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La protection des fonds marins, priorité de l'action environnementale de Monaco. La protection des fonds marins, priorité de l'action environnementale de Monaco.  

L’écologie au cœur du soft-power monégasque

La Fondation Prince Albert II est engagée au niveau mondial dans le financement de plus de 800 projets en faveur de la protection de l’environnement et du développement durable. Elle reflète l’attention personnelle du Prince régnant pour la protection des océans, du climat et de la biodiversité. Entretien avec Romain Claret, vice-président de la Fondation.

Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican

La protection de l’environnement est un instrument clé du soft-power monégasque. Les fonds marins, les bouleversements climatiques et l’accès à l’eau sont les trois principaux axes autour desquels la Fondation Albert II articule son action, soutenant différents projets à travers le monde et en impliquant des acteurs étatiques, civils et associatifs dans des initiatives de plaidoyer. L’écologie est l’un des points de rencontre avec le Saint-Siège, «on rejoint les principes de Laudato si’», confie Romain Claret, vice-président la Fondation Albert II. Entretien.

Quel rôle joue la Fondation Prince Albert II de Monaco dans la protection de l’environnement à l'échelle mondiale?

Nous sommes un acteur philanthropique international engagé depuis maintenant plus de 20 ans pour la protection de l'environnement. Nous levons des fonds pour financer des projets concrets,avec un impact fort à l'échelle globale sur l'environnement. Depuis 2006, nous avons financé plus de 840 projets, ce qui représente un soutien total avoisinant les 120 millions d'euros.

La Fondation a également un rôle de plaidoyer. Nous avons un positionnement unique puisque nous sommes la seule ONG à être présidée par un chef d'État en exercice. Ça nous permet de porter les enjeux environnementaux au plus haut niveau politique international.

Le Prince Albert II a un attachement très fort à la protection de l'environnement et ça se retranscrit dans les efforts de diplomatie multilatérale. Et d'ailleurs, la Fondation Prince Albert II travaille main dans la main avec notre département des relations extérieures et de la coopération qui est en quelque sorte le ministère des Affaires étrangères de Monaco. Le dernier exemple en date en matière de plaidoyer, c'est le Blue Economy and Finance Forum qui s’est tenu à Monaco au mois de juin dernier, juste avant la Conférence des Nations unies sur l'océan, qui a réuni des chefs d'État, des chefs de gouvernement, mais également des décideurs du secteur privé et de la société civile. Tout ça avec l'ambition d'avoir une action coordonnée pour avoir un impact sur l'environnement.

Enfin, et cela prend de plus en plus d'ampleur, la Fondation investit. Aujourd'hui, il existe des solutions face aux enjeux climatiques et de biodiversité. Beaucoup de ces solutions sont portées par des entreprises. Nous soutenons donc des entreprises qui ont besoin de capital pour grandir et amplifier leur impact.

La Méditerranée, les régions polaires et les pays les moins développés sont les principales zones géographiques où la Fondation soutient des projets. Quelle stratégie dicte ces choix?

La Méditerranée est une évidence pour Monaco, qui est un État méditerranéen, et donc pour la Fondation. D'autant plus que la Méditerranée est un hotspot de biodiversité soumis à des pressions très fortes, en matière de pollution, de trafic maritime, de surexploitation des ressources. Pour ce qui concerne les autres régions du monde où intervient la Fondation, il y a en premier lieu les régions polaires qui se réchauffent 3 à 4 fois plus vite que la moyenne mondiale. Elles ont un rôle clé dans l'équilibre climatique global et malheureusement, aujourd'hui, elles sont peu prises en considération dans les débats internationaux. C’est pour cela que la Fondation place ces régions au cœur de son action et finance des actions scientifiques, portées sur des efforts de conservation. Concernant les pays les moins avancés, on fait face à un constat: les populations les plus vulnérables sont les premières exposées aux conséquences du changement climatique, de la pollution et de la perte de biodiversité. Il est essentiel de les accompagner et de renforcer leur capacité d'adaptation et de résilience.

Dans les grandes thématiques que nous abordons, il y a le climat, la biodiversité, la pollution et l'accès à l'eau. Elles sont toutes interdépendantes et nous avons une approche qui est systémique et assez holistique. Nous avons pour vocation de soutenir des efforts de conservation, particulièrement visant à protéger et à restaurer des écosystèmes, que ce soit des écosystèmes forestiers, marins ou d'eau douce. Dans tous les cas, nous sommes à la croisée des chemins entre la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité.

Nous finançons, par exemple un projet au Pakistan qui a permis de créer deux aires marines protégées et de restaurer près de 7000 hectares de mangroves arides qui étaient totalement dégradées à cause de certaines pressions humaines. Les bénéfices ont été multiples, avec d'abord un effet sur la captation de carbone, puisque les mangroves sont des puits de carbone très importants, et ensuite un effet sur la biodiversité parce que les mangroves abritent une biodiversité incroyable. Le projet a permis de régénérer la biodiversité côtière. Et il y a eu aussi un impact sur les communautés locales puisque grâce à ce projet, nous avons pu développer des activités économiques durables comme l'aquaculture ou des activités de tourisme respectueuses de l'environnement.

Nous essayons d’identifier très tôt des solutions et de les accélérer. Je pense notamment aux innovations qui interviennent dans le domaine de l'économie bleue, dans le transport maritime pour le décarboner. Nous cherchons des solutions face à la pollution plastique, ou pour inventer des systèmes alimentaires plus durables, notamment pour la pêche et l'aquaculture.

Comment se concrétise l’attention de la Fondation pour les fonds marins?

Les fonds marins sont une priorité pour la fondation. C'est vraiment le cœur de notre action. On a une grande partie de nos de nos activités qui ont pour but de préserver des écosystèmes marins en Méditerranée. On a une action qui s'articule autour de trois axes qui sont très complémentaires. C'est le développement des aires marines protégées, la protection des espèces emblématiques en danger critique d'extinction et la lutte contre la pollution plastique. On a développé un certain nombre d'initiatives qui visent à avoir un impact sur ces trois sujets. On a lancé il y a quelques années une initiative qui s'appelle le Med Fund, un mécanisme qui permet de garantir un financement durable pour améliorer la gestion et l'efficacité des aires marines protégées en Méditerranée. Et grâce à ce fonds, aujourd'hui, nous soutenons une vingtaine d'aires marines protégées dans huit pays de la Méditerranée. Et enfin, sur la partie plastique, nous avons une initiative qui s'appelle Beyond Plastic Med, qui mobilise des acteurs, publics, privés et associatifs pour réduire l'usage du plastique sur l’ensemble du pourtour méditerranéen. Par exemple, un certain nombre d'actions très concrètes sont menées, notamment avec le secteur du tourisme, pour éviter l'utilisation de plastique à usage unique dans des grandes chaînes hôtelières.

Un de vos domaines d’intervention prioritaires est l’accès à l’eau. Quelles sont les actions développées?

Le problème de l'accès à l'eau est une des conséquences du réchauffement climatique. Les premiers à en souffrir sont les populations les plus vulnérables. La Fondation finance un certain nombre de projets qui permettent d'assurer l'accès à l'eau potable à des populations dans les pays les moins avancés. On a une double approche environnementale et humanitaire. Sur le plan environnemental, on essaie d'agir en amont pour restaurer les écosystèmes qui favorisent l'accès durable à la ressource en eau. Sur le plan humanitaire, on essaie de doter les communautés des capacités d’accéder à ces ressources via l'installation d'infrastructures par exemple.

La sensibilité environnementale de la Principauté est-elle directement liée à la personalité du Prince Albert II?

Il a un attachement authentique à toutes les questions liées à la protection de l'environnement. Maintenant, Monaco a une histoire forte, particulièrement sur la thématique des océans, puisque le prince Albert I a consacré une grande partie de sa vie à améliorer la connaissance du milieu marin. Il est d’ailleurs considéré comme l'un des pionniers de l'océanographie moderne, ce qui nécessairement a eu une influence sur les générations suivantes, notamment sur le prince Rainier III, qui a créé les deux aires marines protégées de la principauté de Monaco. Et sans aucun doute, sur le Prince Albert II qui met l'environnement au cœur de son engagement aujourd'hui.

Cette sensibilisation à la protection de l'environnement fait-elle l’objet d’une transmission organisée?

À Monaco, il y a un effort de sensibilisation auprès de la population. Ça commence dès le plus jeune âge à l'école, avec plusieurs initiatives visant à mobiliser les jeunes pour qu'ils s'engagent. La Principauté s’est dotée d’une aire marine éducative et des jeunes élèves sont invités à réfléchir à des actions qui pourraient être menées afin de favoriser la gestion de cette aire marine éducative. Cela s'est transcrit dans des actions très concrètes. En se promenant sur la côte de la Principauté, on peut croiser des petits panneaux sur lesquels il est indiqué: la mer commence ici. Cette initiative a été portée par des enfants qui ont constaté qu'il y avait énormément de mégots de cigarettes par terre. Ces mégots finissent systématiquement dans l'eau et polluent des milliers, voire des millions de litres d'eau.

Monaco et le Vatican sont les deux plus petits États du monde. Comment peuvent-ils peser dans le concert des nations en matière de protection de la «maison commune»?

Effectivement, Monaco et le Vatican sont les deux plus petits États du monde, mais ils ont un point commun: ils portent un message qui dépasse très largement leurs frontières. Alors, j’espère que la visite du Pape Léon XIV -dans le contexte difficile de tensions géopolitiques et la priorité qu'on donne au court-termisme en ce moment-, permettra de laisser davantage de place à des enjeux qui sont essentiels, notamment les enjeux du climat, de la biodiversité, de la pollution qui aujourd'hui sont parmi les plus grands enjeux de notre époque.

Est ce que l'encyclique du Pape François Laudato Si’ se trouve dans la bibliothèque de la Fondation?

Je vous le confirme, elle est effectivement dans la bibliothèque de la Fondation. Et d'ailleurs, les principes d'écologie intégrale de maison commune sont des principes qu'on retrouve dans l'action portée par la Fondation, puisqu'on considère que les questions humanitaires et les questions environnementales sont liées les unes aux autres. Aujourd'hui, lorsqu'on parle de lutte contre le changement climatique, on parle de conséquences très claires sur les communautés.

Les événements climatiques extrêmes, l'élévation du niveau de la mer, ont des répercussions extrêmement importantes sur le bien-être, sur la santé à l'échelle globale. De même quand on parle des questions de biodiversité marine, on parle d'une ressource alimentaire pour plus de 3 milliards de personnes autour de la planète. Donc, préserver la biodiversité marine, c'est préserver notre bien-être. Et je pense que ces questions, il faut les prendre avec un angle global, holistique, systémique. Et c'est dans cette posture qu'on rejoint des principes de l’encyclique Laudato Si’.

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26 mars 2026, 15:00