novembre, le Pape Léon XIV avait effectué sa première visite en Italie, à Assise, à l’occasion de la clôture de l’assemblée générale de la Conférence épiscopale italienne. Dans la cité ombrienne, le Souverain pontife s’est recueilli devant la tombe de saint François, lui confiant le destin de l’humanité et de la Création. L’engagement en faveur de la sauvegarde de la Maison commune a également été réaffirmé par le Pape lors du moment historique vécu avec les souverains britanniques Charles Ier et Camilla, dans la matinée du 23 octobre, à la chapelle Sixtine, où s’est déroulée une célébration pour louer le Créateur. Un événement qui a renforcé le dialogue et le chemin vers l’unité.
Nominations et actions de gouvernement
L’année 2025 du Pape Léon XIV a aussi été marquée par les premières nominations internes importantes (Mgr Filippo Iannone, préfet du dicastère pour les Évêques; le père augustinien Edward Daniang Daleng, vice-régent de la Préfecture de la Maison pontificale; Mgr Anthony Onyemuche Ekpo, assesseur de la Secrétairerie d’État), ainsi que par la nomination des archevêques de New York, Ronald Hicks, et de Westminster, Charles Phillip Richard Moth.
Par des motu proprio, des rescrits et des chirographes, Léon XIV a ainsi réformé la gestion financière du Vatican, retirant à l’IOR l’exclusivité des investissements et introduisant une «responsabilité partagée» avec l’APSA; il a rétabli le Secteur central du diocèse de Rome; publié le nouveau Règlement de la Curie romaine; promu l’accueil des personnes en situation de handicap au sein de la communauté de travail du Saint-Siège; et supprimé la Commission pour les dons au Saint-Siège, instituée moins de dix mois auparavant.
Vers 2026
Léon XIV reste ce Pape actif et engagé dans l’action gouvernementale, en plus des centaines d’audiences publiques et privées et de toutes les célébrations jubilaires dédiées aux travailleurs, aux professionnels de la santé, aux diplomates, aux mouvements et réalités ecclésiales, aux éducateurs, aux catéchistes, aux évêques, aux prêtres, aux sportifs et, en dernier lieu, le 14 décembre, aux détenus, au cours duquel il a réitéré son appel aux gouvernements à accorder l’amnistie ou la grâce en ces derniers instants du Jubilé.
Un Jubilé qui s’achèvera le 6 janvier 2026, avec la fermeture de la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre. Les trois autres basiliques papales ont déjà fermé leur Porte Sainte: Sainte-Marie-Majeure le 25 décembre, Saint-Jean-de-Latran le 27, Saint-Paul-hors-les-Murs le 28. En la solennité de l’Épiphanie se déroulera donc l’acte final de l’Année Sainte, suivi d’un autre rendez-vous important pour l’Église et pour le pontificat: le consistoire extraordinaire convoqué pour les 7 et 8 janvier. Deux journées de réflexion et de prière destinées à offrir «soutien et conseil» au Pape, dans le cadre de la gouvernance de l’Église universelle, orientée vers l’écoute, la synodalité et l’unité de l’Église, en dépassant toute polarisation.
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