Contribuer à l’apaisement au Moyen-Orient, la mission de l'ambassadeur de France
Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican
Initiant sa mission auprès du Saint-Siège, la première mission diplomatique de sa carrière, Charles Personnaz a présenté ses lettres de créance au Pape Léon XIV vendredi 5 juin. Ce haut fonctionnaire, jusque-là directeur de l’Institut national du patrimoine, et qui conservera ses fonctions de président du Fonds de concours pour les écoles francophones du Moyen-Orient, arrive à Rome dans un contexte trouble pour les populations du Moyen-Orient.
L’une de ses missions sera «de maintenir ce dialogue et de l'enrichir entre la France et le Saint-Siège. Parce que la France et le Saint-Siège sont deux pôles de raison, de lieu où l'on cherche les voies et moyens d'apaisement de cette situation internationale, pour essayer de trouver des moyens d'arriver à davantage de paix ou au moins de dialogue entre les peuples», confie Charles Personnaz à l’occasion d’un entretien accordé aux médias du Vatican.
Les chrétiens d’Orient
Engagé en matière d’éducation à travers le Fonds qu’il préside, créé en 2020 par le chef de l’État Emmanuel Macron, et auprès de l’association L’Œuvre d’Orient en soutien aux communauté chrétiennes orientales, Charles Personnaz connait parfaitement la réalité et la complexité du terrain. Interrogé sur l’ampleur de l’exode des chrétiens au fil des guerres qui malheureusement se succèdent, que ce soit en Irak, en Syrie, dans les Territoires palestiniens ou au Liban, il ne dissimule pas une certaine inquiétude. «Il faut s'inquiéter. Je crois que pour autant, les choses ne sont pas écrites que l'on constate dans ces communautés des forces vives, certes affaiblies», dit-il sans tomber cependant dans la résignation.
«Ces forces sont affaiblies, mais elles existent. Le tissu des écoles, le tissu des œuvres sociales perdure et je crois que c'est là-dessus que, non seulement les chrétiens, mais même les sociétés dans lesquelles ils vivent, doivent s'appuyer pour bâtir la suite». Dans ce contexte de tension, «il est évident que la crise du Liban comporte un enjeu extrêmement important, parce que le Liban reste pour les chrétiens de l'ensemble de la région comme un point de repère et donc l'avenir du Liban dépend aussi l'espérance de l'ensemble des communautés chrétiennes du Proche-Orient».
Le rôle de la communauté internationale
Dans le conflit qui oppose Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban, les pays occidentaux semblent avoir du mal à intervenir. La France a demandé au conseil de sécurité des Nations unies de se saisir de l’avancée militaire israélienne dans le sud du Liban. Pour le nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège, «c’est de l’unité libanaise que surgira aussi une partie de la solution» et il est donc important que la communauté internationale reste mobilisée. «Je pense que chacun regarde vers l’autre. La communauté internationale regarde la communauté nationale et inversement. Et en fait, il faut que les deux arrivent à converger. Et ça, je crois que c'est l'enjeu le plus, le plus difficile aujourd'hui.»
Les conditions à la paix
Si l’on veut construire un avenir de paix pour le Moyen-Orient et favoriser le retour des centaines de milliers de chrétiens partis chercher des conditions de vie meilleure à l’étranger, Charles Personnaz estime à au moins trois les conditions essentielles à remplir. Premièrement, rétablir un climat de sécurité, «revenir à un apaisement dans la région, mettre tout le poids politique possible et appuyer toutes les initiatives qui vont dans ce sens-là». Ensuite, garantir des conditions économiques acceptables pour que les communautés, «chrétiens comme musulmans», ne se sentent plus contrainte de risquer la route de l’exil. En troisième lieu, développer les œuvres sociales et l’éducation.
Listée en troisième position par Charles Personnaz, l’éducation est loin d’être la dernière priorité. Le président du Fonds des écoles d’orient l’affirme, «l’éducation est une voie fondamentale. Au Moyen-Orient, on sait très bien que beaucoup de pays tiennent grâce à leur réseau scolaire et malgré les crises, les écoles continuent à fonctionner». Dans les près de 200 écoles et les six universités soutenues par le Fonds des écoles d’orient, chrétiens et musulmans «grandissent côte à côte».
Les enfants bâtissent les fondements du vivre ensemble «en jouant dans la cour, en apprenant côte à côte, en ayant des bonnes et des mauvaises notes ensemble». Et de poursuivre: «tous nos amis musulmans et tous nos amis chrétiens qui sont passés par ces écoles le disent des années après. C'est là où ils ont découvert qu’ils pouvaient parler ensemble, qu’ils pouvaient vivre ensemble».
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