Le Pape souhaite que la Curie romaine soit toujours plus missionnaire
Fabrice Bagendekere, SJ – Cité du Vatican
C'est le premier rendez-vous du pontife avec les institutions administratives du Saint-Siège. Cette cérémonie annuelle avec la Curie est un moment fort de réflexion spirituelle où le Pape fixe parfois les priorités de l’Église. À cette première occasion, Léon XIV a tout d’abord voulu rappeler la «voix prophétique» de son prédécesseur, le Pape François, en soulignant «son style pastoral et son riche magistère» qui ont marqué le cheminement de l’Église ces dernières années, «nous encourageant surtout à remettre la miséricorde de Dieu au centre, à donner un nouvel élan à l’évangélisation et à être une Église joyeuse et accueillante envers tous, attentive aux plus pauvres». De là, il a élaboré une méditation sur la mission et la communion, s’inspirant de l’exhortation apostolique [ Evangelii gaudium du défunt Pape.
L’essence missionnaire de l’Eglise
Concernant le premier aspect, la mission, Léon XIV a rappelé que «l’Église est par nature extravertie, tournée vers le monde, missionnaire». Il a expliqué qu’ayant reçu du Christ «le don de l’Esprit pour porter à tous la bonne nouvelle de l’amour de Dieu», et devant ainsi «signe vivant de cet amour divin pour l’humanité», l’Église existe pour «inviter, appeler, rassembler au banquet festif que le Seigneur prépare pour nous, afin que chacun puisse se découvrir fils aimé, frère de son prochain, homme nouveau à l’image du Christ et, par conséquent, témoin de la vérité, de la justice et de la paix».
Il a souligné à ce propos que l'exhortation Evangelii gaudium nous encourage à «progresser dans la transformation missionnaire de l’Église, qui puise sa force inépuisable dans le mandat du Christ ressuscité». Une charge dans laquelle «sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église», a noté le Pape, indiquant que nous sommes tous appelés à cette «nouvelle “sortie” missionnaire».
La mission messianique, un critère de discernement pour l’Église
Poursuivant, le Saint-Père a mis en évidence l’origine divine de la mission, indiquant que «la mission a commencé au cœur de la Très Sainte Trinité». C’est Dieu qui, le premier «s’est mis en route vers nous et, dans le Christ, est venu nous chercher», a affirmé le Pape. D’où, pour lui, «la mission de Jésus sur terre, prolongée dans l’Esprit Saint dans celle de l’Église», doit être «un critère de discernement pour notre vie, pour notre cheminement de foi, pour nos pratiques ecclésiales, ainsi que pour le service que nous accomplissons au sein de la Curie romaine».
«Les structures ne doivent pas alourdir, ralentir la course de l’Évangile ou entraver le dynamisme de l’évangélisation; au contraire, nous devons ‘faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires’», a insisté le Vicaire du Christ.
La mission au cœur du travail de la Curie romaine
Le Saint-Père s’est ensuite directement adressé à la Curie romaine, insistant sur «la coresponsabilité baptismale» par laquelle «nous sommes (…) tous appelés à participer à la mission du Christ». Sur ce, il a indiqué que le travail de la Curie doit «être animé par cet esprit et promouvoir la sollicitude pastorale au service des Églises particulières et de leurs pasteurs».
«Nous avons besoin d'une Curie romaine toujours plus missionnaire, dont les institutions, les bureaux et les tâches soient conçus en tenant compte des grands défis ecclésiaux, pastoraux et sociaux d'aujourd'hui, et non pas uniquement pour assurer l'administration ordinaire», a insisté le Pape.
Corrélation entre mission et communion
À propos du deuxième aspect, la communion, Léon XIV a en premier lieu mis en évidence la corrélation qui existe entre elle et la mission, montrant que «le mystère de Noël, tout en célébrant la mission du Fils de Dieu parmi nous, en contemple également le but: Dieu a réconcilié le monde avec Lui par le Christ et, en Lui, il a fait de nous ses fils» et donc «frères et sœurs entre nous».
«L’amour du Père, que Jésus incarne et manifeste dans ses gestes de libération et dans sa prédication, nous rend capables, dans l’Esprit Saint, d’être le signe d’une nouvelle humanité, non plus fondée sur la logique de l’égoïsme et de l’individualisme, mais sur l’amour mutuel et la solidarité réciproque», a insisté le Pape soulignant qu’ «il s'agit là d’une tâche urgente ad intra et ad extra».
Conjuguer nos différences «in Illo».
Se focalisant sur la dimension interne de cette entente, le Pape a indiqué que «la communion dans l’Église reste toujours un défi qui nous appelle à la conversion». «Parfois, derrière une tranquillité apparente, s’agitent les fantômes de la division», s’est-il indigné, faisant constater que ceux-ci «font tomber dans la tentation d’osciller entre deux extrêmes opposés: tout uniformiser sans valoriser les différences ou, au contraire, exacerber les diversités et les points de vue, plutôt que de rechercher la communion», avec le risque d’«être victimes de la rigidité ou de l’idéologie, avec les oppositions qui en découlent».
En revanche, le Saint-Père a rappelé que «nous sommes (…) l’Église du Christ, nous sommes ses membres, son corps. Nous sommes frères et sœurs en Lui» et que «dans le Christ, bien que nous soyons nombreux et différents, nous sommes une seule chose: In Illo uno unum» (En Celui qui est Un, soyons un, ndlr).
Être des bâtisseurs de la communion
Poursuivant, le Saint-Père a rappelé aux représentants de la Curie leur mission d’«être des bâtisseurs de la communion du Christ», indiquant que celle-ci «demande à prendre forme dans une Église synodale, où tous collaborent et coopèrent à la même mission, chacun selon son charisme et le rôle qui lui a été confié». «Cela se construit, plus qu’avec les mots et les documents, par des gestes et des attitudes concrètes qui doivent se manifester dans notre quotidien, y compris dans le domaine professionnel», a-t-il insisté.
À ce propos, le Pape a exprimé son amertume, et celui de beaucoup de gens qui, «après avoir passé de nombreuses années au service de la Curie», constatent «avec déception» que «certaines dynamiques liées à l'exercice du pouvoir, à la soif de domination, à la défense de ses propres intérêts, ne changent pas facilement», invitant les membres de la Curie à «tisser des relations de fraternité amicale».
«Dans la fatigue quotidienne, il est beau de trouver des amis en qui nous pouvons avoir confiance, lorsque les masques et les subterfuges tombent, lorsque les personnes ne sont pas utilisées ni ignorées, lorsque l'on s'entraide, lorsque l’on reconnaît à chacun sa valeur et ses compétences, et que l'on évite de générer des insatisfactions et des rancœurs», a insisté le Souverain pontife.
Être un levain de la fraternité universelle
Léon XIV a par ailleurs appelé la Curie romaine et l’Église en général, à «être dans le Christ un levain de fraternité universelle, entre peuples différents, religions différentes, entre femmes et hommes de toutes langues et cultures», en faisant «briller dans le monde la lumière de la communion». «Nous ne sommes pas de petits jardiniers occupés à cultiver leur jardin, mais des disciples et des témoins du Royaume de Dieu», a expliqué le Pape, soulignant que «la Nativité du Seigneur apporte avec elle le don de la paix et nous invite à en devenir le signe prophétique dans un contexte humain et culturel trop fragmenté», «un monde blessé par les discordes, les violences et les conflits, où l’on assiste à une montée de l'agressivité et de la colère, souvent instrumentalisées par le monde numérique et la politique».
Témoigner d’une vie authentiquement chrétienne
Et pour conclure, le Souverain pontife a évoqué le cinquantième anniversaire de la promulgation par saint Paul VI de l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, rédigée après la troisième assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Léon XIV a rappelé deux réalités soulignées par le texte: le fait que «toute l’Église reçoit mission d’évangéliser, et [que] l’œuvre de chacun est importante pour le tout», et la conviction que «le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre mais également donnée au prochain avec un zèle sans limite, est le premier moyen d’évangélisation».
Léon XIV a invité les membres de la Curie à se souvenir de ce double appel «dans notre service curial», montrant que «le travail de chacun est important pour l’ensemble et le témoignage d’une vie chrétienne, qui s’exprime dans la communion, est le premier et le plus grand service que nous puissions offrir».
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