Sortie des énergies fossiles: «L’Europe a une responsabilité historique»
Augustine Asta - Cité du Vatican
Au lendemain de la publication du texte exhortant Bruxelles à accélérer la sortie des énergies fossiles et à préserver ses ambitions climatiques, la coordinatrice du Mouvement Laudato Si’ pour la France, explique que «cet appel est né d’une inquiétude face à des reculs identifiés sur les engagements climatiques de l’Union européenne.»
Porté par plus de 130 organisations chrétiennes européennes, l’appel interpelle directement les institutions européennes sur leur responsabilité dans la lutte contre le changement climatique. Parmi les signataires figurent des congrégations religieuses, des ONG catholiques, des centres spirituels et des mouvements de laïcs. «Contrairement à l’impression que l’on peut parfois avoir, il existe un véritable engagement des organisations chrétiennes sur la question de la transition énergétique juste», insiste Anne Doutriaux.
Le texte s’inscrit également, souligne-t-elle, dans le sillage d’un appel publié en mars dernier par des évêques d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, rejoints par des représentants européens et océaniens. Tous plaident pour une sortie rapide des énergies fossiles et une transformation des modes de vie fondée sur la sobriété et la solidarité.
«Il faut mettre fin à toute nouvelle installation fossile conformément à ce que recommande la science», affirme-t-elle. «Mais cette stratégie doit être bâtie de manière à ce que personne ne soit laissé de côté.» Les organisations chrétiennes demandent notamment: la fin des subventions aux énergies fossiles; une stratégie européenne claire de sortie du pétrole et du gaz; un accompagnement social des ménages les plus précaires; des investissements massifs dans l’isolation des bâtiments et les transports et une taxation des superprofits des entreprises fossiles. Selon elle, cette fiscalité permettrait de financer une transition énergétique équitable, notamment dans un contexte de crise énergétique aggravée par les tensions géopolitiques. «On ne peut pas être dans une transition où chacun se débrouille seul pour diminuer son empreinte écologique», souligne la coordinatrice du Mouvement Laudato Si’ pour la France. «Les transformations structurelles ont besoin d’être financées collectivement.»
S’inquiétant particulièrement des évolutions récentes des politiques climatiques européennes, Anne Doutriaux cite notamment l’objectif de réduction des émissions de carbone à horizon 2040: «Formellement, on reste à 90 %, mais désormais 5 % peuvent être compensés par des crédits carbone internationaux. On sent que les ambitions s’affaiblissent peu à peu.» «L’Europe avait un rôle de leader pour ouvrir la voie de la transition. Aujourd’hui, les choses s’effritent de manière insidieuse », regrette-t-elle. «Nous appelons l’Union européenne à garder le cap» car, juge-t-elle, ces reculs risquent d’avoir des conséquences directes sur les droits humains, mais aussi d’alimenter un sentiment de résignation face à la crise climatique.
«Le gaz reste une énergie fossile»
Anne Doutriaux met également en garde contre les stratégies de transition reposant encore sur le gaz. «Le gaz reste une énergie fossile», rappelle-t-elle. «Construire de nouvelles infrastructures gazières, c’est risquer de nous enfermer durablement dans cette dépendance.» Si les organisations reconnaissent que la transition doit être progressive, elles insistent sur la nécessité d’une planification de long terme. «Il ne s’agit pas de basculer du jour au lendemain, mais de construire ensemble une transition cohérente», explique-t-elle.
Au-delà de la technique, «un projet de société»
Pour le Mouvement Laudato Si’ et ses partenaires, la transition climatique ne peut se limiter à un simple remplacement technologique. «Nous ne voulons pas seulement substituer une énergie à une autre», insiste Anne Doutriaux. pour elle la question à se poser est «quel projet de société voulons-nous?» Question à laquelle elle répond en défendant une vision de «sobriété heureuse», inspirée de l’écologie intégrale promue par le Pape François.
«Sortir des fossiles, c’est aussi apprendre à vivre autrement, dans davantage de solidarité et avec moins de gaspillage», ajoute-t-elle. Cette approche entend se démarquer d’une logique purement productiviste ou extractiviste qui reproduirait, selon les signataires, les mêmes injustices sociales et environnementales.
Le rôle des Églises: porter «une espérance»
«Beaucoup pensent qu’il n’est plus possible de changer de modèle», observe Anne Doutriaux. «Nous voulons dire qu’un autre projet est possible.» Elle estime que les Églises ont un devoir particulier d’attention aux populations les plus vulnérables, notamment dans les pays du Sud déjà fortement touchés par les conséquences du dérèglement climatique. «Quand une paroisse aux Philippines témoigne de ce qu’elle vit, cela crée une proximité très forte», souligne-t-elle.
La responsable insiste aussi sur l’importance des gestes quotidiens et des changements de mode de vie. «Le Pape François disait qu’il ne faut pas sous-estimer les petits gestes, car ils contribuent à créer une nouvelle culture», rappelle-t-elle. «Mais il ajoutait aussi que les grands changements nécessitent des décisions internationales fortes.», poursuit-elle.
Une mobilisation appelée à s’élargir
L’appel continue de recueillir de nouvelles signatures. En France, la diversité des organisations et ordres engagés est mise en avant. Jésuites, franciscains, salésiens de Don Bosco, Spiritains, mais aussi la communauté du Chemin Neuf ou encore le CCFD-Terre Solidaire, le Secours Catholique et Église verte sont signataires. «Ce qui est extraordinaire, c’est justement cette diversité», conclut Anne Doutriaux. «Ce n’est pas seulement une mobilisation “écolo”. C’est toute une partie de l’Église qui se mobilise autour de cette question climatique et sociale.»
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