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Action de sensibilisation contre Ebola auprès des commerçants à Goma, le 29 mai 2026. Action de sensibilisation contre Ebola auprès des commerçants à Goma, le 29 mai 2026.   (AFP or licensors)

En RDC, les écoles catholiques préparent la rentrée sous la menace d'Ebola

Entre protocole sanitaire renforcé, insécurité chronique et espoir suscité par les essais vaccinaux, le réseau scolaire catholique de l'Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo, s'organise pour que la jeunesse de Bunia ne perde pas une année scolaire. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie actuelle se propage plus rapidement que toutes les épidémies précédentes, avec un bilan provisoire de 4 449 cas confirmés et 2 061 décès.

Severin Moussavou - Cité du Vatican

Le ministère congolais de l'Éducation nationale a rendu officiel le calendrier de l'année scolaire 2026-2027: la rentrée aura lieu sur toute l'étendue du territoire national le mardi 1er septembre. Dans le diocèse de Bunia, en Ituri, cette rentrée se prépare toutefois dans un contexte particulièrement éprouvant, marqué par la 17e épidémie d'Ebola que traverse le pays. Sollicité par les médias du Vatican, l'abbé Willy-Rogatien Dzaringa, coordinateur diocésain des écoles conventionnées catholiques de Bunia, détaille les mesures mises en place pour que les élèves puissent reprendre le chemin de l'école en toute sécurité.

Un protocole sanitaire renforcé, mais des moyens insuffisants

«Les écoles catholiques du diocèse de Bunia, que nous gérons comme toutes les autres, se préparent effectivement à ouvrir leurs portes à cette date», assure l'abbé Dzaringa. Le protocole prévu s'appuie sur le renforcement des mesures barrières, la sensibilisation «de tous les acteurs de l'éducation et de l'apprentissage», ainsi qu'une «supervision assez rigoureuse». Concrètement, il s'agira de «redynamiser et de multiplier les dispositifs de lavage des mains dans toutes les écoles», et d'équiper chaque établissement d'un thermomètre laser, plus connu sous le nom de thermoflash. Des «points focaux», mis en place dans chaque école dès la fin de l'année scolaire précédente, doivent par ailleurs garantir «une remontée quotidienne des informations sanitaires».

Le coordinateur diocésain ne cache toutefois pas les limites de ce système. «Les financements pour ces dispositifs de lavage des mains, et surtout pour le Thermoflash (thermomètre frontal, ndlr), sont très insuffisants» déplore-t-il. Si certains établissements disposent déjà de matériel, reçu notamment grâce à des dons de partenaires humanitaires, «leur nombre est loin de couvrir les besoins réels des écoles, en particulier dans les zones rurales». 

Rassurer les familles, paroisses par paroisse

Au-delà du seul volet sanitaire, l'enjeu est aussi celui de la confiance des parents. «Nous cherchons déjà, en ce moment, à rassurer les parents, en leur donnant des informations claires sur les dispositions que nous prenons dans les écoles pour la sécurité de leurs enfants face à l'épidémie du virus Ebola», explique l'abbé Dzaringa. Cette sensibilisation s'appuie notamment sur l'Association des parents des écoles catholiques (APEC), qui relaie les messages «au niveau des différents comités scolaires des parents», ainsi que sur les paroisses où sont implantées les écoles, la radio diocésaine et d'autres médias locaux.

Une insécurité chronique, aggravée par l'épidémie

À cette crise sanitaire s'ajoute une réalité plus ancienne. «L'insécurité, créée avec les différentes vagues de violence que nous avons connues, a déjà déstabilisé les écoles depuis environ huit ans», rappelle le coordinateur diocésain, situant l'origine de la crise autour de 2018. Chaque année, la coordination diocésaine des écoles catholiques s'efforce d'intégrer les enfants déplacés par ces violences, une tâche décrite comme «très ardue». «À chaque fois que nous parvenons à intégrer un nombre plus ou moins important de ces enfants dans notre système scolaire, de nouveaux épisodes de violence surgissent et déplacent à nouveau des élèves» explique-t-il.

Malgré cette double difficulté, insécurité chronique et épidémie, l'abbé Dzaringa affirme la volonté de poursuivre cet accueil. «Nous pensons continuer à inscrire ces élèves dans nos écoles, qui ont la capacité d'offrir cet accueil, tout en observant les mesures sanitaires qui s'imposent en ce moment» assure-t-il. Le diocèse entend également «faire fonctionner les écoles déplacées et les infrastructures scolaires qui peuvent les accueillir, pour une reprise plus rapide».

Une formation des enseignants engagée depuis plus d'un an

Sur le terrain de la prévention, la formation des enseignants et des autres acteurs éducatifs «ne part pas de zéro», précise le coordinateur diocésain. Elle a débuté dès mai et juin de l'année précédente, «alors qu'étaient déjà perceptibles les premiers signes de cette épidémie», et se poursuit y compris pendant les vacances scolaires. Elle s'appuie sur du matériel concret — thermoflashs, thermomètres — mais aussi sur la diffusion d'informations via affiches, émissions et spots radiodiffusés. Le diocèse compte, pour cela, sur l'appui de la Caritas diocésaine, en particulier son Bureau des Œuvres médicales, et de ses partenaires.

L'espoir suscité par les essais vaccinaux

Interrogé sur les essais cliniques en cours contre la souche Bundibugyo, l'abbé Dzaringa est catégorique: «Ces campagnes de vaccination suscitent effectivement un grand espoir pour toute la population de la province de l'Ituri, déjà gravement touchée par cette épidémie.» La communauté scolaire, comme l'ensemble de la population, «demande de toutes ses voix que les résultats de ces campagnes de vaccination permettent de maîtriser efficacement l'expansion de cette épidémie, qui a déjà fait de très nombreuses victimes».

Un appel pressant à la communauté internationale

Le coordinateur diocésain revient enfin sur la chronologie de la crise. Après la déclaration de la 17e épidémie d'Ebola par le gouvernement congolais le 15 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a proclamé, deux jours plus tard, une urgence de santé publique de portée internationale. «Plus de deux mois après cette déclaration, nous assistons à de nombreuses mobilisations», constate-t-il, évoquant «beaucoup d'agitation» aussi bien du côté des autorités congolaises que des partenaires humanitaires internationaux. Mais «la bonne coordination, je pourrais dire la bonne centralisation, de ces différentes actions pour obtenir des résultats palpables et efficaces sur le terrain, voilà ce qui, malheureusement, n'est pas encore vraiment au rendez-vous».

Il rappelle que le ministre congolais de la Santé s'est rendu au moins trois fois à Bunia, tout comme d'autres membres du gouvernement, dont la Première ministre elle-même. «À chaque fois, dans les discours, ils ont annoncé que des millions de dollars avaient été mobilisés pour la riposte contre cette épidémie», note l'abbé Dzaringa. «Mais, concrètement, les choses ne semblent pas encore avancer, et les gens continuent de mourir en grand nombre

Son appel final s'adresse autant à l'OMS qu'au gouvernement congolais et aux partenaires humanitaires internationaux, dont l'UNICEF: «Il faut renforcer les efforts pour gérer et mettre fin effectivement à cette épidémie. Je crois que c'est cela qui pourrait sauver l'année scolaire 2026-2027 pour la jeunesse de Bunia.» Mercredi 12 août, le directeur du programme d'alerte et de réponse d'urgence de l'OMS a indiqué oeuvrer pour renverser la tendance de propagation du virus d'ici trois mois.

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13 août 2026, 12:07