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À Cuba la crise humanitaire «s’aggrave de jour en jour», explique un religieux

Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, le frère Fédy Minoche, fsc, religieux de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, souligne que Cuba, toujours sous blocus américain, traverse une crise sans précédent: effondrement économique, pénurie énergétique et insécurité alimentaire. Dans ce contexte, affirme-t-il, l’Église tente de «semer l'espérance dans le désespoir».

Augustine Asta - Cité du Vatican

Installé depuis dix ans à Santiago de Cuba, le frère haïtien Fédy Minoche, f.s.c., de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, dirige avec sa communauté un centre éducatif qui propose des cours de langues et des formations humaines. Mais au-delà de cette mission éducative, le religieux observe aujourd'hui une dégradation rapide des conditions de vie sur l’île, aggravée par les sanctions américaines.

En effet, outre l’embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane, impose depuis janvier à Cuba un blocus pétrolier, n’ayant autorisé depuis lors l’arrivée que d’un seul pétrolier russe. Le président Donald Trump, a d’ailleurs annoncé, début mai, un renforcement des sanctions américaines contre l'État communiste, qui «continue de représenter une menace extraordinaire» pour la sécurité nationale des États-Unis. 

Une crise qui «s’aggrave de jour en jour»

«Il y a une crise humanitaire qui s’aggrave de jour en jour». «La population vit une situation très, très compliquée», explique le frère Fédy Minoche, f.s.c. Ce lundi 11 mai, la présidente mexicaine a annoncé un nouvel envoi d'aide humanitaire vers le petit état insulaire des caraïbes, secoué par une profonde crise économique et humanitaire.

Les Cubains, précise le religieux au micro des médias du Vatican, font face à une accumulation de pénuries. «Nourriture, gaz propane, médicaments, carburant et électricité manquent quotidiennement. Les coupures de courant paralysent de nombreuses régions du pays», déplore le frère haïtien. Poursuivant: «Il y a des zones qui n’ont même pas d’électricité. Les écoles fonctionnent à moitié, les universités ferment leurs portes et proposent seulement quelques cours en ligne.» Le manque de carburant empêche également les travailleurs et les étudiants de se déplacer. «Les étudiants ne peuvent pas arriver à l’université. Les travailleurs ne peuvent pas rejoindre leur lieu de travail», explique-t-il.

Un grain de sable dans la construction du Règne de Dieu.
Un grain de sable dans la construction du Règne de Dieu.

Impact aux conséquences réelles

Pour le religieux, les sanctions imposées par les États-Unis ont accentué les difficultés économiques déjà existantes. «Les nouvelles sanctions ont aggravé la crise humanitaire», estime-t-il. «Le peu de produits disponibles est vendu à des prix extrêmement élevés. La vie est devenue très chère ici à Cuba.», confie le frère Fédy. Dans les rues de Santiago de Cuba, il affirme voir apparaître des scènes autrefois rares. «On voit beaucoup plus de personnes demander à manger ou un peu d’argent pour acheter du pain. Des gens cherchent de la nourriture dans les déchets. Avant, on ne voyait pas cela», déplore-t-il.

Une jeunesse tournée vers l’exil

Parmi les conséquences les plus visibles de la crise, l’exode massif des jeunes inquiète particulièrement les responsables religieux. Au Centre LaSalle, où les frères accueillent des étudiants, le constat est sans appel. «Presque tous les jeunes veulent quitter le pays», «ils disent qu’il n’y a pas de futur ici. Ils ne se projettent pas dans dix ou quinze ans à Cuba.», raconte le religieux. Le phénomène, poursuit-il, touche notamment les jeunes diplômés et les professionnels qualifiés. «Une grande partie de la population est partie à la recherche d’une vie meilleure ailleurs», détaille le frère Fédy, qui pour illustrer cette fuite des cerveaux, cite l’écrivain et héros national cubain José Martí: «Lorsqu’un peuple émigre, son gouvernement devient superflu.»

Lasallien sans frontières!
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L’Église, au près du peuple cubain

Face à la crise, l’Église catholique est au plus près de la population cubaine. Lors de l'Angélus du 1er février dernier, le Pape Léon XIV avait exprimé sa «grande préoccupation» face aux informations faisant état d'une augmentation des tensions entre Cuba et les États-Unis. Le Souverain pontife avait poursuivi son appel en s’associant au message des évêques cubains, publié samedi 31 janvier, «invitant tous les responsables à promouvoir un dialogue sincère et efficace, afin d'éviter la violence et toute action susceptible d'accroître les souffrances du cher peuple cubain».

Les évêques avaient déclaré que le risque de chaos social et de violence à Cuba était désormais réel et avaient demandé que l'on évite de nouveaux deuils et de nouvelles souffrances, en particulier pour les pauvres, les personnes âgées, les malades et les enfants, dans une réalité où «l'angoisse et le désespoir se sont intensifiés».

«Face à l'aggravation de la situation socio-économique du pays, qui génère beaucoup d'instabilité et d'incertitude», les évêques cubains avaient aussi demandé au Pape Léon XIV de reporter leur visite ad limina à une date postérieure à celle initialement prévue. «Nous continuons à prier pour notre patrie et nous renouvelons notre affection et notre communion avec le Pape et le Saint-Siège», avaient affirmé les évêques dans une note publiée par la conférence épiscopale cubaine annonçant officiellement le report de la visite qui devait avoir lieu au Vatican du 16 au 20 février.

Le frère haïtien Fédy Minoche, fsc de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, installé depuis dix ans à Santiago de Cuba.
Le frère haïtien Fédy Minoche, fsc de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, installé depuis dix ans à Santiago de Cuba.

L'aide précieuse de l’Église

Sur le terrain à Cuba les paroisses et organisations caritatives se transforment progressivement en «centres d’assistance humanitaire». «Avec Caritas et les institutions ecclésiales, presque toutes les églises sont devenues des centres d’assistance sociale», explique le religieux.

Dans le centre LaSalle, les frères ont ouvert une petite pharmacie pour distribuer des médicaments obtenus grâce aux dons internationaux. Des cantines paroissiales ont également été mises en place pour offrir des repas chauds, notamment aux personnes âgées.

“Il faut évangéliser avec les deux mains: dans une main, la Parole de Dieu; dans l’autre, l’aide humanitaire”

«Semer un petit grain d’espoir»

Dans un climat marqué par le désespoir, le religieux estime que la mission de l’Église est aussi psychologique et spirituelle. «Il y a beaucoup de désespoir parmi les Cubains», confie-t-il. «Nous essayons de semer un petit grain d’espoir dans tout ce désespoir». La crise, poursuit-il, pousse également davantage de personnes vers les paroisses. «Des gens qui n’allaient pas à l’église viennent aujourd’hui frapper à nos portes pour parler, pour être écoutés, pour trouver un endroit où respirer.»

Le frère Fédy appelle enfin la communauté internationale à poursuivre l’aide humanitaire destinée à Cuba. «Même si ce n’est pas une solution immédiate, dit-il, cette solidarité apaise les souffrances de la population». «Le peuple cubain est un peuple fort, un peuple qui sait résister. La vie n’est pas finie», conclut-il avec un brin d’espoir.

Séance de formation au Centre LaSalle, à Cuba.
Séance de formation au Centre LaSalle, à Cuba.

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12 mai 2026, 10:18