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Des manifestants antigouvernementaux à Antananarivo, la capitale malgache. Des manifestants antigouvernementaux à Antananarivo, la capitale malgache.   (ANSA)

Vague d'enlèvements à Madagascar, l’Église exige des enquêtes transparentes

Les disparitions persistantes depuis fin juin plongent les populations malgaches dans la psychose et attisent leur colère dans ce pays déjà confronté à des défis politiques et des difficultés économiques. Au moins 200 cas de disparitions ont été recensés depuis janvier et six meurtres. Les évêques catholiques réclament «la vérité et que la lumière soit faite». «Les gens ont peur de sortir de leur maison», témoigne le père Séraphin, secrétaire de coordination de la Conférence épiscopale.

Entretien réalisé par Myriam Sandouno - Cité du Vatican

«Le phénomène est vraiment catastrophique. Ces disparitions et enlèvements qui se succèdent ont énormément surpris. L'ampleur de tous ces phénomènes est vraiment inédite, et cela provoque une psychose généralisée dans la capitale et ses environs». La situation actuelle que vit Madagascar est ainsi décrite par le père Séraphin Rafanomezantsoa, secrétaire de coordination de la Conférence épiscopale du pays. Depuis le début de l’année, près de 200 cas de disparitions ont été recensés selon les autorités; 175 personnes ont déjà été retrouvées, 6 sont mortes et 19 autres sont toujours recherchées.

Journée de deuil national

Dans cette affaire qui fait la une des réseaux sociaux depuis plusieurs semaines, 11 suspects ont été placés en détention préventive. En hommage aux victimes décédées, une journée de deuil a été décrétée ce vendredi 24 juillet par les autorités malgaches. Face à la multiplication des disparitions mystérieuses, le gouvernement a également pris la décision de mettre en place une «task force» anti-kidnapping.

L'attente des résultats et une crise de confiance

«La situation est devenue de plus en plus compliquée. Les autorités évoquent une possible instrumentalisation, une stratégie visant à ternir l'image de stabilité du pays à l'international», tandis que «les citoyens réclament des résultats tangibles au-delà des annonces de crise», fait remarquer le père Séraphin, évoquant ensuite une «crise de confiance entre le gouvernement et les citoyens».

«Malgré les arrestations sporadiques et les renforcements des patrouilles par les forces de l'ordre, l'opinion publique doute toujours que les véritables commanditaires soient réellement inquiétés». Les populations attendent des résultats pour leur sécurité, insiste le prêtre malgache. «Qui se cache derrière toutes ces choses? et pourquoi?» Tout comme le père Séraphin, de nombreux Malgaches se posent «ces questions qui malheureusement sont sans réponses», suscitant davantage une certaine méfiance.

Entretien avec le père Séraphin Rafanomezantsoa, secrétaire de coordination de la Conférence épiscopale de Madagascar

L'Église catholique exige des «enquêtes transparentes»

Dans un message rendu public mi-juillet, la Conférence épiscopale malgache réclame des «enquêtes transparentes». Reconnaissant «les efforts que vous déployez déjà face à la souffrance de la population», les évêques souhaitent que «les actes puissent l’emporter sur les paroles, sous peine de vous laisser détourner de votre objectif. Que la vérité sur la cause réelle de cette horreur soit faite, afin qu’elle ne tombe pas dans l’oubli, comme c’est si souvent le cas», écrivent-ils.

Dans la note, la Conférence épiscopale adresse ses condoléances, et «exprime sa solidarité à ceux qui ont perdu des proches et des enfants dans cette atrocité sans précédent. De nombreux citoyens se retrouvent désemparés, en particulier les plus vulnérables qui n’ont personne vers qui se tourner». Ces enlèvements ciblaient au début des enfants, raconte Mbolatiana Raveloarimisa, membre de la société civile.

Le meurtre d'une fillette

Mais, depuis ces trois dernières semaines, «des adultes bien portants en sont également victimes, et on retrouve des corps ici et là, sans que des informations précises et fiables soient vraiment partagées par les autorités». La militante des droits des femmes évoque ensuite le cas de la petite Larissa âgée de 11 ans «qui a fait vraiment trembler toute la nation». «Disparue au mois d’avril dernier, le corps sans vie de l’enfant a été retrouvé dans les toilettes publiques». Le meurtre de la fillette a bouleversé la ville d’Ambositra et révolté la population.

L'appel à la défense de la vie

«L'Eglise ne peut se taire face à la dignité de la vie humaine bafouée», soutient le père Séraphin: «Il faut défendre la vie coûte que coûte, il ne faut jamais la sacrifier au nom des intérêts quelle que soit la situation». Dans leur message, les évêques malgaches invitent les citoyens à ne pas céder à la violence. Face à cette crise, les populations exaspérées se rendent justice et la confusion s’installe.

Entretien avec Mbolatiana Raveloarimisa membre de la société civile et militante des droits des femmes

Mbolatiana Raveloarimisa, mère d'un enfant autiste qui fait des crises parfois dans la rue raconte: «On nous a rapporté un cas où une maman et son enfant autiste étaient dans la rue. Son fils a fait une crise. Et donc, quand les enfants autistes font des crises, vous savez, ça crie, ça s'agite vraiment; et les gens qui étaient aux alentours allaient appréhender la maman, parce qu'ils pensaient que c'était une femme qui s’adonnait à un acte d'enlèvement d’une autre personne». Heureusement, poursuit-elle, «il y avait le chauffeur taxi-moto qui les connaissait et qui les a aidés à s'échapper». Pour elle, «il est possible, fort probable qu'il y ait des innocents qui pourraient être tués dans ce genre de situation, ce qui pourrait vraiment gâcher des vies d'innocents».

L’Église de Madagascar espère un retour calme, affirme le père Séraphin. «Les gens ont vraiment peur de sortir de leurs maisons, et ceux qui sortent rentrent aussi assez tôt la journée. La situation a aussi occasionné une perte économique extrêmement importante», déplore le secrétaire de coordination de la Conférence épiscopale de Madagascar.


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25 juillet 2026, 14:24