Pour les évêques albanais, le développement doit tenir compte de l’environnement
Vatican News
En Albanie, la contestation ne faiblit pas, deux mois après le début des manifestations contre un projet touristique de luxe lié à l’homme d’affaires Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, prévu sur l’île de Sazan et dans la zone protégée de Zvërnec, dans la lagune de Narta, connue pour la présence de flamants roses.
Chaque soir, dans la capitale, Tirana, on assiste à des défilés ou à des rassemblements permanents composés principalement de jeunes, devenus désormais le véritable moteur de ce qu’on appelle la «Révolution des flamants roses»; un mouvement qui ne concerne plus uniquement les questions de construction et d’environnement, mais qui s’est transformé en une contestation contre la corruption, le manque de transparence dans les investissements stratégiques, l’émigration des jeunes et le dépeuplement du pays qui en résulte. Jeudi 23 juillet, devant le siège du Parlement, certains manifestants ont affronté la police, et plusieurs personnes ont été blessées.
Le Premier ministre albanais, Edi Rama, a défendu avec fermeté ce projet dans diverses déclarations, le qualifiant d’étape importante pour faire de l’Albanie une destination touristique de niveau mondial et assurant que les infrastructures touristiques seront construites dans le respect des normes environnementales européennes.
Les craintes des évêques
Les évêques albanais continuent de suivre attentivement ce qui se passe dans le pays. Dans un communiqué publié en juin dernier, la Conférence épiscopale avait expliqué que «tout développement dans le pays doit tenir compte de la protection de l’environnement, ainsi que du respect de la propriété d’autrui». Le Pape François, dans son encyclique Laudato si’, affirmait que «L’évaluation de l’impact environnemental des entreprises et des projets nécessite des processus politiques transparents et ouverts au dialogue, tandis que la corruption, qui dissimule le véritable impact environnemental d’un projet en échange de faveurs, conduit souvent à des accords opaques qui contournent l’obligation d’information et un débat approfondi.» En ce sens, les évêques demandent que l’évaluation, la consultation et la participation des communautés locales vivant sur place et des organismes chargés de la protection de l’environnement ne soient pas négligées: «Pour nous, c’est ce qu’on appelle le développement intégral, qui doit prendre en compte toutes les dimensions de la vie humaine, tant individuelles que communautaires».
À l’écoute du peuple
La Conférence épiscopale avait également souligné que la participation de nombreux jeunes et familles aux manifestations témoignait d’un mécontentement vis-à-vis du système politique actuel: «L’Église n’a pas pour mission de trouver des solutions, mais d’orienter les consciences. Nous sommes convaincus que la voix du peuple doit être entendue et prise en considération. Il appartient à la classe politique de trouver des solutions dans le cadre politique et démocratique. Telles sont les règles de la démocratie européenne à laquelle nous aspirons. La voix des nombreuses personnes dont le seul objectif est le bien-être de leur famille et de la société, et qui expriment leur mécontentement face aux actions ou aux omissions des responsables politiques, ne peut être ignorée.»
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