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Image d’illustration. Image d’illustration.  (REUTERS)

SentinAI, l’intelligence artificielle au service de la paix

Développée par l’entrepreneur français Pierre Winicki, cette application permet de détecter les signaux faibles de tensions entre groupes et individus et de mieux travailler sur la médiation et l’éducation à la paix. Un premier test a lieu fin juin à Buea dans l’une des provinces anglophones du Cameroun.

Olivier Bonnel - Cité du Vatican

Pour comprendre la démarche de SentinAI, il faut la relier à la Maison de la confiance pour la paix, une structure dont le lancement a eu lieu lors de la visite de Léon XIV à Yaoundé au mois d’avril dernier. Abrité par l’UCAC, l’Université Catholique d’Afrique centrale, que le Saint-Père a visité lors de sa venue dans la capitale camerounaise, ce centre travaille à éduquer, à préserver la paix et à désamorcer les conflits. C’est l’entrepreneur français Pierre Winicki qui est à l’origine de cette initiative, lui qui a fondé TrustInside, une société qui forme les entreprises à faire de la confiance un outil décisionnel. En développant le projet de travailler à la paix dans les régions indépendantistes du Cameroun, s’est posée la question de développer un outil technologique au service de cette tâche, et l’intelligence artificielle est l’un d’entre eux.

«Tout le défi de la prévention des conflits, c'est d'en détecter les racines, les signaux faibles au plus près du terrain, explique Pierre Winicki,  les expressions d'intolérance ou de violence, qui peuvent paraître banales, mais qui peuvent générer progressivement des discours de haine, notamment sur les réseaux sociaux». «SentinAI, poursuit l’entrepreneur a été développé pour prévenir les conflits, réduire leur intensité lorsqu'ils éclatent et empêcher leur résurgence».

Une première expérience prometteuse

Du 24 au 26 juin, une première session de formation des «praticiens de la confiance» a eu lieu à Buea, au Sud-ouest du Cameroun, dans l’une des deux provinces anglophones du pays déchirées par les tensions séparatistes. «On a demandé à l’IA de créer un modèle avec des cas pratiques, à partir de ce que l'utilisateur a observé sur le terrain et qui est source potentiellement de conflictualité ou de violence» explique Pierre Winicki. SentinAI est basé sur un cadre éthique fourni par les racines de la confiance, développées par TrustInside. «Quelles sont les peurs, les croyances, l'héritage culturel, l'histoire, les lois, les normes, les traditions? Ce sont autant d’éléments que nous prenons en compte» précise l’entrepreneur.

SentinAI est encore en construction et devrait à terme se présenter sous forme d’application, mais les premiers résultats semblent prometteurs. Adamu Mohamed Awal, jeune directeur de D2R Transformer, un forum qui développe notamment des programmes pour lutter contre les discours de haine dans les régions séparatistes du Cameroun a été le premier à tester l’IA. Ce jeune Peul originaire de Bamenda a travaillé sur un cas pratique de différend entre agriculteurs et éleveurs dans le nord-ouest du pays. «Plutôt que de se limiter aux problèmes visibles, l’outil a mis en lumière les causes sous-jacentes avec une clarté remarquable», se félicite-t-il. Selon Adamu Mohamed Awal, «SentinAI a le potentiel de transformer la manière dont les acteurs diagnostiquent et résolvent leurs conflits».

Les résultats de cette première session de formation ont été présentés par le père Thomas Bienvenu Tchoungui, le recteur de l’UCAC. «SentinAI est un outil merveilleux qui constitue l’illustration concrète d’un usage éthique de l’intelligence artificielle au service de l’humanité, avec discernement, pour la paix et le vivre ensemble», s’est-il félicité. En attendant que l’outil que fasse florès, ses concepteurs espèrent le mettre dans les mains de prêtres, d’imams, de chefs traditionnels, mais aussi des responsables associatifs locaux de la jeunesse ou d'autres. Ceux qui ont à cœur d’œuvrer à désamorcer toute forme de conflit.

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10 juillet 2026, 08:44