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L'intérieur endommagé du palais historique du Golestan à Téhéran, 4 avril 2026. L'intérieur endommagé du palais historique du Golestan à Téhéran, 4 avril 2026.  (AFP or licensors)

Guerre au Moyen-Orient: l’Unesco alerte sur les dégâts subis par le patrimoine culturel

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) se dit «profondément préoccupée» par les conséquences de l’escalade des hostilités au Moyen-Orient sur le patrimoine culturel de la région. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, la directrice de l'entité Cultures et situations d'urgence au siège de l'Unesco à Paris, explique que «la guerre ne touche pas seulement les vies humaines, mais aussi le secteur de la culture et les sites de patrimoine».

Augustine Asta - Cité du Vatican

Cela fait 78 jours exactement ce samedi 16 mai que la guerre au Moyen-Orient fait rage. Depuis le début de l'offensive lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran, le bilan humain s'est rapidement élargi au-delà des frontières du pays, atteignant plusieurs milliers de morts. Outre le bilan humain, l'une des victimes collatérales d’un conflit étendu aux pays de la région est le patrimoine culturel. «Cette guerre ne touche pas seulement les vies humaines, mais aussi le secteur de la culture et les sites de patrimoine», souligne Krista Pikkat, directrice de l'entité Cultures et situations d'urgence au siège de l'Unesco à Paris, dans un entretien accordé à Radio Vatican - Vatican news.

Entretien avec Krista Pikkat, directrice de l'entité Cultures et situations d'urgence au siège de l'Unesco à Paris.

Des sites historiques endommagés

Même si l’organisation n’est «pas encore en position d’avoir une vue d’ensemble de la situation», affirme-t-elle, plusieurs sites culturels se trouvant à proximité immédiate des zones frappées en Iran, en Israël, à Jérusalem et en Palestine ont été touchés. À ce stade, l’Unesco affirme avoir confirmé des dommages sur trois biens inscrits au patrimoine mondial. Il s’agit du Palais du Golestan -l'un des sites les plus anciens de la capitale iranienne et qui servait autrefois de résidence à la dynastie Qajar-, situé à Téhéran mais aussi du pavillon de Tchehel Sotoun, composante du Jardin persan, ainsi que du site antique de Tyr au Liban. D’autres biens culturels d’importance nationale ont également subi des dégâts en Iran, notamment le complexe du palais de Saadabad, l’ancien palais du Sénat ainsi qu’une synagogue à Téhéran.

L'intérieur endommagé du palais historique du Golestan.
L'intérieur endommagé du palais historique du Golestan.   (AFP or licensors)

«Notre vérification indépendante repose sur l’analyse d’images satellitaires», précise Krista Pikkat. «Vu la situation de sécurité dans la région, on n’a pas pu se rendre sur place pour faire les vérifications.», ajoute-t-elle, tout en précisant par ailleurs que le nombre réel de sites touchés pourrait être bien supérieur à celui déjà confirmé.

Un patrimoine exceptionnel menacé

La région concernée concentre une part importante du patrimoine mondial. L’Unesco rappelle qu’elle compte 126 sites inscrits au patrimoine mondial et plus de 300 sites figurant sur des listes indicatives nationales, et qui potentiellement pourront être inclus dans la liste du patrimoine mondial. L’organisation onusienne souligne également la richesse du patrimoine immatériel local: traditions, savoir-faire, pratiques culturelles et industries créatives sont également affectés par le conflit.

On aperçoit, à travers un rideau accroché sur une partie de la façade du palais historique du Golestan à Téhéran, un bâtiment endommagé par les récentes frappes, le 4 avril 2026.
On aperçoit, à travers un rideau accroché sur une partie de la façade du palais historique du Golestan à Téhéran, un bâtiment endommagé par les récentes frappes, le 4 avril 2026.   (AFP or licensors)

«Quand les musées sont fermés, quand les artistes ne peuvent pas organiser des performances ou des spectacles, ils sont privés de leurs revenus», explique la responsable de l’Unesco. Elle insiste aussi sur l’impact plus discret mais durable des conflits sur les communautés: «On ne voit pas toujours tout l’impact que peuvent avoir ces crises sur la vie culturelle des populations.» L’Unesco déplore par ailleurs le fait que «17 villes créatives» qui coopèrent avec l'organisation dans la région ont déjà été touchées.

Respecter le droit international

Face à cette situation, l’Unesco rappelle que les biens culturels sont protégés par plusieurs conventions internationales, notamment la Convention de La Haye de 1954 et la Convention du patrimoine mondial de 1972. L’organisation affirme avoir adressé des lettres à Israël, à l’Iran ainsi qu’aux États-Unis afin de rappeler leurs obligations internationales. Les géolocalisations des sites protégés auraient également été transmises aux belligérants afin de limiter les risques de frappes.

Le palais historique du Golestan à Téhéran, endommagé.
Le palais historique du Golestan à Téhéran, endommagé.   (AFP or licensors)

Une action limitée par la situation sécuritaire

Malgré la présence de bureaux régionaux, notamment à Téhéran et à Doha, le travail sur terrain par les équipes de l’Unesco reste fortement contraint par les conditions de sécurité. L’organisation privilégie actuellement les réunions et coordinations à distance avec les autorités et les experts locaux. Une réunion régionale consacrée à la protection du patrimoine dans les pays du Golfe a récemment été organisée en ligne, et une initiative similaire est envisagée pour soutenir les musées iraniens. «Dès que la situation s’améliore, nous avons hâte de pouvoir être plus activement présents au niveau du pays», affirme la directrice de l'entité Cultures et situations d'urgence de l'Unesco.

«Le patrimoine appartient à toute l’humanité»

Au-delà des bâtiments et monuments, l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture assure suivre l’impact du conflit sur les musées, les collections et les pratiques culturelles. «Le secteur de la culture, notre patrimoine, nous appartient à tous, à toute l’humanité, et c’est pour ça qu’il faut l’épargner», conclut Krista Pikkat.

Le palais historique du Golestan à Téhéran.
Le palais historique du Golestan à Téhéran.   (AFP or licensors)

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16 mai 2026, 15:15