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Marche de la société civile ayant suivi l'attaque des drones à Goma/RDC Marche de la société civile ayant suivi l'attaque des drones à Goma/RDC  (ANSA)

La crise sécuritaire dans l’est de la RDC est une voie avec mille issues mais sans issue

La multiplication des cadres de dialogue entre Kinshasa et la coalition rebelle AFC/M23 soutenue par le Rwanda dénote d’«une fatigue diplomatique et de l'échec des initiatives précédentes à imposer des mécanismes de suivi contraignants». Face à cette impasse, la société civile congolaise continue de soutenir l’idée d’un dialogue national inclusif comme seul moyen de parvenir à «une paix réelle et durable dans le pays». Entretien avec Jacques Isango, membre de la LUCHA.

Fabrice Bagendekere, SJ – Cité du Vatican

Un mois après la proposition de cessez-le-feu faite par l'Angola – à travers le processus de Luanda, acceptée par la coalition AFC/M23 et le gouvernement congolais, la trêve n'est toujours pas acquise dans l'est de la République démocratique du Congo. Des incursions et des frappes de drones des deux côtés des parties engagées dans le conflit se poursuivent. Cette incohérence entre «les annonces et la réalité sur le terrain» traduit un «manque flagrant de sincérité politique». Tout porte à croire que «bien que la trêve soit acceptée sur le papier, elle est perçue par les belligérants comme une simple pause tactique». Quelle perspective donc pour ce conflit qui est maintenant dans sa deuxième année et dont chaque pas vers la désescalade est très rapidement suivi d’actes de défiance?

Une impasse aux conséquences humanitaires drastiques

Selon Jacques Isongo, membre de la LUCHA, Lutte pour le Changement, un mouvement de la société civile congolaise, «la méfiance l'emporte sur les engagements diplomatiques, transformant les trêves en opportunités de réorganisation militaire plutôt qu'en véritable pas vers la paix». Sur le terrain, nous rapporte l’activiste des droits humains, les conséquences humanitaires sont drastiques. La situation des populations déplacées a atteint un seuil critique, non seulement dans les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu, mais aussi dans la province voisine de l’Ituri où des groupes armés se revendiquant de l'islam sèment la terreur parmi une population démunie de protection. L’accès à l’aide humanitaire est précaire, dans une crise humanitaire qualifiée de majeure, toutes les voies d’entrée étant bloquées.

Nécessité d’une pression internationale réelle sur les parties en conflits

La médiation menée par le président angolais João Lourenço et qui avait suscité de grands d’espoirs de paix et de stabilisation dans l'est de la RDC, traverse une phase de stagnation. Si elle permet de maintenir un canal de discussion entre Kinshasa, la coalition rebelle et Kigali, elle bute «malheureusement» sur l'exigence congolaise d'un «retrait inconditionnel des troupes rwandaises», nous dit Jacques Isongo. Aussi, remarque-t-il, la multiplication des processus de dialogue – de Nairobi à Luanda, de l’Angola à Doha et de Doha à Washington, puis encore Lomé et Luanda - témoigne d'«une fatigue diplomatique et de l'échec des initiatives précédentes à imposer des mécanismes de suivi contraignants». D’où, pour l’activiste des droits humains, «il est de loin inconcevable aujourd'hui de pouvoir réorganiser la solution, sans une pression internationale réelle sur les parties en conflit».

L’impact politique faible des accords de Washington

Quant au processus de Washington, s’il a eu le mérite d'ouvrir des fenêtres humanitaires temporaires permettant un accès «limité» aux populations enclavées, son impact politique reste faible, nous dit l’activiste congolais. Il en va de même des sanctions imposées à l'encontre de l'armée rwandaise et de ses quatre hauts commandants pour leur soutien au groupe armé M23 qui, «tout en brisant le déni international sur l'implication directe du Rwanda, demeurent insuffisantes», tant qu'«elles ne touchent pas les circuits économiques qui financent la guerre». Par ailleurs, il faut prévoir le risque que cette action diplomatique vienne renforcer la méfiance et le manque de confiance entre Kinshasa et Kigali, avec comme conséquence que celui-ci renforce son protagonisme sur le terrain - moins senti pendant les jours qui ont précédé cette mesure, selon Jacques Isongo.

Le point d’ombre des accords faits au niveau international

Face à cet impasse, l'espérance de la société civile congolaise est de voir émerger le «dialogue national inclusif» longtemps défendu par les Églises catholique et protestante. C’est seulement «en réunissant tous les belligérants, tous les acteurs importants et les forces vives du pays que l’on peut parvenir à une paix réelle et durable», indique Jacques Isongo, remarquant que «même après avoir fait des engagements au niveau international, un point d’ombre subsistera toujours si le volet interne de cette crise n’était pas pris en compte». Sur ce, l’activiste des droits humains appelle tous ses compatriotes et tous les personnes de bonne volonté à soutenir la démarche de la société civile, plaidant pour un dialogue «véritablement inclusif, censé s’attaquer aux causes profondes des crises que connait le pays». Il dénonce «des manœuvres visant à bloquer toute ouverture politique».

La crainte, dit-il, est que Kinshasa utilise la crise sécuritaire pour geler l'espace politique et se concentrer sur des agendas internes, «par exemple le débat en cours dans le pays sur le changement constitutionnel».

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16 mars 2026, 16:59